ETIENNE LE ROY NOUS A QUITTE LE 28 FEVRIER 2020


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De nombreux hommages ont été publiés à la suite du décès d’Étienne Le Roy, car il fut un enseignant-chercheur aux multiples facettes : anthropologue du droit, africaniste,… et je voudrais à travers ces quelques lignes souligner son apport dans le domaine de la médiation. En effet dans un entretien récent accordé à la revue Négociations, il avait indiqué que si la médiation avait tenu une place marginale dans sa production académique, en revanche, elle avait représenté pour lui « la plus belle école de citoyenneté » qu’il avait pu observer et qu’elle avait continué à irriguer ses démarches les plus contemporaines (1) . S’il est vrai que la médiation a constitué, selon ses propres termes, un « trentième » de sa production de chercheur, cela n’empêche pas pour moi qu’Étienne fut en matière de médiation, un visionnaire. J’ai pu le constater lors du premier colloque sur la médiation que j’avais organisé en avril 1987 à l’université Lyon II où il fut le seul chercheur présent, car il menait à l’époque une recherche sur la conciliation. À l’époque, j’ai été impressionné par sa vision de la médiation à partir de son approche anthropologique et d’africaniste. Il fut un des premiers à l’instar de ses homologues nord-américains à nous montrer à partir de son analyse des sociétés traditionnelles africaines que nos sociétés post-modernes avaient perdu en raison de la juridicisation et judiciarisation des relations sociales, ces tiers traditionnels qui jouaient un rôle de médiateur dans la gestion des conflits et qu’il était nécessaire de les réinventer. Pour illustrer son propos, il nous a rappelé, à partir de ses recherches sur le foncier au Sénégal, qu’il convenait de ne pas oublier ce principe, de toujours rechercher à régler les conflits au sein du groupe qui les a vus naître, c’est-à-dire dans « le ventre de la famille » comme le disent les Wolofs. C’est cette vision de la médiation qui m’a conforté dans mon idée de développer la médiation de quartier en formant des habitants à la gestion des conflits du quotidien, c’est-à-dire dans « le ventre du quartier » pour reprendre l’expression des Wolofs.

C’est au cours de cette première rencontre que nous avons décidé d’organiser en commun un séminaire sur la médiation pour dresser un état des lieux de la médiation mais aussi engager une réflexion conceptuelle autour des « alternatives à la justice » comme on disait à l’époque. Ce séminaire s’est déroulé sur deux années de novembre 1989 à juin 1991 et il fut itinérant de Lyon à Paris en passant par Onati dans le Pays Basque espagnol. Il s’agissait d’un séminaire universitaire, mais nous avions fait le choix d’inviter à la fois des chercheurs mais aussi des praticiens pour favoriser une confrontation des idées et des pratiques de médiation. Comme anthropologue du droit Étienne Le Roy avait beaucoup insisté à l’époque sur la nécessité de développer une approche interdisciplinaire dans l’analyse de la médiation, ce qui nous avait amené à inviter des juristes, des sociologues, des psychologues… De même son souci de prendre en compte l’approche comparée nous a amené donner une dimension internationale à ce séminaire en organisant une séance du séminaire à l’Institut International de Sociologie du droit à Onati où furent conviés des chercheurs et des praticiens d’autres pays comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Autriche….
C’est à partir de ce séminaire, que notre relation de travail s’est peu à peu transformée au fil des mois en amitié et il fut pour moi un véritable « compagnon de route » de la médiation. Le terme de compagnon n’est pas galvaudé, car Etienne fut de toutes les aventures notamment celle de la création en 1995 du premier DU de gestion des conflits et de médiation à Paris 5. Une fois de plus, la création de ce DU concrétisait son souhait, formulé au cours de la séance du séminaire de médiation de Lyon en 1990, de développer la formation des médiateurs. Il existait des formations à la médiation, mais aucune n’était de niveau universitaire et Étienne Le Roy fut un des co-fondateurs de ce D.U. au même titre qu’Hubert Touzard, Jacques Salzer, Jacques Faget et moi-même. Dans ses enseignements, il apporta une fois de plus sa vision anthropologique de la médiation en montrant que ce n’était pas seulement une technique de gestion des conflits mais qu’elle participait à la création d’un nouvel ordre normatif, un ordre négocié qui s’opposait à l’ordre imposé de nos sociétés.
Il m’est difficile dans cet hommage de retracer tout l’apport d’Étienne dans le champ de la médiation, mais je voulais plus particulièrement insister sur ces premières années de collaboration commune pour montrer qu’Étienne fut pour moi, non seulement un acteur important du développement de la médiation mais surtout, un ami sur qui j’ai pu toujours compter pour intervenir dans un colloque, un séminaire, un enseignement…
Pour montrer que sa pensée est toujours vivante, je terminerai cet hommage en invoquant ce choix qu’Étienne nous propose et que je ferai mien pour rester fidèle à sa mémoire et à notre amitié car nous partagions la même vision de la médiation :
« Nous pouvons encore choisir entre la dictature du nomologisme décliné dans toutes les ressources de la marchandisation, et la libération par une pratique citoyenne où la médiation aurait un rôle renouvelé, nous faisant oublier son côté « servante du château » pour en faire un cadre central d’une philosophie politique où la médiation, les communs et la démocratie participative, l’économie solidaire et la valeur du partage seraient préférés. Dans ce cheminement, le premier pas est toujours le plus délicat. Ensuite, on trouve la marche en marchant ! »

Jean-Pierre BONAFE-SCHMITT

 

J’ai reproduit une petite biographie d’Etienne Le Roy pour une présentation plus complète de son activité de recherche et d’enseignement :
« Étienne Le Roy fut professeur émérite d’anthropologie du droit à l’Université Paris 1 Panthéon- Sorbonne où il a dirigé le Laboratoire d’Anthropologie Juridique de Paris de 1988 à 2007 et le DEA d’Études africaines, puis le master d’Anthropologie du droit. Docteur en Ethnologie (Université Paris 7) et en Droit (Faculté de droit et des sciences économiques de Paris), il a réalisé une observation participante et une expertise des pratiques juridiques en privilégiant deux domaines, la justice et les politiques foncières sur des terrains africains, européens et américains. Auteur de nombreux ouvrages dont Le jeu des lois, une anthropologie « dynamique » du droit (LGDJ, Paris, 1999) et Les Africains et l’Institution de la Justice (Dalloz, Paris, 2004), et La terre de l’autre (2011), Étienne Le Roy considère le « foncier » comme un fait social total à partir duquel il renouvelle l’anthropologie juridique à la base de la reconnaissance d’une expertise française à l’échelle internationale. » (Extrait de https://wiki.remixthecommons.org/index.php/Entretien_avec_%C3%89tienne_Le_Roy)

Note

1 La voie étroite de la médiation, entre les ordonnancements imposé et négocié de régulation des différends – Entretien avec Étienne Le Roy, dans Négociations 2017/2 (n° 28), pages 107 à 117 à consulter sur https://www.cairn.info/revue-negociations-2017-2-page-107.htm#

2-Ibidem

« Conflit, règles, médiation » entretien avec Mark Hunyadi par Vanessa El-Matribi-Trüb, Autres Temps. Cahiers d’éthique sociale et politique, n°53, 1997 pp. 43-48


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« Mark Hunyadi* se penche sur les pratiques humaines pour établir un point de vue moral à la fois universel et respectueux de la diversité de celles-ci. En analysant les règles suivies par les acteurs sociaux, il montre que c’est le conflit qui met en évidence leur normativité spécifique, en révélant un désaccord à leur sujet. Mark Hunyadi nous invite alors à entrer dans une morale de la médiation où toutes les conditions sont requises pour la prise en commun de justes décisions2. » (Extrait de persee.fr)

Article à consulter sur https://www.observatoiredesmediations.org/Documentation/Bibliographie?ID=138

ou sur https://www.observatoiredesmediations.org/Asset/Source/refBibliography_ID-138_No-01.pdf

Décès de Josef Duss von Werdt, un pionnier de la médiation


J’ai eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises Josef Duss von Werdt lors de colloques ou de formations à la médiation mais je me souviens particulièrement de notre première rencontre en Suisse à Vevey en juillet 1998 lors d’une université d’été consacrée à la médiation scolaire. A l’époque, il m’avait impressionné par son érudition sur la médiation et nous avions longuement échangé sur la nécessité de développer la médiation scolaire car nous en étions convaincus que la création d’une culture de la médiation dans nos sociétés passait pas l’école. J’ai toujours gardé en mémoire ces échanges et comme bien d’autres, j’ai apprécié, non seulement les écrits mais aussi les qualités humaines et les valeurs de ce grand homme de la médiation.

Pour tous ceux qui ne connaissaient pas bien Josef Duss von Werdt j’ai reproduit ci-dessous sa biographie publiée dans Wikipédia (Il s’agit d’une traduction « google » de sa fiche en allemand ) : https://de.wikipedia.org/wiki/Josef_Duss-von_Werdt

Josef Duss-von Werdt (* 24 Octobre 1932 près de Lucerne , † 25. Octobre 2019 ) était un suisse psychologue , théologien et professeurs d’ université . Considéré comme un spécialiste de la thérapie familiale, il est devenu un pionnier de la médiation

Joseph Duss-von Werdt a obtenu son diplôme en 1956 avec un diplôme en philosophie et psychologie à l’ Université catholique de Louvain comme Dr. phil. à partir. En 1964 , il était à l’ Université de Munich en théologie au Dr. theol. PhD. De 1967 à 1987, il a dirigé l’ Institut du mariage et de la famille à Zurich , cofondé par lui. De 1970 à 1974, il a été chargé de cours sur les questions familiales à la faculté de médecine de l’ université de Zurich . 1976-1987, il était – avec Helm Stierlin – rédacteur en chef de la revue Family Dynamics, qui a également été co-fondé par lui.

Dans le cadre de cours interprofessionnels avec des juges , des avocats et des consultants, il a établi ses premiers contacts avec la médiation à la fin des années 1970. Dans le projet Eidos de Munich, il a pris part au double rôle de participant et de formateur, a enseigné et appris à gérer des situations conflictuelles. Jusqu’en 1997, il a été professeur titulaire de thérapie familiale systémique à l’ Université de Fribourg et a exercé diverses fonctions pédagogiques dans les universités de Berne et de Genève , ainsi qu’à l’ Institut de médiation de Francfort, l’ IKOM. En 1992, il a cofondé l’ Association suisse pour la médiation. Depuis 1998, Joseph Duss von Werdt a enseigné la médiation à l’ Université de Hagen . Il est décédé en octobre 2019, un jour après son 87e anniversaire.

Publications (sélection) 

  • Divorce équitable par médiation. (Co-auteurs: H.-G. et G. Mähler). Munich 1995
  • Médiation – l’autre divorce. (Mithrsg.: H.-G. et G. Mähler) Stuttgart 1995
  • Le monde de la médiation, du développement et des champs d’application d’une procédure de règlement de conflit interdisciplinaire. Klagenfurt 1998
  • … parce qu’une partie a été mal pressée par l’autre (Solon). Les 2500 dernières années de médiation en Europe. Dans: P. Geissler (ed.): Médiation – La nouvelle culture de la dispute. Coulée 2000
  • homo médiateur. Histoire et image humaine de la médiation. Klett-Cotta, Stuttgart 2005, ISBN 3-608-94146-0
  • Introduction à la médiation. Carl-Auer, Heidelberg 2008, ISBN 978-3-89670-633-1

Liens Web 

Séminaire du projet INTERMED : « Regards interdisciplinaires sur la médiation, phénomène juridique et social », 16/12/2019, Université Angers


« La médiation n’est pas qu’un mode de prévention ou de résolution des litiges, elle est bien plus : un mode pacifié de régulation sociale qui connaît un réel engouement en droit, en psychologie, comme dans d’autres domaines, tels que l’économie ou la gestion.
Pour autant, un certain flou conceptuel entoure la notion, notamment parce qu’elle se décline selon des modalités extrêmement diversifiées, qui se développent dans des champs disciplinaires très variés. L’intérêt de son étude est encore renforcé par le fait que la médiation s’invite dans tous les aspects de la vie sociale ou presque : justice, entreprise, administrations, famille, villes, école….
Or, la médiation donne généralement lieu à des études segmentées.

Cette journée a pour ambition de proposer d’étudier la médiation dans sa dimension interdisciplinaire, et de transcender la juxtaposition des regards croisés autour du phénomène « médiation(s) » afin d’analyser les raisons de son succès, et de déterminer s’il s’agit d’un phénomène unique au-delà de ses déclinaisons plurielles. Dans cette perspective, l’analyse poussée du processus de médiation s’impose, et les débats se termineront sur les possibles perspectives d’amélioration de ce mode de régulation sociale. » (Extrait de centrejeanbodin.univ-angers.fr )

Programme et inscription sur http://centrejeanbodin.univ-angers.fr/fr/activites/manifestations/manifestations-2019/intermed-seminaire.html

 

8h45 – Accueil des participants et petit déjeuner dans le Hall de la Faculté

9h – Allocutions d’ouverture

Christophe DANIEL, Doyen de la Faculté de droit, d’Économie et de Gestion – Université d’Angers
Valérie LASSERRE, Professeur de droit privé  Le mans Université, Co-directrice du Laboratoire ThemisUm, directrice du DU Médiation du Mans
Aline VIGNON-BARRAULT, Professeur de droit à l’Université d’Angers, Directrice de l’axe 1 du Centre Jean Bodin

Matinée – Regards interdisciplinaires sur la notion de médiation
Sous la présidence de Madame le Bâtonnier du Barreau d’Angers, Monika PASQUINI

9h30 – I – Pourquoi la médiation rencontre un grand succès ? Pourquoi rencontre-t-elle des résistances ?

Emmanuel GRATTON, Maître de conférence en psychologie clinique sociale, sociologue, Université d’Angers, Equipe émergente de recherche BePsyLab
La médiation  au prisme des évolutions familiales

Sophie LAMBERT-WIBER, Maître de conférences en droit, HDR, Université d’Angers, Centre Jean Bodin
Procédures fiscales : illustrations d’un essor des pratiques médiatives

Aline VIGNON-BARRAULT
La médiation en santé

Lionel CADIERE, Huissier de Justice Médiateur et Délégué du Pôle Centre Ouest MEDICYS (Cours d’Appel d’Angers, Rennes, Poitiers, Orléans, Bourges)
La médiation : le nouvel enjeu des huissiers

11H – II – Pourquoi la médiation est-elle plurielle ? Quelles sont les différentes définitions de la médiation ?  Quels sont leurs points communs ?

Claudine COMBIER, Maître de Conférences en psychologie clinique et psychopathologie, Université d’Angers, Equipe émergente de recherche BePsyLab
Objets médiateurs à l’épreuve du conflit interne et relationnel : approche psychologique

Camille BAULANT, Professeur en économie, Université d’Angers, Granem
La médiation à l’oeuvre dans la transformation économique

Hervé CARRE, Médiateur de la ville d’Angers, Président de l’Association des médiateurs des collectivités territoriales
La médiation dans les quartiers, les villes, les collectivités territoriales

Emmanuelle PINEAU, Avocate au Barreau d’Angers & Présidente du CAMMA (Centre Anjou Maine de Médiation et d’Arbitrage)
Médiation et avocat : résoudre le conflit autrement !

Déjeuner

Après-midi – Regards croisés sur les principes mis en œuvre dans le processus de médiation
Sous la présidence de Monsieur Xavier PAVAGEAU, Président du Tribunal de grande instance d’Angers

14h30 – I – Quels sont les principes mis en œuvre dans tout processus de médiation ? Quels sont les principes communs et les mécanismes spécifiques à chaque type de médiation ?

Christophe BAULINET, Médiateur des Ministères économiques et financiers
L’exemple de la médiation dans les Ministères économiques et financiers

Sabine BERNHEIM-DESVAUX, Maître de conférences en droit, HDR, Université d’Angers, Centre Jean Bodin
La médiation de la consommation : de la spécificité à l’exemplarité

Michèle GUILLAUME-HOFNUNG, Professeur émérite à l’Université Paris XI
La déontologie du médiateur

Aubeline VINAY, Professeure en psychologie clinique du lien social, Université d’Angers, Directrice de l’Equipe émergente de recherche BePsyLab
La reconnaissance et le traitement de l’altérité dans la médiation

15h30 – II – Quelles sont les perspectives d’amélioration ?

Mise en perspective les propos des précédentes interventions
La question de la mesure de l’efficacité de la médiation
La question de la distinction de la médiation d’autres démarches proches, à laquelle elle est     parfois assimilée, et qu’il convient de bien identifier ?

Marie VALISSANT, Vice-Présidente juge aux affaires familiales au Tribunal de Grande Instance d’Angers

Marie-Luce STEPHAN, Doctorante en sciences de gestion – Ecole doctorale de Rennes 1 – EDGE, Médiatrice et consultante en gestion des conflits

Valérie LASSERRE

Propos conclusifs :
Sophie LAMBERT-WIBER

« Médiation/s : un avatar du régime de la communication ? » par Vincent Rouzé, readkong.com (2010)


ReadkonG.com
Résumé
Dans cet article, nous considérons la médiation comme symptôme de notre société contemporaine. Les gouvernements, les médias, les responsables d’entreprises autant que les professionnels de la culture ou de l’éducation et de la recherche s’y réfèrent autant qu’ils y ont recours dans leurs activités quotidiennes. Son usage généralisé témoigne, en ce début du XXIesiècle dela construction réelle et/ou symbolique d’une société en réseau, d’une société « commutative ».
Après avoir analysé les discours qui l’institutionnalisent et la légitiment, nous proposons denous demander si le recours à la médiation n’est qu’un outil au service des stratégies de communication ou si elle s’en démarque. Le plus souvent portée sur l’objet, la relation, le dispositif, la référence à la médiation, toujours plurielle, efface progressivement les dimensions politiques et idéologiques qu’elle sous-tend. Dès lors, nous nous demanderons si la médiation n’est pas un instrument de pouvoir masquant ses ambitions politiques, économiques et culturelles derrière la façade de la relation et du lien possiblement retrouvé. Et par conséquent, nous questionnerons sa contribution à la pérennisation de l’organisation sociale en place ou au contraire à des modalités alternatives, à d’autresformes de participations citoyennes. (Extrait)

Article : « L’emprunt aux « justices de l’invisible » Réflexions sur les modèles de justice restauratrice à l’épreuve de la socialité vindicatoire », Véronique Strimelle, Champ Pénal , VOL. XII/2015


Champ pénal/Penal field

Résumé : Cet article vise à explorer et questionner les modèles de justice restauratrice et, pour ce faire, à les analyser en recourant au modèle de socialité vindicatoire. Ce modèle est vu ici à titre heuristique, comme un modèle de régulation actif dans les rapports sociaux, uniquement perceptible au niveau de l’action et adapté aux caractéristiques d’une société étatisée, centralisée et organique. Procéder à une telle analyse aide à faire ressortir et à réaffirmer certaines valeurs fondamentales de l’approche restauratrice, valeurs qui, selon plusieurs études empiriques, sont quelquefois édulcorées ou passées sous silence lors de leur mise en application. Poser un regard différent sur l’approche restauratrice et en faire ressortir les facettes vindicatoires conduit au final à interroger la place occupée par la justice restauratrice dans les modes de régulation contemporains. (Extrait de journals.openedition.org)

Atrcile à consulter sur https://journals.openedition.org/champpenal/9193

article : « La médiation, contre-culture ou nouveau lieu-commun ? Idéologie mobilitaire et nouvelles normativités. » par Christophe Mincke, 2013.


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Abstract

La médiation est souvent présentée comme révolutionnaire dans notre société de normes imposées. Sa situation est pourtant ambiguë. D’une part, invoquée à tout bout de champ, elle est devenue une figure obligée des discours sur la normativité, ce dans des domaines multiples. D’autre part, les pratiques résistent et son application est loin de présenter l’ampleur que ces discours semblent lui promettre. Pour comprendre ce fait, il faut s’interroger sur les raisons qui font du discours de médiation un « best seller », en examinant l’hypothèse d’une possible disjonction entre adhésion au discours et désir des pratiques. Notre contribution sera fondée sur une deuxième hypothèse, celle d’un développement du discours de médiation sur les ruines de la légitimité de ses prédécesseurs, au point de former un nouveau lieu-commun, fondé sur des légitimations aujourd’hui largement adoptées. Plus précisément, il nous semble que le succès discursif de la médiation peut être rapportée à ce que nous appelons, avec B. Montulet, l’idéologie mobilitaire. Celle-ci, caractérisée par une valorisation pour elles-mêmes des mobilités (physiques, sociales, affectives, professionnelles, etc.) nous semble sous-tendre bon nombre de pratiques discursives récentes, dont celle ayant trait à la médiation. Notre intervention se fondera sur notre recherche doctorale (portant sur les rapports des pratiques de médiation pénale à leurs idéaux fondateurs, publiée en 2010) et sur nos travaux actuels sur l’idéologie mobilitaire. » (Extrait)

Article à consulter sur https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00834862v2/document

« La médiation : au confluent du droit et de la psychologie – Actes du 3ème colloque de la Société Française de Psychologie Juridique « , Psycho-Droit Revue internationale de psychologie juridique, Numéro 3 – 2018


 

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Présentation 

La médiation est un processus visant à favoriser les échanges et le dialogue entre des parties en conflit. Plus précisément, elle est un processus de communication encadré qui prend en compte l’ensemble des aspects psychologiques et émotionnels d’une relation conflictuelle. Organisée par le droit, recherchée par les justiciables, et plus largement par les personnes prises dans un différend, la médiation occupe une place croissante parmi les modes alternatifs de règlement des conflits. Ses liens étroits avec le droit, la justice et la psychologie en font un objet d’étude privilégié de la psychologie juridique. Plusieurs questions peuvent se poser s’agissant de la médiation : quelle place pour la psychologie et les psychologues dans la médiation ? Pour les juristes dans la médiation ? Pour la médiation dans le champ juridique ? Quelles méthodes, règles et ressources peuvent être disponibles pour les médiateurs ? Quels peuvent être les effets de la médiation sur la conception du droit et de la justice ? Sur la représentation qu’en ont les citoyens ? En quoi peut consister l’apport des sciences humaines dans la compréhension et la pratique de la médiation ? Quels enseignements et apports concrets peuvent être tirés de la pratique de la médiation et de l’expérience des médiateurs ? Ce 3ème colloque de la Société Française de Psychologie Juridique, en réunissant des psychologues, des juristes, des médiateurs ainsi que des spécialistes des sciences humaines, entend proposer une réflexion sur l’ensemble de ces questions et bien d’autres. Des remerciements sont adressés, d’une part, à la Faculté de droit de l’Université Paris-Sud, au CERDI (Centre d’étude de recherche en droit de l’Immatériel) des Universités Paris 1-PanthéonSorbonne et Paris-Sud), au CLIPSYD (Clinique Psychanalyse et Développement) de l’Université Paris-Nanterre et à l’ANM (Association Nationale des Médiateurs), qui ont bien voulu soutenir ce colloque ; d’autre part, à l’Institut de Médiation Guillaume-Hofnung (IMGH), à l’Association des Médiateurs diplômés de Paris II-Panthéon-Assas (MDPA) et à l’Institut de Formation à la Médiation et à la Négociation de l’Institut Catholique de Paris (IFOMENE), qui ont collaboré à l’organisation de cette réunion scientifique dédiée à la médiation.

Paris, le 27 octobre 2018

Jean-Pierre Relmy

(Extrait de psycho-droit.com avril 2019 )Capture.PNG 123.PNG

Revue à consulter sur https://psycho-droit.com/revue-psycho-droit/

10èmes rencontres du Montalieu : CONFLIT ET BESOIN DE RECONNAISSANCE – La reconnaissance, pilier de la médiation ?… 29, 30, 31 MAI & 1 JUIN 2019


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Pour plus d’information , contacter : François Savigny 06 87 51 16 40 savigny@wanadoo.fr

Le médiateur devrait-il donner son opinion quant aux options des participant(e)s? par Jean Poitras et Solange Pronovost


Conflits stratégie.PNG125.PNG« Un des mythes importants de la médiation évaluative est que le médiateur aiderait les personnes récalcitrantes à faire des compromis en se prononçant sur l’issue probable du conflit. Informées du «risque de perdre» devant un quelconque décideur, celles-ci présenteraient alors une plus grande «ouverture» aux solutions proposées. Or, une étude récente démontre avec éloquence que les pronostics des tiers intervenants sont peu fiables. Ainsi, leur opinion quant aux chances que les gens gagnent lors d’une audience s’avère généralement une prévision qui n’est pas vraiment sûre. Dans cette perspective, quelle est la vraie valeur de ce modèle de médiation?
En fait, l’erreur de plusieurs médiateurs est de baser leur intervention sur l’évaluation du risque. Par exemple, selon son expérience, l’un d’eux peut au cours du processus, informer une personne qu’il est peu probable qu’elle obtienne gain de cause lors de l’audition et qu’elle devrait par conséquent, accepter le compromis qui lui est présenté. Si cette affirmation réussit à la faire fléchir, la situation n’en demeure pas moins problématique car le médiateur peut sembler exercer des pressions indues. Est-ce dire que la médiation évaluative n’a pas sa place parmi les mécanismes de gestion des conflits?
Contrairement aux détracteurs de l’approche évaluative, nous croyons que le médiateur doit parfois aider les gens à mieux considérer leurs options. Cependant, celui-ci doit se concentrer sur la confrontation de leurs idées préconçues et non sur l’évaluation de leurs possibilités de remporter le verdict. Pour ce faire, adopter une attitude d’«avocat du diable» est une excellente approche. Voici une liste des préjugés cognitifs qu’il peut questionner.
Surestimation de ses chances de gagner. Il est bien connu dans la littérature scientifique que les individus ont tendance à surestimer leur chance de gagner, notamment parce qu’ils sous-estiment la position de leur vis-à-vis. C’est ainsi que l’intervenant peut réduire cette propension en soulignant les points forts de ce dernier. Il peut aussi mettre en lumière les faiblesses des arguments de celui qui se croit plus solide. Sans se prononcer sur l’issue du conflit, il aide néanmoins les gens à mieux évaluer la situation.
Sous-estimation des coûts. Bien qu’une personne puisse avoir d’excellentes chances de gagner un procès ou un arbitrage, il reste que le processus menant à la victoire engendre des coûts qui sont généralement très importants sur le plan financier, temporel et émotif. Est-ce que celle-ci les a bien estimés et en a tenu compte dans son évaluation globale? Est-elle prête à rester en conflit encore plusieurs mois dans l’attente de sa réussite? L’attrait du gain risque souvent d’aveugler les gens au point d’éclipser leur jugement. Un médiateur peut alors les aider à bien analyser l’ensemble de l’équation coûts/bénéfices.
Sous-estimation des dommages collatéraux. Un autre élément que les personnes en conflit oublient régulièrement de considérer, ce sont les conséquences négatives du conflit pour les personnes qui ne sont pas directement impliquées, mais qui gravitent autour de la situation conflictuelle. L’exemple classique concerne les enfants d’un couple qui divorce. Parfois, c’est lorsque les parents prennent conscience de la souffrance de ces êtres vulnérables qu’ils réalisent que le maintien du conflit ou la victoire à tout prix ne constitue pas une option viable. C’est ainsi qu’en les aidant à prendre acte des dommages collatéraux, le médiateur les amène à mieux évaluer leurs options.
Perte de vue des objectifs supérieurs. Il est normal en situation de tension, de colère, de ressentiment, que les gens veuillent gagner, et même qu’ils désirent faire payer l’autre. Mais est-ce le but ultime de la démarche? Ne serait-ce pas plutôt de régler un obstacle qui les empêche de cheminer vers autre chose? La médiation d’un divorce vise-elle à faire payer le conjoint pour avoir provoqué la rupture, ou n’a-t-elle pas plutôt pour objectif l’obtention d’une entente qui permettra aux protagonistes de refaire leur vie et de sauvegarder le bien-être des enfants le cas échéant? Dans le domaine de l’emploi, ne permettrait-elle pas de rétablir les communications et l’harmonie dans les relations au lieu creuser l’écart et de détériorer davantage le climat de travail? Comme il n’est pas rare que les personnes impliquées dans une situation conflictuelle perdent de vue la finalité d’une démarche de résolution d’un différend, il peut être opportun que le médiateur les incitent à garder cette perspective en tête. Cela leur permettra de mieux circonscrire les options qui se présentent à elles.
L’objectif d’une intervention évaluative devrait être d’aider les participant(e)s à mieux soupeser les possibilités qu’ils ont et non pas de les convaincre de régler. Pour ce faire, le médiateur doit respecter certains principes. D’abord il ne doit pas les effrayer, mais plutôt les soutenir afin qu’ils fassent une appréciation objective de la cause. Ensuite, dans le but de maintenir une équité entre eux, il se doit de faire cet exercice avec chaque personne, même s’il a l’impression qu’une seule fait une évaluation faussée de la situation. En respectant ces deux lignes de conduite, la médiation évaluative respecte les règles de l’art.

Références

  • BAITAR, Rachid, BUYSSE, Ann, BRONDEEL, Ruben, et al. Styles and goals: Clarifying the professional identity of divorce mediation. Conflict Resolution Quarterly, 2013, vol. 31, no 1, p. 57-78.
  • DELLA NOCE, Dorothy J. Evaluative mediation: In search of practice competencies. Conflict Resolution Quarterly, 2009, vol. 27, no 2, p. 193-214.
  • LEVIN, Murray S. The Propriety of Evaluative Mediation: Concerns About the Nature and Quality of an Evaluative Opinion. Ohio State Journal Dispute Resolution, 2000, vol. 16, p. 267.

(Extrait de conflits-strategies.com du 3/12/2018)

En savoir plus sur http://www.conflits-strategies.com/2018/12/ch126.html