Publication de l’ouvrage : Ben Mrad Fathi (2018) , INTERACTIONS COMMUNICATIVES EN MÉDIATION ; La construction d’un dialogue, L’Harmattan, 196p.


« Comment les personnes qui vont en médiation familiale agissent-ils ? Comment  les médiateurs interviennent-ils concrètement  face aux conflits de ces personnes ? Avec son dernier ouvrage, « Les interactions en médiation », le sociologue Fathi Ben Mrad met en lumière les types de communications de l’ensemble de ces acteurs dans les situations conflictuelles et d’échanges.

Fathi Ben Mrad est un Messin cadre éducatif dans le social et docteur en sociologie, chargé d’enseignement à l’Université Panthéon-Assas Paris II et à l’Université du Luxembourg. Il vient de sortir son quatrième ouvrage intitulé « Les interactions en médiation »  chez L’Harmattan.

Mais avant de commencer pouvez-vous nous dire qu’est-ce que la médiation ?

C’est un mode de régulation des conflits souple et adaptable qui prend en compte les besoins exprimés par les médiés (usagers de la médiation). C’est un processus de communication librement consenti dans lequel les médiés recherchent leurs propres solutions grâce à l’aide d’un tiers neutre, impartial et indépendant.

Vous avez écrit de nombreux articles et livres sur la médiation. Il existe aussi de nombreux ouvrages sur le sujet. Pourquoi un livre de plus ?

Je travaille sur ce sujet depuis plus de 20 ans et j’ai donc eu le temps, si je puis dire, d’étudier les travaux de mes confrères, qu’ils soient professionnels ou chercheurs.

En gros, la littérature sur la médiation (sociale, d’entreprise, familiale…) peut  se résumer autour de l’existence de 3 catégories. 1) La littérature partisane qui vise surtout à développer un discours qui fait l’apologie de la médiation. Elle s’attache à promouvoir une définition figée de la médiation et a rappeler le contenu de ce que doit être la médiation. 2) On retrouve ensuite une littérature didactique, c’est-à-dire des ouvrages de type manuels. Ces manuels proposent des techniques et des outils tirés d’expériences pratiques et de réflexions théoriques. Il faut souligner que cette deuxième catégorie représente plus de 80% de la littérature existante sur le sujet. 3) Enfin, il y a les travaux plus universitaires qui visent à analyser ce champ de la médiation à travers des thématiques comme la professionnalisation, l’éthique du médiateur, les effets de ce mode de régulation sur les médiés…

Il serait faux de me faire dire ce que je n’ai pas dit, à savoir qu’il existerait d’un côté des travaux de praticiens et de l’autre des travaux de théoriciens. Même si en France, on invoque souvent cette dualité très manichéenne, l’orientation sociologique à laquelle je me réclame dépasse ces oppositions simplistes. En effet, pour ma part, il n’y a pas d’investigation sociologique sans terrain. Plutôt que de parler de dualité entre terrain et théorie, je préfère les considérer de manière dialectique.

Dans cet ouvrage, j’ai surtout étudié le champ de la médiation familiale et les conflits familiaux. L’objectif principal est de tenter de savoir ce que font concrètement les médiateurs et les médiés lorsqu’ils se parlent et plus généralement lorsque tous ces acteurs communiquent. Cet objectif semble simple et pourtant il a très peu été l’objet d’un intérêt théorique assidu. Evidemment, les comptes rendus d’expérience existent, mais j’ai préféré accéder directement à la réalité des communications qui se déroule dans les médiations. Pour ce faire, je n’ai pas voulu interviewer les médiés et les médiateurs, comme le ferai certains sociologues ou les journalistes.  J’ai préféré agir comme l’ethnologue avec une méthodologie éprouvée en sciences humaines.  Grâce à une trentaine d’observation de terrain, j’ai essayé, sans a priori, de regarder les choses en train de se faire.  Ainsi, j’ai assisté en tant qu’observateur à de multiples médiations. J’ai pu consigner dans un journal de terrain les échanges tels qu’ils se déroulaient et par la suite je les ai analysées.

Qu’avez-vous observé de particulier ?

J’ai surtout observé des faits qui sont soit minorés, soit même absents des réflexions. Il est vrai que ma perspective et non pas de dire ce que « doit être » la médiation comme le font par exemple les auteurs de manuels, mais comment « elle est ». Ainsi pour les médiateurs, une grande part de leur travail est de gérer ce qu’on peut appeler les « actes menaçant pour les faces ». Nous savons tous, ce que signifie « ne pas perdre la face » et c’est bien de cela dont il s’agit, lorsque les médiateurs s’attèlent à traiter les conflits. Non seulement, ils sont attentifs à ne pas être producteurs de ce type d’actes menaçants par leur parole et leurs attitudes mais aussi ils sont attentifs et réactifs aux actes des médiés. Ainsi, ils développent de multiples habiletés qui avaient besoins d’être examinées et étudiées.

Du point de vue des médiés, j’ai surtout dégagé les types d’attitudes qu’ils développent face à un tiers non impliqué dans le conflit. Beaucoup  de ces médiés expriment le caractère éprouvant pour eux d’aller en  médiation. D’ailleurs avant même la médiation, ils s’y préparent psychologiquement et adaptent leur comportement. Face à un tiers, les médiés ont tendance à éviter la confrontation verbale conflictuel direct ou en tout cas à ne pas demeurer dans ce registre.  Ainsi j’ai analysé les principaux argumentaires et les principales conduites de ces médiés. Par exemple, il apparait que la stratégie du  démasquage (dénonciation et la révélation d’un non-dit) comme celles du sous-entendu ou de la concession sont des figures particulièrement prégnantes pour celui qui observe ces médiations en train de se faire.

Quels sont vos projets. Comptez-vous poursuivre ce travail ?

Evidemment, je ferai des communications sur ce sujet. Mais pour l’instant nous sommes en train d’organiser, avec nos amis Luxembourgeois, Chiliens et Canadiens le dixième Forum mondial de la médiation. Ce forum aura lieu à l’université de Luxembourg du 9 au 11 juillet 2019 et regroupera des professionnels et des chercheurs de l’ensemble des continents.  Ce sera l’occasion de confronter mes travaux à ceux de mes collègues. (Entretien transmis par Fathi Ben Mrad http://ben-mrad-mediation.com/ le 12/11/2018)

En savoir plus sur l’ouvrage http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=60917

 

 

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« Médiation : Doit-on encourager la reconnaissance des parts de responsabilité? » par Jean Poitras et Solange Pronovost (Conflits et Stratégies)


Conflits stratégie.PNG125.PNG« L’acceptation par les personnes participantes de leur part respective de responsabilité dans leur conflit est un sujet généralement évité en médiation. Pourtant, les résultats d’une recherche démontrent l’importance de ce facteur dans le processus, notamment en ce qui concerne la coopération entre elles. En effet, celles-ci ont vingt-cinq fois plus de chance de collaborer si elles admettent avoir contribué à la situation. Pour favoriser cette reconnaissance, une stratégie d’intervention est proposée. Mais prenons d’abord le temps de comprendre le phénomène.

Justice interactionnelle.
La notion de justice interactionnelle se définit comme étant la qualité des rapports interpersonnels prévalant entre deux individus. On fait référence ici à la façon dont les gens se sont mutuellement traités au cours de leurs interactions. Un des objectifs de la médiation est d’améliorer le rapport entre les gens et par extension créer un sentiment de justice interactionnelle.

Admettre à l’autre sa part de responsabilité a un impact énorme sur le fait que celui-ci ressente concrètement la justice interactionnelle. Et si l’autre accueille cette admission avec respect, et va même jusqu’à reconnaître son propre apport, le sentiment de justice sera alors réciproque. C’est ce dernier qui serait le moteur de la collaboration accrue entre les protagonistes. En fait, plusieurs chercheurs ont conclu que cette reconnaissance constituait un point tournant d’un processus de médiation. On passerait de la réticence (voire de la confrontation) à la collaboration.

Malheureusement, provoquer de tels aveux quant à la responsabilité de chacun n’est pas tâche facile. Parfois les gens n’en sont tout simplement pas conscients. Dans d’autres cas, c’est l’embarras qu’ils éprouvent à faire ce genre d’admission qui pose problème. Il peut arriver également que ce soit la peur d’être en position de faiblesse qui bloque la discussion. Mais quelle que soit la motivation, la présence d’un médiateur peut être cruciale pour catalyser le processus et générer des excuses. Une stratégie en deux étapes est alors recommandée.
Étape 1 : En séance privée (caucus) 
La première étape consiste à explorer en caucus avec chacun des participants, leur part de responsabilité dans le conflit. Ici, le médiateur ne cherche pas à les culpabiliser en leur tenant un procès d’intention. Il explore plutôt avec ceux-ci les erreurs qu’ils ont commises dans la gestion de la situation. Ces maladresses ont pu survenir par inadvertance. Voici une question utile à poser à ce stade-ci : « Si c’était à refaire, connaissant maintenant la façon dont le conflit s’est envenimé, procéderiez-vous différemment pour résoudre le différend? »
Le fait de reconnaître qu’on aurait pu agir autrement pour éviter l’escalade des tensions est une forme d’acceptation minimale de sa part de responsabilité. Évidemment, dans certains cas, les protagonistes ont joué un rôle plus important dans l’imbroglio et il peut s’avérer nécessaire qu’ils l’admettent et l’acceptent. Néanmoins, l’objectif pour l’intervenant est de s’assurer que les individus concernés reconnaissent au moins qu’ils ont contribué, même d’une façon réduite, à l’escalade du conflit.
Étape 2 : En séance plénière 
La deuxième étape s’effectue en séance conjointe. Il s’agit pour le médiateur, moyennant le consentement des personnes impliquées, de résumer leurs propos reconnaissant leur part de responsabilité, conformément aux conclusions formulées en caucus. Ainsi, il présente ces admissions l’une à la suite de l’autre. De cette façon, personne n’est mis en situation de vulnérabilité face à son vis-à-vis. Le médiateur leur demande alors de confirmer si son intervention est fidèle à la situation. C’est l’occasion pour les participants d’ajouter ou de rectifier certains aspects s’ils le désirent.

Le fait que ce soit le tiers neutre qui annonce ces éléments lui permet de s’assurer que la reconnaissance se fait conjointement. Il évite également qu’une des parties gâche l’effet de cette admission en ajoutant un blâme ou encore par des commentaires mal avisés. De plus, formuler les reconnaissances sous la forme de «comment on aurait pu faire mieux» évite de faire perdre la face aux parties tout en préservant l’impact bénéfique des admissions de parts de responsabilité.

Notre expérience clinique nous démontre que cette méthode en deux étapes n’est pas infaillible, mais qu’elle produit néanmoins des résultats intéressants. Elle permet entre autres de résoudre certains dilemmes qui importunent les participants. Qui commence? Est-ce que l’autre reconnaîtra aussi sa part de responsabilité? Ainsi, le médiateur peut jouer efficacement un rôle de pont entre eux pour favoriser une reconnaissance mutuelle des erreurs de chacun. Ce faisant, il agit comme catalyseur en suscitant l’émergence d’une coopération entre les protagonistes.

Références 

  • JAMESON, Jessica Katz, SOHAN, Donna, et HODGE, Jenette. Turning points and conflict transformation in mediation. Negotiation Journal, 2014, vol. 30, no 2, p. 209-229.
  • NESBIT, Rebecca, NABATCHI, Tina, et BINGHAM, Lisa Blomgren. Employees, supervisors, and workplace mediation: Experiences of justice and settlement. Review of Public Personnel Administration, 2012, vol. 32, no 3, p. 260-287.
  • POITRAS, Jean. The paradox of accepting one’s share of responsibility in mediation. Negotiation Journal, 2007, vol. 23, no 3, p. 267-282.

(Extrait de conflits-strategies.com du 29/10/2018)

En savoir plus sur http://www.conflits-strategies.com/2018/10/ch122.html#more

Québec : « Médiation : Créer un contexte de discussion propice à l’écoute des opinions minoritaires » par Par Jean Poitras et Solange Pronovost (Conflits et Stratégies)


Capture.PNG125.PNG« Vous agissez en tant que médiateur dans un conflit en milieu de travail qui oppose deux collègues. Durant la première rencontre, ceux-ci font un bout de chemin et à force de discuter, modifient leur compréhension de la situation ainsi que leurs positions. Toutefois, à la rencontre suivante, vous remarquez qu’il y a chez eux, un certain recul vers leur point de vue initial; comme si une puissance invisible les avait ramenés dans leurs conceptions de départ. Malgré que le conflit soit de nature interpersonnelle entre les deux individus, se pourrait-il que les gens de leur environnement les aient influencés négativement? Pour donner suite à cette interrogation, l’utilisation de la théorie de la réalité partagée peut être de mise.

En 1935, dans un laboratoire de psychologie de la Columbia University, le professeur Muzafaer Sherif a fait observer à des groupes de sujets, des points lumineux qui se déplaçaient de façon totalement aléatoire. À partir de cette expérience très simple, il a fait les trois constats suivants.
  • Les gens trouvaient une explication «logique» pour expliquer le pattern des déplacements des points lumineux, même si dans les faits, ceux-ci déplaçaient purement au hasard.
  • En discutant des diverses logiques de déplacement, le groupe en venait à un consensus sur une explication commune concernant ces mouvements.
  • Une fois que ce cette explication faisait consensus, il devenait très difficile de la modifier, même si on révélait au groupe la nature aléatoire des déplacements!
Erich Fromm résume bien le phénomène
de la réalité partagée (Source: AZ Quotes)

Phénomène de réalité partagée. C’est ainsi qu’est née l’étude du phénomène de groupe appelé la réalité partagée. Résumé de façon sommaire, ne réalité partagée est une interprétation commune à un groupe d’un événement ou d’une situation. Il est à noter qu’elle constitue avant tout le résultat d’un consensus de groupe et peut différer de la réalité objective comme dans le cas des expériences de Muzafaer Sherif. La présence d’une réalité partagée permet aux individus d’avoir le sentiment de faire partie d’une équipe homogène. Elle est donc souvent motivée par le besoin d’appartenance.

On peut résumer sommairement le processus de construction d’une réalité partagée de la façon suivante :

  • Étape 1 – Recherche de sens. Les gens ont tendance à chercher des explications pour donner un sens à ce qu’ils voient ou vivent. Un biais de complaisance (i.e. trouver une explication qui fait l’affaire des gens) peut influencer ce processus.
  • Étape 2 – Validation sociale. Les individus discutent avec leurs collègues du sens qu’ils ont trouvé pour valider leurs perceptions. Cet échange fera converger les explications vers une signification commune qui deviendra alors la réalité partagée du groupe.
  • Étape 3 – Consolidation de la réalité partagée. L’interprétation de la situation, qu’elle soit erronée ou déformée, fait consensus et devient l’interprétation «officielle» des événements. Celle-ci se présente souvent comme une version stéréotypée de la réalité.
  • Étape 4 – Régulation sociale. Tout individu qui remettra en cause cette opinion commune ressentira une pression à se conformer à l’unanimité du groupe. C’est ce qui fait qu’il est difficile de modifier une réalité partagée par un groupe. Ce phénomène est souvent informel et constitue une réaction instinctive.

Impact sur la gestion d’un conflit. Comme la plupart des conflits ne se situe pas dans un vacuum social, le phénomène de la réalité partagée peut être une dimension importante de la dynamique d’un conflit. Prenons l’exemple d’un conflit impliquant deux individus. Chaque personne aura tendance à raconter sa version des faits à ses collègues. À force de discussions, le groupe d’ami(e)s de chacun des individus impliqués en viendra à une interprétation de l’épisode conflictuel qui fera consensus (i.e. leur réalité partagée). Qui plus est, il y a fort à parier que cette dernière sera fortement différente de celle de l’autre sous-groupe. En fait, il y a aura donc souvent autant de réalités partagées qu’il y a de protagonistes.
Selon la théorie de la réalité partagée, même si les deux groupes références des protagonistes ne sont pas parties prenantes à la médiation, ceux-ci auront quand même une influence importante sur les protagonistes et par le fait même sur le processus.
En effet, si un participant change d’opinion ou d’attitude lors d’un entretien avec l’autre, mais que le groupe référence de celui-ci n’a pas fait de même, il y a un risque que son influence (pression vers la conformité) fasse en sorte que cette personne revienne à sa position ou à son comportement antérieur. Par exemple, ses amis lui diront qu’il ou elle est en train de se faire avoir. Les gains relationnels obtenus durant la médiation seront alors perdus!
Gestion du phénomène. Il importe donc dans les situations de conflits imbriqués dans une dynamique de groupe d’intervenir autant auprès des protagonistes que des collègues de chacun d’eux. Il faut faire évoluer la réalité partagé du groupe pour qu’elle corresponde aux changements de position des protagonistes. Le médiateur voudra notamment communiquer au groupe référence de chaque protagoniste :
  • L’évolution de la compréhension du conflit en mettant l’accent sur les nouvelles informations qui ont permis aux protagonistes de changer la manière de voir les choses
  • Le développement d’un consensus en regard du cheminement vers une entente en expliquant les compromis effectués de part et d’autre
Pour revenir à la question de départ de cette réflexion quant à savoir si on doit se soucier de l’opinion des collègues des participant(e)s à une médiation, il serait erroné de conclure que les sous-groupes qui leur sont associés ont nécessairement une influence négative sur eux et qu’il faut la neutraliser .
S’il est vrai que la réalité partagée par une entité peut avoir un effet d’ancrage dans les positions de départ, ce n’est généralement pas à cause d’une mauvaise intention, mais simplement parce que le phénomène est ignoré. En prenant soin de faire évoluer l’interprétation d’une situation conflictuelle autant pour les individus directement impliqués que pour les sous-groupes associés aux individus, le médiateur averti peut utiliser ce phénomène comme levier de changement.
En effet, la modification de la réalité partagée du groupe favorisera non seulement l’atteinte d’un consensus entre les participant(e)s à la médiation, mais encouragera le respect de cette entente à cause du phénomène de régulation sociale. Lorsque que le consensus devient la nouvelle réalité partagé, la pression des pairs à s’y conformer deviendra un levier pour maintenir l’adhésion à une entente. C’est ainsi que l’entente sera plus solide si les groupes références l’appuient. « 

Références

  • ECHTERHOFF, Gerald, HIGGINS, E. Tory, et LEVINE, John M. Shared reality: Experiencing commonality with others’ inner states about the world. Perspectives on Psychological Science, 2009, vol. 4, no 5, p. 496-521.
  • HARDIN, C. D., et HIGGINS, E. T. (1996). Shared reality: How social verification makes the subjective objective. Dans SORRENTINO, Richard M. et HIGGINS, E. Handbook of motivation and cognition, Vol. 3: The interpersonal context. Guilford Press, 1996, vol. 3, p. 28-84.
  • SHERIF, Muzafer. The psychology of social norms. 1936.

(Extrait de conflits-strategies.com du 5/10/2018)

En savoir plus sur www.conflits-strategies.com/2018/10/ch119.html#more

Belgique : « La médiation et le bref délai en matière de vices cachés » par Gilles Carnoy, avocat, Bruxelles


Gilles Carnoy logo

« Dans les litiges, les avocats doivent inciter leurs clients à envisager la médiation.

C’était d’abord une obligation déontologique (recommandation du 8 novembre 2005 du Conseil de l’Ordre français des avocats du Barreau de Bruxelles et recommandation du 9 mai 2005 de l’O.B.F.G.)

C’est à présent devenu une obligation légale.

L’article 205 de la loi du 18 juin 2018 dispose en effet que les avocats « informent le justiciable de la possibilité de médiation, de conciliation et de tout autre mode de résolution amiable des litiges. S’ils estiment qu’une résolution amiable du litige est envisageable, ils tentent dans la mesure du possible de la favoriser. »

Cela peut conduire les justiciables à tarder à exercer leurs droits de manière agressive, et c’est le but. La loi cherche avant tout  promouvoir l’économie des procédures.

Cela peut se révéler dangereux surtout lorsque l’autre partie « joue le chrono ».

C’est pourquoi l’article 1730, § 3, du Code judiciaire prévoit que la proposition de médiation suspend le cours de la prescription de l’action attachée à ce droit pendant un mois.

L’article 1731, § 3, nouveau, ajoute que « la signature du protocole suspend le cours de la prescription durant la médiation. »

Un même système est applicable en droit collaboratif (art. 1741, §§ 2 et 3).

C’est très bien mais tous les délais ne sont pas de prescription.

Il y a des délais préfix, des délais d’action, par exemple, ou des délais spécifiques comme le bref délai dans la vente en matière de vice caché.

Ce dernier délai n’en est pas vraiment un car il n’est pas déterminé. L’article 1648 du Code civil dit seulement qu’il est « bref ».

Le bref délai dans la vente n’est pas une question de recevabilité ni de prescription mais d’admissibilité.

L’article 1648 du Code civil introduit en effet une limite de fond aux droits de l’acheteur, la ratio legis de cette limite étant d’éviter les risques de déperdition des preuves en ce qui concerne l’antériorité du défaut par rapport à la délivrance du bien (Mons, 17 septembre 2002, J.T., 2009, p. 68).

Ne s’agissant pas de prescription, la suspension pour médiation ou pour négociation en droit collaboratif ne s’applique pas.

C’est seulement l’action en justice au fond qui interrompt ce bref « délai », et non une mise en demeure, ni une expertise ni même une action en référé (Mons, 30 septembre 1983, J.T., 1987, p. 23).

Selon la doctrine, « … des exemples tirés de la jurisprudence, il semble que la durée du bref délai dépasse rarement, en règle générale, un an » (B. Kohl et Fr. Onclin, « L’exigence du ‘bref délai’ dans l’action en garantie contre les vices cachés », J.T., 2013, p. 563).

C’est court, surtout quand on essaye péniblement de trouver un accord après avoir longuement réfléchi avant d’entrer en conflit.

La jurisprudence a toutefois dégagé le concept de « négociations sérieuses » qui peuvent suspendre le bref délai (Mons, 28 mars 1994, J.P.P., 1994, p. 193 et la note).

Mais des négociations sérieuses sont celles où le vendeur accepte de discuter de sa garantie ; ce n’est toujours le cas d’une médiation sans reconnaissance préjudiciable.

Bref, si j’ose dire, l’obligation de tenter avant tout la médiation se concilie mal avec l’exigence du bref délai.

C’est ce qu’a compris la jurisprudence qui se montre logiquement compréhensive dans un jugement de février 2018 :

« En l’espèce, les demandeurs ont, comme préalable à toute démarche, consulté un expert qualifié et attendu son rapport et ont, dès qu’ils ont été en possession de celui-ci, fait appel à leur vendeur en vue de tenter de dégager une « solution constructive ».

Le tribunal relève que dans de nombreux domaines où l’accès à la justice devient  problématique, et notamment dans le domaine immobilier, surtout lorsque des particuliers doivent évaluer le coût d’un procès qui les oppose, comme en l’espèce, à un professionnel, les parties tentent de mettre des solutions alternatives de règlement des conflits sur pied. Ils sont encouragés à le faire par le pouvoir exécutif qui engage les justiciables à favoriser les MARC.

Or, c’est ce qui s’est passé en l’espèce, comme le démontre la correspondance qui a été menée entre conseils et dont la production a été autorisée par les autorités ordinales.

Il y a par ailleurs lieu de relever que constitue une obligation déontologique pour les avocats la mission de favoriser la conciliation.

Aussi, l’appréciation du bref délai dans le contexte de la  mutation des modes de règlement des conflits doit, à l’estime du tribunal, faire l’objet d’une approche qui implique que soit recherché si la mise en œuvre de la recherche d’une solution constructive a entraîné ou non un risque de déperdition des preuves et une violation des droits de la partie dont la responsabilité est recherchée.

En l’espèce, le tribunal estime que les droits de la défenderesse ne sont pas menacés par la circonstance qu’il s’est écoulé plusieurs semaines entre la dernière visite de l’expert chargé de dresser un rapport et l’établissement de celui-ci, et le moment où des négociations ont été entamées. En outre, dès que les demandeurs ont été confrontés à un refus de la défenderesse d’intervenir, ils ont immédiatement lancé citation.

Conclure que l’action serait forclose reviendrait, dans les circonstances de l’espèce, à créer une situation d’inégalité des armes et à sanctionner une partie qui a cherché à résoudre le conflit par une voie autre que judiciaire. »

Cette solution est pertinente depuis que la faveur à la médiation est devenue une obligation légale.

C’est d’autant plus vrai qu’il est difficile d’entrer en négociation avec des préalables (par exemple que le bref délai est suspendu) ; la médiation suppose justement que n’impose pas d’emblée des conditions.

Civ., Brux. fr., 6ième chambre, R.G. n° 16/3867/A, inédit. (Extrait de gillescarnoy.be du 15/10/2018)

En savoir plus sur https://gillescarnoy.be/2018/10/15/mediation-bref-delai-matiere-de-vices-caches/

« Médiation: Comment traiter la résistance naturelle à dialoguer avec l’adversaire ? » (Conflits et Stratégies)


Conflits et Stratégies

Lorsque nous ne sommes pas en conflit, nous croyons tous que le dialogue est une excellente façon de régler un différend à l’amiable. Mais en situation conflictuelle, c’est souvent une autre histoire; les gens deviennent alors réticents à dialoguer directement avec l’autre. En effet, les sentiments négatifs ressentis à son égard semblent incompatibles avec le fait de s’asseoir et de chercher un compromis gagnant-gagnant. En psychologue sociale, on explique ce genre de situation, notamment par le phénomène de la dissonance cognitive. Pour le médiateur, le fait de mieux le comprendre peut se révéler un outil fort utile.

Exemple humoristique du phénomène de la
dissonance cognitive (Source: Dilbert/Scott Adam)

Conflit et dissonance cognitive. Selon cette théorie, lorsque des gens agissent de façon non congruence avec leurs croyances et leurs émotions, cela crée de la dissonance cognitive. Comme ce sentiment est désagréable, ils essaieront de l’éviter ou encore de le réduire. C’est ainsi que les situations conflictuelles peuvent engendrer beaucoup de dissonance cognitive pour ceux qui y sont impliquées. Après tout, ils doivent négocier un compromis (donc accepter que l’autre y trouve son compte) avec une personne pour laquelle ils entretiennent une aversion plus ou moins prononcée.

Pour éviter ce contexte déplaisant, certains refuseront de discuter avec leur vis-à-vis. C’est un moyen simple de se soustraire à la discordance cognitive provoquée par le conflit. Il va sans dire que cette option est incompatible avec la résolution de celui-ci.
Rôle du médiateur. Dans le cadre d’une médiation, étant donné que les participant(e)s seront inconfortables de discuter face à face, un des rôles importants du médiateur est de susciter cet entretien, notamment en les incitant à entamer des échanges directs. Un des axes possibles pour faciliter l’amorce des pourparlers consiste à aider les personnes à gérer la dissonance cognitive que peut engendrer la recherche de compromis.
Amortir la dissonance. À titre de médiateur, il s’agit de réduire l’inconfort associé au fait de négocier avec quelqu’un qui suscite des émotions négatives. À cet effet, les stratégies suivantes peuvent être utiles:
  • Relativiser le fait de négocier un compromis en présentant les discussions comme une simple exploration non contraignante des possibilités de solutions amiables. Par exemple, souligner qu’une entente n’aura lieu que si tous y trouvent leur compte.
  • Aider l’individu concerné à justifier son changement d’opinion en soulignant les informations nouvelles qui rendent la collaboration «acceptable». Par exemple le fait qu’il s’agissait d’un malentendu ou encore que l’autre regrette ce qui s’est passé.
  • Utiliser un intérêt supérieur pour justifier le fait de négocier malgré ses réticences. Par exemple, évoquer l’importance de trouver compromis rapidement pour le bien-être des enfants afin d’inciter les parents en instance de divorce à amorcer une médiation.
Il est important de noter que si ces trois éléments ont fait leur preuve pour amortir la dissonance, ils ont toutefois un impact différent. Le fait de relativiser les discussions n’est que temporaire et ne modifie en rien l’opinion de fond des personnes. Par contre, la justification vise un changement plus profond et son effet est à long terme. Aider les gens à trouver des raisons pour expliquer la modification de leur pensée s’avère donc plus stratégique lorsque c’est possible. Cela est d’autant plus important compte tenu que l’objectif d’entamer les discussions ne se limite pas à simplement trouver une solution, mais à changer la considération qu’ont les participant(e)s l’un envers l’autre afin de favoriser une certaine réconciliation entre eux.
Doit-on forcer une médiation? Une autre option pour les encourager à chercher un compromis malgré leur dédain mutuel serait de les forcer à débuter les négociations coûte que coûte (médiation obligatoire – à ne pas confondre avec une séance d’information obligatoire). Selon la théorie de la dissonance cognitive, lorsque les gens peuvent expliquer qu’ils ont posé des gestes en désaccord avec leurs sentiments par le fait d’y avoir été forcés, non seulement leur opinion ne change pas, mais elle peut être renforcée! Conséquemment, sur le plan psychologique, il ne s’agit pas d’une bonne idée. Qui plus est, plusieurs arguments éthiques et ontologiques militent contre cette stratégie.
Il serait cependant illusoire de croire que la seule gestion du phénomène de la dissonance cognitive peut s’avérer suffisante pour favoriser un dialogue constructif entre des personnes en conflit. La gestion des émotions et des perceptions, l’encadrement des discussions et la proposition de suggestions de pistes de solutions seront également nécessaires. C’est l’ensemble des stratégies et tactiques, ainsi que la synergie entre celles-ci, qui permettent de dénouer l’impasse. Néanmoins, la dissonance cognitive constitue une partie importante du puzzle dont le médiateur avisé doit tenir compte.

Références

  • FESTINGER, Leon. When prophecy fails: A social and psychological study of a modern group that predicted the destruction of the world. CrossReach Publications via PublishDrive, 2018.
  • COOPER, Joel. Cognitive dissonance: 50 years of a classic theory. Sage, 2007.
  • ROSS, Lee et WARD, Andrew. Psychological barriers to dispute resolution. In : Advances in experimental social psychology. Academic Press, 1995. p. 255-304.

Extrait de conflits-strategies.com du 12/10/2018)

En savoir plus sur www.conflits-strategies.com/2018/10/ch120.html?utm_source=Cercle+d%27excellence&utm_campaign=0d7e6f169d-RSS_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_2a3416a33f-0d7e6f169d-423456221#more

Parution de l’ouvrage : Fathi Ben Mrad « INTERACTIONS COMMUNICATIVES EN MÉDIATION – La construction d’un dialogue » L’Harmattan , collection le travail du social », 2018


Capture.PNG231.PNG« Dans la continuité de son premier livre sur la médiation intitulé Sociologie des pratiques de médiation (2003) et de ses autres ouvrages et articles, Fathi Ben Mrad poursuit ses analyses de la médiation. Ses engagements multiples dans ce champ lui ont apporté une expérience qu’il entend partager et soumettre aux lecteurs afin de contribuer à l’examen de ce mode de régulation. La médiation est un processus de communication librement consenti par les médiés, c’est-à-dire par les usagers de cette médiation. Quant au médiateur, il apparaît comme un facilitateur de dialogue qui aide à découvrir des solutions admissibles pour chacun de ces médiés. Au-delà de cette caractérisation et de la proclamation des principes et des méthodes de médiation, l’auteur tente de savoir ce que font concrètement les médiateurs et les médiés lorsqu’ils communiquent dans l’espace choisi et accepté par eux. S’intéressant aux multiples interactions, l’auteur appréhende, les médiations non pas à partir des opinions de leurs interlocuteurs, mais à partir de leurs communications observées en situation. Il examine les multiples compétences des médiateurs et des médiés qui apparaissent capitales pour comprendre de l’intérieur la complexité de ce mode de régulation. Il dégage aussi plusieurs effets et processus liés à la présence du tiers médiateur. Son objectif est notamment de scruter les interactions communicatives des médiés (conflictuelles ou non) du point de leurs rapports mutuels et des rapports à ce tiers. Des figures comme le démasquage, le sous-entendu, le mensonge ou la concession apparaissent dès lors comme des rhétoriques singulières observables dans ce mode de régulation. Figures, face auxquelles les médiateurs développent des habiletés adaptatives et des ajustements de leurs pratiques » (Extrait de la 4ème de couverture ) 

En savoir plus sur https://www.editions-harmattan.fr/

LES MATINALES DE LA MEDIATION ET DU MANAGEMENT (Lyon) , « L’intelligence émotionnelle dans la médiation et le management », 24/09/2018,


 

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Le Cabinet d’Avocats Alagy Bret & Associés

ALDES et Tribune de Lyon

Ont le plaisir de vous inviter

Matinales de la Médiation et du Management – Hôtel Sofitel Lyon Bellecour

Lundi 24 Septembre 2018  de 08h30 à 10h00

Experte invitée : Lise Peillod-Book, formatrice et coach

Thème de la Matinale:

L’intelligence émotionnelle dans la médiation et le management

Nombre d’invités limité à 100

Inscription obligatoire et gratuite : https://www.eventbrite.fr/e/billets-les-matinales-de-la-mediation-et-du-management-49910954007?ref=enivtefor001&invite=MTQ5OTEyODYvamVhbi1waWVycmUuYm9uYWZlLXNjaG1pdHRAaXNoLWx5b24uY25ycy5mci8w%0A&utm_source=eb_email&utm_medium=email&utm_campaign=inviteformalv2&utm_term=attend