Sénégal : La médiation réussie des chefs religieux à l’Hôpital de Saint-Louis :


« Les Imams et Oulémas de Saint-Louis sont finalement parvenus à gérer la crise qui a paralysé pendant plusieurs jours le fonctionnement de l’hôpital régional de Saint-Louis. Ils ont amené les responsables syndicaux et la Direction Générale de ce centre hospitalier régional à se retrouver autour de l’essentiel. Cette médiation a permis ainsi aux syndicalistes de revenir à de meilleurs sentiments et d’accepter de suspendre la grève qu’ils avaient décrétée pour se faire entendre.

Avec cette mission fructueuse du ministère de la santé, qui a séjourné récemment dans la ville pour examiner les dessous de ce bras de fer, un processus de résolution de cette crise est enclenché. Le collectif des associations des malades de Saint-Louis et autres patients qui fréquentent cette structure sanitaire, ont salué ces avancées significatives notées dans la recherche de la paix à l’hôpital de Saint-Louis. » (Extrait de dakaractu.com du 18/08/2018)

En savoir plus sur https://www.dakaractu.com/Hopital-de-Saint-Louis-La-mediation-fructueuse-des-chefs-religieux_a156442.html

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Centrafrique: La Russie tente une médiation entre pouvoir et groupes armés


« Prévue le 12 juillet à Khartoum, la rencontre organisée par Moscou entre le gouvernement centrafricain et les représentants des milices opérant sur le territoire du pays n’a pu avoir lieu, a-t-on appris de source gouvernementale.

« Le chef de l’Etat estime qu’il n’y a pas lieu d’engager d’autres processus tant que celui de l’Union africaine est toujours en cours », a indiqué Albert Yaloké-Mokpème, porte-parole de la présidence, qui démentait une présence officielle des autorités dans la capitale soudanaise. La tentative de médiation russe intervient alors que le panel de l’Union africaine (UA) a rencontré le même jour, pour la première fois, l’ex-président François Bozizé, en Ouganda.

Selon des sources concordantes, deux groupes armés issus de l’ex-Seleka (coalition à dominante musulmane qui avait attaqué et pris Bangui en 2013) avaient préalablement annoncé qu’ils n’allaient pas prendre part à ces discussions organisées en parallèle de la médiation officielle menée par l’UA depuis juillet 2017. Il s’agit notamment du Mouvement patriotique pour la Centrafrique et l’Union pour la paix en Centrafrique.

La Russie joue un rôle majeur en Centrafrique, facilité par sa présence au Soudan voisin. En effet, Moscou forme des militaires centrafricains depuis plusieurs mois. Les autorités russes ont, par ailleurs, depuis début 2018, déployé des formateurs militaires à Bangui, livré des armes à l’armée nationale et assurent la sécurité du président Faustin-Archange Touadéra.

Notons qu’outre la médiation de l’organisation panafricaine, plusieurs autres ont tenté sans succès par le passé de ramener la paix en Centrafrique, un pays rongé par un conflit meurtrier depuis 2013. » (Extrait de allafrica.com du 12/07/2018)

En savoir plus sur https://fr.allafrica.com/stories/201807130083.html

« La neutralité et les discours religieux en médiation » par Ikram Ben Aissa, Chercheure associée MEDEA (The HuffPost édition MG-04/01/2018).


Capture.PNG32.PNGIntroduction

A partir de mes différents stages qui ont duré deux années complètes au sein du Centre Culturel et Islamique de Belgique, je me suis retrouvée à rencontrer des personnes majoritairement de confession musulmane qui venaient en médiation et qui dans leurs discours apportaient toujours un ou plusieurs éléments en lien avec la religion.

Il n’était pas question d’évoquer simplement un élément religieux, il s’agissait d’une référence à laquelle ces derniers se basaient. Au départ, cet élément m’a énormément déstabilisée puisque je me devais d’être neutre et impartiale en tant que médiatrice et de ce fait, ne pas trancher des questions d’ordre religieux ou autres d’ailleurs, ce que les médieurs demandaient

Certaines de ces thématiques posaient également des questions déontologiques.

Plusieurs réflexions sur ce sujet ont durant trois années été travaillées, que cela soit dans le cadre de mes rapports de stage, au sein de mon lieu de stage ou encore durant les différents cours.

 Aussi, dans le cadre de mon travail de fin de spécialisation en médiation, j’ai souhaité à partir de plusieurs exemples, mais aussi de différentes sources académiques, trouver différentes techniques.

Cela permettra d’appréhender au mieux ces discours religieux dans une médiation et ce, afin de maintenir au mieux cette posture de la neutralité.

Ce qui m’a intéressée dans ce travail et dans le cadre de cette thématique, c’est l’approche de la médiation humaniste mise en avant par la française Jacqueline Morineau. Si je souligne sa nationalité, c’est uniquement pour pointer du doigt le fait qu’il s’agit d’une approche particulière et d’une mentalité précise.

En effet, la médiation dans un contexte français n’est pas la même que la médiation dans un contexte anglo-saxon par exemple. Aussi, le fait que choisir cette approche, c’est renoncer à d’autres et qu’aborder une spécialiste de la médiation, n’exclut pas le fait que d’autres spécialistes aient apportés d’autres éléments de réponses sur ce sujet.

Ainsi, il a été question dans mon travail de recherche, de répondre à cette question : « Comment maintenir sa neutralité en tant que médiateur, dans le cadre de médiations où les discours religieux sont présents chez les médieurs/médiants? ».

Justification de l’intérêt porté à ces discours religieux

Il faut d’abord souligner ma formation de base et l’intérêt porté aux phénomènes religieux, plus particulièrement au sein des communautés musulmanes.

Universitaire de formation, je me suis spécialisée dans l’Histoire de l’islam, avec ses différents courants musulmans mais aussi, sa place actuelle dans le monde arabo-musulmans et ce, d’un point de vue sociologique, historique et politique.

Par la suite, je me suis intéressée aux conflits actuels dans ces pays musulmans en guerre, ce qui a abouti à la publication aux éditions l’Harmattan, d’un ouvrage sur la Syrie intitulé « Hommage à la Syrie: Nouvelles d’un pays en crise ».

De plus, c’est en tant que blogueuse que j’ai eu l’occasion de publier plusieurs articles sur les communautés musulmanes notamment pour le média américain « The HuffPost ».

Grâce à la formation en médiation, j’ai pu travailler deux années au sein des communautés musulmanes par le biais d’un centre, le Centre Islamique et Culturel de Belgique, plus précisément avec la cellule « Médiation Sociale » afin de rencontrer et d’offrir un espace de communication pour les personnes qui en font la demande.

Actuellement, je suis doctorante à l’ULB au sein de la Faculté de Sciences Sociales. J’y réalise des recherches sur les minorités musulmanes en Belgique. Ainsi, mes formations expliquent en partie mon choix d’avoir effectué mes stages dans un Centre islamique en particulier.

En effet, les réalités de terrain, qui s’y retrouvent et qui touchent un public précis, expliquent notamment mon sujet de recherche. Entendons-nous, l’objectif principal de la médiation est d’offrir un espace de communication et un cadre où le médiateur n’aurait pas une posture de « savoir » mais il serait avant tout à l’écoute, mettant en avant une posture de « non savoir ». Ainsi, je comprenais dès le départ que mes connaissances de ce milieu n’influenceraient en rien ma pratique de la médiation.

Pourquoi donc s’intéresser aux discours religieux et à la posture neutre du médiateur?

C’est parce que nous avons été confrontés à plusieurs cas de médiation où les médieurs évoquaient des thématiques religieuses comme références dans leur quotidien. Ces discours religieux aux expressions diverses en fonction des protagonistes du processus de médiation revenaient à chaque fois.

Majoritairement en médiation de couple, ces personnes venaient en médiation au Centre Islamique et Culturel de Belgique pour l’aspect religieux. En effet, ces derniers se disaient mieux compris dans ce cadre que dans un centre non islamique.

A plusieurs reprises, ces médieurs nous ont expliqué s’être dirigés vers des cellules de médiation où le professionnel rencontré ne comprenait pas ces éléments religieux. Le choix des personnes qui venaient en médiation était donc avant tout motivé par l’élément religieux et leur spiritualité. Si la décision d’aller vers tel ou tel médiateur incombe à la responsabilité des individus, il était essentiel de savoir ce qu’ils attendaient de la médiation.

De plus, si la thématique du religieux est présente ce n’est pas non plus un hasard. En effet, l’individualisation des sociétés étant une réalité sociologique, les différents domaines de la vie (dont la religion) vont être par conséquent appropriés par les personnes afin d’effectuer ce que l’on appelle un syncrétisme.

Ainsi, certains médiateurs ont décidé d’aborder la thématique « religieuse » comme n’importe quelle autre thématique en médiation. Cependant, toute l’actualité en lien avec les attentats, le terrorisme, la radicalisation, les musulmans et l’islam, a fait écho au sein de la société, les conséquences et ces thématiques ont pu être découvertes dans certaines des médiations vécues en stage.

Ainsi, parler de religion, de phénomènes religieux, de la pratique religieuse, de la manière dont les médieurs se représentent la religion dans un contexte particulier et une époque précise, n’est pas, selon nous, une tâche à prendre à la légère.

Nous pensons en effet que le simple fait d’en parler est déjà une étape importante et que cela puisse se faire dans un espace de médiation aussi. Nous pensons par exemple à ce jeune qui est venu en médiation avec ses parents et qui souhaitait partir en Syrie.

Ce dernier était prêt à entendre le point de vue d’un spécialiste de l’islam pour savoir si le fait de partir au djihad était mal comme le défendaient ses parents. Dans cette situation, il y avait un travail de communication à effectuer entre les parents et le jeune mais aussi entre l’expert de la religion et le jeune en question.

Voici un exemple qui prouve le sens de la médiation sur ces thématiques liées à la religion. Aussi, si la religion musulmane a des bases communes avec les différents courants musulmans, nombreuses en sont les interprétations.

Ces interprétations émises en fonction de la personne que l’on rencontre seront communément admises ou complètement opposée à « la norme ». C’est tant mieux, puisque dans le cadre des médiations, il n’y a ni norme, ni approche de la religion à favoriser plutôt qu’une autre. Cependant, accepter d’entendre ces différentes approches nécessite des méthodologies, des outils et un cadre particulier.

C’est donc dans ce contexte que les travaux des spécialistes de la médiation humaniste peuvent nous aider. Pourquoi ? Il apparaît que le religieux et le spirituel sont intégrés dans ce concept de la médiation humaniste.

Présentation du lieu de stage: Le Centre Islamique et Culturel de Belgique

Description de l’institut (son projet institutionnel, son origine, son public, ses fidèles, etc.)

Nous pouvons lire sur le site officiel du Centre islamique et culturel de Belgique, l’historique de sa création. Il s’agit à la base d’un présent offert par le roi Baudouin Ier au roi Fayçal d’Arabie Saoudite qui était en visite à Bruxelles.

L’objectif étant que ce pavillon oriental, soit utilisé en tant que mosquée mais aussi en tant que siège pour le Centre Islamique et Culturel de Belgique. C’est donc dans les années 60 et 70 que l’évolution de ce centre se réalisera.

Il faut ajouter que le roi d’Arabie Saoudite décide de prendre en charge les coûts de construction et de rénovation de ce pavillon devenu dorénavant un centre. L’objectif de ce financement est un moyen d’en faire une référence au sein de ce territoire européen.

Concrètement, plusieurs activités sont réalisées au sein de ce centre : il y a la partie mosquée où les musulmans et les musulmanes peuvent y venir accomplir leur prière mais il y a également des salles de classe et de conférence où l’on enseigne différentes disciplines liées à l’islam. Enfin, il y a tout un secteur en lien avec l’administration du centre, un bureau de médiation et d’un conseiller.

Méthodologie appliquée (le processus d’accueil, d’analyse et de gestion de la demande de médiation)

Il y a une salle d’attente au deuxième étage du Centre islamique. Les personnes sont convoquées au sein des différents bureaux en fonction de leur demande. Lorsqu’il s’agit d’une médiation, elles sont invitées à entrer dans le bureau du médiateur. Ce dernier les reçoit, les invite à s’installer et écoute leur requête, « la demande ».

Le médiateur va alors poser une série de questions afin de mieux saisir la situation conflictuelle. Si tous les protagonistes sont présents, il va tenter en fonction de la demande, de chercher avec les médieurs des pistes de solutions.

Et au-delà, donner certains conseils en plus liés au centre même qui est un centre islamique. Il faut savoir que cela se fait toujours à la demande des médieurs, qui au-delà de trouver des pistes de solutions, souhaitent parfois recevoir des conseils en lien avec leur spiritualité.

C’est là que s’articule mon travail de recherche : cadrer le rôle du médiateur pour ne pas le mélanger à celui de conseiller ou de « savant « .

Déontologie (les règles de conduites professionnelles en vigueur au sein de l’institution, celles ayant fait l’objet d’une attention particulière (par le médiateur et/ou l’étudiant) :

Secret professionnel et autonomie vis-à-vis de la direction:

Bien qu’il puisse y avoir des fuites en dehors du bureau, et ce, parce que les murs ne sont pas bien isolés, le médiateur souligne qu’il est soumis au secret professionnel et que ce qui se dit dans ce bureau reste dans ce bureau.

Cela a réellement été le cas et comme nous avons pu le souligner, le médiateur ne doit pas rendre compte de ce qui s’y passe à la direction. Il n’a pas d’évaluation ou de rapport à rendre par exemple.

Ainsi, les situations restent confidentielles, rien n’est rapporté ou transmis au directeur et ce, malgré que le financement du médiateur soit effectué par le centre. En effet, bien qu’il y ait des réunions avec toute l’équipe et ce, plusieurs fois par mois, le contenu de ce qui se passe au sein du bureau de médiation n’est jamais abordé.

Cadre de médiation

Nous pouvons observer qu’il existe un cadre dans lequel la médiation s’effectue. Le bureau en question fait office de cadre de médiation et où l’on retrouve les ingrédients nécessaires pour rencontrer les médieurs.

Il y a donc, dans un premier temps, la séparation entre l’arrivée des médieurs et l’entrée dans le bureau. De ce fait, il y a le respect d’un cadre. L’accueil est également professionnel, comme nous avons pu l’étudier dans certains cours cette année. Le médiateur laisse entrer les médieurs, qui se placent là où ils le souhaitent et qui sont écoutés.

Les personnes qui viennent en médiation au CICB et l’aspect « musulman »

Les médieurs sont majoritairement des personnes de confession musulmane qui viennent au Centre Islamique et Culturel de Belgique parce que c’est « islamique ». Aussi, la question que l’on peut se poser, est de savoir ce qu’ils recherchent dans les médiations puisqu’il est question pour le médiateur d’être impartial et neutre.

Affichant ouvertement ma confession musulmane, il est possible que la représentation que les médieurs auront de ma personne, va influencer leur choix et leur manière d’entrer en médiation.

C’est pour cela qu’il est important pour moi que les médieurs puissent choisir le médiateur avec lequel ils entreront dans le processus de médiation mais aussi, de leur faire comprendre que mon travail ne consiste pas à trancher sur des questions religieuses, que je ne suis pas là en tant que porteuse de savoir et donc de clarifier mon cadre dès le début de la médiation.

C’est dans ce contexte que plusieurs réflexions vont avoir lieu et en lien avec ma pratique de stage.

Les réponses apportées dans le cadre de mes différents travaux tout au long de ma spécialisation en médiation en lien avec cette question du religieux

Concernant le cadre :

Lors de mon premier stage en médiation au sein du Centre Culturel et Islamique de Belgique, mes recherches portaient beaucoup plus sur le cadre dans lequel la médiation et les discours religieux devaient idéalement se réaliser.

En effet, j’avais remarqué et ce, grâce aux différents modules que j’avais pu suivre durant ma première année de spécialisation en médiation, que plusieurs éléments pouvaient poser problème : le fait que l’on puisse entendre ce qui se dit dans les différents bureaux et ce compris là où les médiations avaient lieu.

Un autre exemple est la présence du téléphone fixe dans le bureau de la médiation et qui interrompait souvent le processus de médiation par les nombreux appels des demandes de médiation. J’ai donc pu clarifier mon cadre dans ce contexte, en expliquant la manière idéale et de construction mon propre cadre durant ce stage.

Ainsi, j’ai changé de bureau afin de ne pas avoir ce problème de manque de confidentialité, le bureau dans lequel je me trouvais n’avait pas de téléphone fixe etc. Concernant l’aspect purement « religieux », les médieurs venaient au CCIB pour des médiations mais attendaient également de la médiation et du médiateur des réponses à leur questionnement au niveau islamique.

Ils avaient besoin d’éclaircissements lors de la médiation ou souhaitaient que le médiateur tranche sur certains éléments religieux. La neutralité du médiateur était donc menacée à chaque fois qu’un discours religieux des médieurs se terminait par un questionnement, ou une demande de clarification à ce sujet auprès du médiateur.

Aussi, il m’a été possible de confirmer ma neutralité dans ma posture de médiatrice en clarifiant ce qu’était la médiation et quel était le rôle du médiateur dès le début du processus de médiation ou durant le processus.

Les réponses théologiques attendues par les médieurs/médiants

Même si mon cadre était clair pour les médieurs, un autre élément que j’ai pu travailler lors de mon deuxième stage en deuxième année de médiation est celui des réponses théologiques demandées par les médieurs/médiants.

En effet, lors des médiations vécues, il était question dans les discours religieux des médieurs (pour beaucoup en tout cas) de trancher sur certains éléments islamiques et de demander ce qu’il en est au médiateur.

Je me suis donc retrouvée à plusieurs reprises avec les médieurs coincés sur plusieurs questions religieuses qui ne permettaient pas d’avancer dans la médiation. Si le travail de la représentation des uns et des autres sur ces thématiques se réalisait, il n’empêche qu’au bout du compte, il y avait une demande des médieurs d’obtenir la réponse d’un expert en religion.

Nous pouvons citer comme exemple cette question: « Est-ce que l’islam donne le droit au mari de décider si l’épouse peut travailler ou pas? ».

Après en avoir discuté avec mes différents formateurs et ce, à plusieurs reprises durant la deuxième année, nous avons pensé qu’il serait intéressant de proposer deux situations aux médieurs/médiants durant la médiation.

La première était d’inviter les médieurs à aller s’informer par eux-mêmes auprès du spécialiste de la religion, à savoir, l’imam (les imams) ou d’inviter un expert de la religion au sein de la médiation afin de clarifier et de faire avancer le processus de médiation à propos des discours religieux. Nous avons essayé la deuxième proposition, la médiation a permis de clarifier certains éléments et d’améliorer la communication entre les médieurs.

La première proposition nous semble aussi pertinente même si elle n’a pas été expliquée pour le moment. En effet, chercher l’information par soi-même, c’est une manière de responsabiliser les personnes qui entrent en médiation.

Illustration de la médiation avec l’arrivée de l’expert en islam.

Le premier cas de médiation

Dans le premier cas de médiation, nous remarquons que la confusion entre culture et religion est effectuée par Monsieur.

Puis, lors de la reformulation qui se fait sans jugement, sans un discours savant, Monsieur en arrive à nuancer en expliquant que tout compte fait, il y avait peut-être une distinction entre la religion et la culture et que cela provenait plutôt de la culture que de la religion.

Cette nuance est accueillie par le médiateur mais aussi par l’autre médieur, l’épouse qui fait part de son avis. Cette dernière est beaucoup plus catégorique: la religion n’invite pas à ne pas exprimer ses sentiments, bien au contraire.

Lorsque l’épouse explique cela, il y a une reconnaissance de ses propos par Monsieur, ce qui permet de clarifier un élément en lien avec le religieux. La posture du non savoir a permis cela, mais aussi, le silence et l’écoute du médiateur. Ce sont plusieurs techniques que l’on a mentionnées comme étant des éléments de la médiation humaniste.

Le fait que Monsieur passe d’une référence à la religion à une référence à la culture met en avant l’incertitude qu’il a à propos de ce qu’il avance. Il est possible aussi que les deux éléments soient reliés pour lui. En tout cas, ce qui se joue, ce sont des éléments identitaires, que cela soit au niveau religieux que culturel.

Il aurait été intéressant de travailler cet aspect avec Monsieur, de lui poser certaines questions comme : « Qu’entendez-vous par religion et culture? », « Que signifie pour vous la religion et la culture? », « En quoi est-ce important pour vous d’en parler », « Est-il important pour vous de distinguer les deux ? ».

L’idéal serait vraiment de formuler des questions ouvertes afin de ne pas colorer la suite de l’échange qu’il y aura entre les personnes présentes, dont moi-même, la médiatrice. Ce que Monsieur permet, c’est aussi le fait de pouvoir ouvrir le débat sur la question, il n’est pas dans une certitude, cela peut favoriser un échange sur le sujet.

Aussi, le fait de parler d’un sujet ne veut pas dire que l’on soit tous d’accord sur ce que cela voulait dire, aussi, il était et il est d’ailleurs toujours important de clarifier en posant une question qui commence par « que voulez-vous dire par… ». Cela permet de comprendre et de saisir ce que les médieurs veulent dire.

Un exemple concret où j’ai pu mettre en œuvre cette posture de l’humilité c’est lorsqu’un couple de confession musulmane est venu en médiation, la femme est d’obédience chiite et l’homme est de tendance sunnite, ils ont un problème à régler sur une journée islamique importante et qui se nomme l’Achoura.

J’ai une idée en tête de ce que cet événement est, mais je demande aux médieurs de m’expliquer de quoi il s’agit et en quoi est-ce problématique pour eux. « Qu’entendez-vous par l’Achoura? », « Qu’entendez-vous par le fait que cela soit un problème? » etc.

Il s’avère que le jour de l’Achoura est un événement islamique qui se fait chaque année au sein des communautés musulmanes, mais qui a une représentation différente que l’on soit sunnite ou chiite.

Pour les chiites, c’est un jour de deuil m’expliqua la femme alors que pour les sunnites, c’est un jour de célébration. Du coup, le couple voulait savoir ce qu’ils allaient faire pour pouvoir combiner leurs appartenances distinctes et cet événement religieux.

L’humilité est de ne pas prétendre savoir et ce, même si cela fait plus de dix ans que j’étudie les phénomènes religieux islamiques, la posture du médiateur dans le non savoir permet justement de délaisser ce que l’on sait de toutes ces notions et de se concentrer sur ce que les médieurs disent et pensent de leur propos.

Enfin, pour faire un lien avec la médiation humaniste, « l’humilité » est définie comme une attitude où l’on accueil le ou les médieurs « sans jugement, sans volonté de ne rien faire, sans projet sur l’autre, afin d’être seulement le facilitateur, l’éveilleur de la voix intérieure ». Une tâche sans fin et qui n’est donc « jamais terminée ».

Le deuxième cas de médiation

Le deuxième cas de médiation nous a permis de comprendre l’importance de l’outil miroir évoqué dans l’approche de la médiation humaniste. C’est vraiment l’élément -selon nous- qui a permis aux différents médieurs d’entendre le point de vue de l’autre et ce, sans pour autant être d’accord entre eux.

Par la suite, nous pouvons constater que cela a abouti à des propositions de solution qui pourraient permettre une meilleure entente entre les deux.

Les questions liées à la religion et à la culture ont été abordées. Le médiateur n’a pas tranché, ce n’est pas son rôle. Cependant, il a effectué une reconnaissance (dans la compréhension et non dans l’accord des propos des médieurs), sans jugement et avec impartialité. Du moins, le plus possibl

Ce que ce travail de terrain a permis de mettre en avant, c’est que les principales techniques de la médiation humaniste et de la médiation en général sont avant tout, des attitudes à acquérir beaucoup plus que des savoirs.

Cependant, il est essentiel d’apprendre le concept du « savoir-être » lorsque l’on propose un espace de médiation parce que cette notion amène plusieurs postures qui permettent de maintenir sa neutralité.

Ce qui est important à soulever, c’est que les méthodes sont utiles pour n’importe quel sujet abordé dans les médiations car ce qui compte, c’est l’importance que la thématique a pour les médieurs.

En effet, qu’il s’agisse de religion ou de culture, de la famille ou d’un problème de voisinage, lorsque les médieurs viennent en médiation, c’est pour parler d’un élément qu’ils n’ont pas pu résoudre seul.

Aussi, confier leur situation, l’exprimer à une tierce personne n’est pas à prendre à la légère. Notre devoir, selon nous, en tant que médiateur, c’est d’honorer les médieurs et ainsi, d’être capable de leur offrir cet espace. Ces espaces qui ne sont pas forcément connus ou exploités parce que la médiation reste dans plusieurs cas, un espace peu clair, qu’il est donc important de clarifier dès le départ.

Si les discours religieux en médiation ont fait l’objet de plusieurs travaux, il y a bien une piste où les médiations pourraient être forts utiles au regard de l’actualité. Il s’agit de la question de la radicalité, des attentats et de l’islamophobie.

En effet, il y a réellement possibilité -et la médiation peut être cette possibilité-, d’offrir un espace de rencontre (et de communication) sur ces différentes thématiques. C’est un fait : les sociétés et les individus sont de plus en plus divisés, aussi, avoir un endroit pour se rencontrer, parler et surtout être compris dans les réalités de chacun restent d’un intérêt public.

Un exemple nous revient en tête, celui d’avoir rencontré dans un espace de médiation, deux voisins, l’un de confession musulmane et l’autre qui ne l’était pas, ces derniers étaient venus avec pour objectif de se comprendre dans leur croyance ou dans leur non croyance. Cet exemple était une manière d’utiliser la médiation qui selon nous, permettra à la société d’intégrer cette notion du vivre ensemble.

Enfin, ce vivre ensemble ne peut faire sens que si chacun d’entre nous se responsabilise en ce sens.

« Nous sommes tous concernés par la dégradation du tissu social et nous sommes tous concernés par sa réparation. Le « vivre ensemble » se tisse et hélas se détisse d’abord entre les individus. L’unité nationale ne se décrète pas elle se tisse humblement quotidiennement, patiemment, continûment, horizontalement. Il nous revient à nous médiateurs, humbles tisserands du dialogue de nous mobiliser.

(Extrait de huffpostmaghreb.com du 04/01/2018

En savoir plus sur https://www.huffpostmaghreb.com/ikram-ben-aissa/la-neutralite-et-les-discours-religieux-en-mediation_b_18931568.html

Bibliographie

Articles scientifiques

https://www.cairn.info/l-esprit-de-la-mediation–9782865866588.htm , consulté le 09/04/2017

https://www.observatoiredesmediations.org/Asset/Source/Article_ID-49_No-01.pdf, consulté le 09/04/2017

https://www.mediationsasbl.be/lesprit-de-la-mediation-humaniste-jacqueline-morineau , consulté le 09/04/2017

http://www.css.ethz.ch/content/dam/ethz/special-interest/gess/cis/center-for-securities-studies/pdfs/CSS-Analysen-105-FR.pdf , consulté le 09/04/2017

http://www.initiatives.asso.fr/pdf/faculte/3097-1314.pdf

https://www.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2009-2-page-13.htm

https://www.cairn.info/la-mediation–9782130575580.htm, La médiation, Michèle Guillaume-Hofnung,

https://www.cairn.info/revue-de-psychotherapie-psychanalytique-de-groupe-2003-2-page-29.htm

https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-dynamiques-2008-2-page-67.htm, Les sens de la médiation, Fabrice Audebrand

https://www.cairn.info/revue-le-journal-des-psychologues-2011-5-page-16.htm, Médiation : définition et problématique, Claude Tapia

Articles d’opinion

https://www.huffingtonpost.fr/michele-guillaumehofnung/mediation-dialogue_b_11292626.html « La médiation et ses humbles tisserands du dialogue », Consulté le 22/04/2017.

Livres :

MORINEAU, J., « Le médiateur de l’âme « , Nouvelle Cité, France, 2008.

IULA, E., & MORINEAU, J., « Face au conflit: les ressources anthropologiques, sociologiques et théologiques de la médiation », ETHIQUE, France, 2012.

MORINEAU, J., « L’esprit de la médiation », Eres, France, 2005.

SIX, J-F, « Le temps des médiateurs », SEUIL, France, 1990.

Vidéos :

https://www.youtube.com/watch?v=6TbYvFYRuH0 : Témoignage d’un couple qui témoigne sur son expérience en médiation familiale.

https://www.youtube.com/watch?v=glHjgYO8-ok : Médiation familiale : un intermédiaire pour un meilleur dialogue.

https://www.youtube.com/watch?v=FAHOT13YG1M : Médiation familiale – Divorce – Consentement mutuel – Séparation.

https://www.youtube.com/watch?v=gOAsD5ZwHj4 bx1 tv – médiations en Belgique (avec Jaqueline Morineau)

Formation : Cours de religion et de médiation, du 26 au 31 août 2018 à Murten (Suisse)


 

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Le cours de religion et de médiation (CMR) est une formation spécialisée pour les médiateurs, les praticiens de la paix, les décideurs politiques et d’autres personnes travaillant à la résolution de conflits politiques violents dans des contextes où la religion est très pertinente. L’objectif du cours est que les participants approfondissent leur compréhension de l’interaction entre la religion et la politique dans les conflits politiques violents.

Buts d’apprentissage

Dans un environnement d’apprentissage interactif et axé sur l’expérience

• Acquérir une compréhension de l’importance de la religion dans le travail sur les conflits

• Acquérir les outils pour analyser le rôle de la religion dans les conflits

• Se familiariser avec une variété d’approches pour la médiation et la transformation des conflits avec des dimensions religieuses

• Appliquer leur apprentissage à des études de cas de conflits actuels avec des dimensions religieuses.

 

Chronométrage et détails de la demande

Le cours de religion et de médiation 2018 aura lieu du 26 au 31 août 2018 à Murten en Suisse (près de la capitale de Berne).

Les demandes pour le cours sont maintenant ouvertes. Veuillez noter que vous aurez besoin d’un CV et d’une lettre de motivation pour  postuler. La date limite de dépôt des candidatures est le  27 mars 2018 .

 

Les organisateurs

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et le Centre d’études de sécurité (CSS) mènent un programme conjoint intitulé «Culture et religion dans la médiation». Il s’appuie sur les 10 années d’expérience du DFAE en matière de religion et de transformation des conflits et sur l’expertise du CSS en matière de médiation dans ses efforts pour soutenir la transformation des conflits et les processus de médiation sur l’interaction entre religion et politique.

Le cours est organisé en collaboration avec le Réseau pour les artisans de la paix religieux et traditionnels, qui vise à identifier et améliorer le soutien et l’engagement des artisans de la paix traditionnels et religieux dans les efforts de médiation. Le Réseau travaille avec une cinquantaine d’organisations et ses activités sont supervisées par un groupe central composé de l’Organisation de Coopération Islamique (OCI), du Centre de Dialogue International (KAICIID), de Religions pour la Paix (RfP) et de Finn Church Aid (FCA). Le lancement du réseau a été étroitement soutenu par l’Unité d’appui à la médiation des Nations Unies du Département des affaires politiques et de l’Alliance des civilisations des Nations Unies. Le Secrétariat du Réseau est hébergé par Finn Church Aid. Le plus grand bailleur de fonds du réseau est le ministère des Affaires étrangères de la Finlande. » (Extrait de www.peacemakersnetwork.org)

Pour en savoir plus   www.peacemakersnetwork.org

Sant’Egidio, la communauté catholique qui œuvre pour la paix en Afrique


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La communauté catholique Sant’Egidio est souvent citée pour son rôle actif de médiation dans des négociations de paix en Afrique. Notamment récemment en Casamance (Sénégal) ou en Centrafrique. Enquête sur une communauté très discrète. Admirée. Mais aussi critiquée.

«La Communauté de Sant’Egidio naît à Rome en 1968, au lendemain du Concile Vatican II. C’est aujourd’hui un mouvement de laïcs auquel participent plus de 50.000 personnes, investies dans l’évangélisation et dans la charité à Rome, en Italie et dans plus de 70 (en fait 75, NDLR) pays des divers continents», raconte son site. Un demi-siècle après, elle est toujours installée dans un ancien monastère carmélite de la Ville éternelle, construit au XVIIe siècle. Elle tient son nom de l’église Sant’Egidio (Saint Egide en français, forme italienne de Saint Gilles l’ermite).

L’année 1968, celle notamment de grands changements sociétaux dans les pays occidentaux, ne doit rien au hasard. Sant’Egidio a donc été créée cette année-là par Andre Riccardi, fils de banquier, «et un groupe d’étudiants désireux de reconnecter l’Eglise avec les plus démunis», raconte Le Monde. Tous laïques. «Un temps imprégnés de marxisme, (ils) ont fait leurs classes dans les bidonvilles romains, mais aussi auprès des handicapés, des réfugiés et des personnes âgées esseulées».

Des interventions qui se poursuivent aujourd’hui. Dans le même temps, la communauté a essaimé ailleurs dans le monde, notamment dans une vingtaine de pays africains. En Côte-d’Ivoire, ses militants mènent par exemple des actions d’alphabétisation.

De fil en aiguille, Sant’Egidio s’est spécialisée dans les relations internationales. L’écart entre une action au niveau d’un quartier ou d’une ville d’un côté, à celui du vaste monde de l’autre peut paraître incommensurable à l’observateur moyen. Pas à Angelo Romano, recteur de la Basilique Saint-Barthélémy, professeur à l’Université pontificale urbanienne à Rome. Lui-même «fait partie du groupe travaillant actuellement pour la réconciliation en Casamance (Sénégal)», précise le site de la communauté.

«Action sociale et action internationale»
«Il y a une continuité entre notre action sociale et notre action internationale, qui correspondent toutes deux à notre vocation de communauté chrétienne. Quand nous agissons lors de négociations, il s’agit de se mettre au service de la paix et de répondre à des requêtes. Nous n’avons pas changé de voie. Nous restons enracinés dans la vie chrétienne et la charité. C’est ce qui nous donne notre crédibilité», explique Angelo Romano. La communauté est ainsi intervenue un peu partout dans le monde: au Guatemala, en Albanie, au Kosovo. Mais aussi, et beaucoup, en Afrique: en Algérie (pendant la guerre civile dans les années 90), au Burundi, en Centrafrique, en Côte-d’Ivoire, au Liberia, en Libye, au Mozambique, au Soudan du Sud

Sant’Egido a, en quelque sorte, fait ses classes lors de la guerre civile au Mozambique au début des années 90. «Les représentants du gouvernement et du mouvement de guérilla Renamo ont négocié chez nous pendant sept mois», se souvient l’universitaire catholique. Avant d’aboutir à un accord le 4 octobre 1992, qui reste visiblement un grand objet de fierté pour la communauté. Mais en 2016, des combats ont à nouveau opposé les ex-belligérants.

Les moyens pour parvenir à un tel accord? «Une structure très légère constituée de bénévoles», répond Angelo Romano. En l’occurrence une dizaine de personnes qui composent le bureau international de la communauté. Pour les négociations sur le Mozambique, Sant’Egidio avait mis sur pied une équipe de quatre personnes, dont un archevêque mozambicain. Angelo Romano reste discret quand on lui demande sur qui, en général, s’appuie la communauté au niveau local. «Nous sommes enracinés dans 75 pays, ce qui permet d’avoir une certaine connaissance du terrain et nous fournit une richesse de compréhension», répond-il sans plus de précision.

La «force» des bénévoles
Dans le même temps, le fait que les négociateurs de la communauté soient «des bénévoles est une force», poursuit l’universitaire. «Cela nous donne une énorme crédibilité». Une crédibilité pour aider à résoudre des conflits parfois insolubles pour les diplomates professionnels.

«Nous faisons quelque chose de différent», dit Angelo Romano. C’est-à-dire? «Nous n’avons pas de projet ni de solution préétablis. Nous essayons en premier lieu d’écouter et de comprendre les protagonistes. Chaque conflit a ses raisons et son histoire. Il s’agit de comprendre les peurs et les méfiances des uns et des autres. Cela nécessite du temps, ce que des diplomates professionnels ne peuvent pas forcément se permettre.» Pour autant, ces derniers peuvent être associés au travail de Sant’Egidio. Comme le fut l’ambassadeur de France au Vatican lors des discussions sur la Centrafrique.

Une fois les négociations sur les rails, les protagonistes en choisissent le rythme. Pendant les discussions, «nous nous efforçons de mettre au centre ce qui les réunit et de mettre de côté ce qui désunit». Objectif: échafauder des compromis pour arriver à un accord. «Il s’agit de ne pas être pressé: il faut tester les plus petites chances pour parvenir à une solution pacifique. Cela peut donc prendre des années.» Comme en Casamance où les pourparlers ont commencé en 1991 et où un accord de paix a été signé en 2004. Mais où la situation n’est toujours pas stabilisée. «Nous avons aussi la liberté d’échouer», estime Angelo Romano. Comme en Algérie en 1995 où le pouvoir n’est finalement pas venu à la table des négociations.

«Acceptation de l’ordre injuste des rapports de force»?
Certains apprécient la méthode. Comme l’ancien ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine qui évoque «une belle diplomatie», «à contre-courant» et qui «s’abstient de donner des leçons». Mais l’institution est aussi critiquée. «La paix de Sant’Egidio est devenue celle de l’acceptation de l’ordre injuste des rapports de force», estime ainsi Médiapart. Selon le site, l’accord politique de Kinshasa, signé sous le patronage de l’épiscopat congolais fin 2016 avec l’aide de la communauté permet «d’abord au régime de Kabila de gagner du temps et de se renforcer». Une communauté qui s’inscrirait «dans une tradition ecclésiale classique, celle de la compassion au bénéfice de l’ordre établi».

Des analyses auxquelles Angelo Romano ne juge pas nécessaire de répondre directement. Et d’expliquer : «Nous agissons comme avec un blessé. Il ne s’agit pas d’ouvrir une discussion avec le malade. Mais de soigner ses blessures. Si elles ne sont pas soignées, il risque une infection. Or la guerre est une blessure horrible. Quand vous parlez avec des personnes engagées dans un conflit, ils ne vous diront jamais qu’il s’agit là d’une expérience positive. Comme le dit Erasme de Rotterdam, « Dulce bellum inexpertis »: « La guerre est douce pour ceux qui ne la connaissent pas. »» -L . Ribadeau Dumas- (Extrait de m.geopolis.francetvinfo.fr du 18/01/2017)

En savoir plus sur http://m.geopolis.francetvinfo.fr/sant-egidio-la-communaute-catholique-qui-oeuvre-pour-la-paix-en-afrique-175253#xtref=acc_dir

 

Article : « La neutralité et les discours religieux en médiation » par Ikram Ben Aissa, Huffpost Tunisie, 4/01/2018


ISLAM

« Comment maintenir sa neutralité en tant que médiateur, dans le cadre de médiations où les discours religieux sont présents chez les médieurs/médiants? »

Introduction

A partir de mes différents stages qui ont duré deux années complètes au sein du Centre Culturel et Islamique de Belgique, je me suis retrouvée à rencontrer des personnes majoritairement de confession musulmane qui venaient en médiation et qui dans leurs discours apportaient toujours un ou plusieurs éléments en lien avec la religion.

Il n’était pas question d’évoquer simplement un élément religieux, il s’agissait d’une référence à laquelle ces derniers se basaient. Au départ, cet élément m’a énormément déstabilisée puisque je me devais d’être neutre et impartiale en tant que médiatrice et de ce fait, ne pas trancher des questions d’ordre religieux ou autres d’ailleurs, ce que les médieurs demandaient.
Certaines de ces thématiques posaient également des questions déontologiques.

Plusieurs réflexions sur ce sujet ont durant trois années été travaillées, que cela soit dans le cadre de mes rapports de stage, au sein de mon lieu de stage ou encore durant les différents cours.

Aussi, dans le cadre de mon travail de fin de spécialisation en médiation, j’ai souhaité à partir de plusieurs exemples, mais aussi de différentes sources académiques, trouver différentes techniques.
Cela permettra d’appréhender au mieux ces discours religieux dans une médiation et ce, afin de maintenir au mieux cette posture de la neutralité.

Ce qui m’a intéressée dans ce travail et dans le cadre de cette thématique, c’est l’approche de la médiation humaniste mise en avant par la française Jacqueline Morineau. Si je souligne sa nationalité, c’est uniquement pour pointer du doigt le fait qu’il s’agit d’une approche particulière et d’une mentalité précise.

En effet, la médiation dans un contexte français n’est pas la même que la médiation dans un contexte anglo-saxon par exemple. Aussi, le fait que choisir cette approche, c’est renoncer à d’autres et qu’aborder une spécialiste de la médiation, n’exclut pas le fait que d’autres spécialistes aient apportés d’autres éléments de réponses sur ce sujet.

Ainsi, il a été question dans mon travail de recherche, de répondre à cette question : « Comment maintenir sa neutralité en tant que médiateur, dans le cadre de médiations où les discours religieux sont présents chez les médieurs/médiants? ».

Justification de l’intérêt porté à ces discours religieux

Il faut d’abord souligner ma formation de base et l’intérêt porté aux phénomènes religieux, plus particulièrement au sein des communautés musulmanes.

Universitaire de formation, je me suis spécialisée dans l’Histoire de l’islam, avec ses différents courants musulmans mais aussi, sa place actuelle dans le monde arabo-musulmans et ce, d’un point de vue sociologique, historique et politique.

Par la suite, je me suis intéressée aux conflits actuels dans ces pays musulmans en guerre, ce qui a abouti à la publication aux éditions l’Harmattan, d’un ouvrage sur la Syrie intitulé « Hommage à la Syrie: Nouvelles d’un pays en crise ».

De plus, c’est en tant que blogueuse que j’ai eu l’occasion de publier plusieurs articles sur les communautés musulmanes notamment pour le média américain « The HuffPost ».

Grâce à la formation en médiation, j’ai pu travailler deux années au sein des communautés musulmanes par le biais d’un centre, le Centre Islamique et Culturel de Belgique, plus précisément avec la cellule « Médiation Sociale » afin de rencontrer et d’offrir un espace de communication pour les personnes qui en font la demande.

Actuellement, je suis doctorante à l’ULB au sein de la Faculté de Sciences Sociales. J’y réalise des recherches sur les minorités musulmanes en Belgique. Ainsi, mes formations expliquent en partie mon choix d’avoir effectué mes stages dans un Centre islamique en particulier.

En effet, les réalités de terrain, qui s’y retrouvent et qui touchent un public précis, expliquent notamment mon sujet de recherche. Entendons-nous, l’objectif principal de la médiation est d’offrir un espace de communication et un cadre où le médiateur n’aurait pas une posture de « savoir » mais il serait avant tout à l’écoute, mettant en avant une posture de « non savoir ». Ainsi, je comprenais dès le départ que mes connaissances de ce milieu n’influenceraient en rien ma pratique de la médiation.

Pourquoi donc s’intéresser aux discours religieux et à la posture neutre du médiateur?
C’est parce que nous avons été confrontés à plusieurs cas de médiation où les médieurs évoquaient des thématiques religieuses comme références dans leur quotidien. Ces discours religieux aux expressions diverses en fonction des protagonistes du processus de médiation revenaient à chaque fois.

Majoritairement en médiation de couple, ces personnes venaient en médiation au Centre Islamique et Culturel de Belgique pour l’aspect religieux. En effet, ces derniers se disaient mieux compris dans ce cadre que dans un centre non islamique.

A plusieurs reprises, ces médieurs nous ont expliqué s’être dirigés vers des cellules de médiation où le professionnel rencontré ne comprenait pas ces éléments religieux. Le choix des personnes qui venaient en médiation était donc avant tout motivé par l’élément religieux et leur spiritualité. Si la décision d’aller vers tel ou tel médiateur incombe à la responsabilité des individus, il était essentiel de savoir ce qu’ils attendaient de la médiation.

De plus, si la thématique du religieux est présente ce n’est pas non plus un hasard. En effet, l’individualisation des sociétés étant une réalité sociologique, les différents domaines de la vie (dont la religion) vont être par conséquent appropriés par les personnes afin d’effectuer ce que l’on appelle un syncrétisme.

Ainsi, certains médiateurs ont décidé d’aborder la thématique « religieuse » comme n’importe quelle autre thématique en médiation. Cependant, toute l’actualité en lien avec les attentats, le terrorisme, la radicalisation, les musulmans et l’islam, a fait écho au sein de la société, les conséquences et ces thématiques ont pu être découvertes dans certaines des médiations vécues en stage.

Ainsi, parler de religion, de phénomènes religieux, de la pratique religieuse, de la manière dont les médieurs se représentent la religion dans un contexte particulier et une époque précise, n’est pas, selon nous, une tâche à prendre à la légère.

Nous pensons en effet que le simple fait d’en parler est déjà une étape importante et que cela puisse se faire dans un espace de médiation aussi. Nous pensons par exemple à ce jeune qui est venu en médiation avec ses parents et qui souhaitait partir en Syrie.

Ce dernier était prêt à entendre le point de vue d’un spécialiste de l’islam pour savoir si le fait de partir au djihad était mal comme le défendaient ses parents. Dans cette situation, il y avait un travail de communication à effectuer entre les parents et le jeune mais aussi entre l’expert de la religion et le jeune en question.

Voici un exemple qui prouve le sens de la médiation sur ces thématiques liées à la religion. Aussi, si la religion musulmane a des bases communes avec les différents courants musulmans, nombreuses en sont les interprétations.

Ces interprétations émises en fonction de la personne que l’on rencontre seront communément admises ou complètement opposée à « la norme ». C’est tant mieux, puisque dans le cadre des médiations, il n’y a ni norme, ni approche de la religion à favoriser plutôt qu’une autre. Cependant, accepter d’entendre ces différentes approches nécessite des méthodologies, des outils et un cadre particulier.

C’est donc dans ce contexte que les travaux des spécialistes de la médiation humaniste peuvent nous aider. Pourquoi ? Il apparaît que le religieux et le spirituel sont intégrés dans ce concept de la médiation humaniste.

Présentation du lieu de stage: Le Centre Islamique et Culturel de Belgique

Description de l’institut (son projet institutionnel, son origine, son public, ses fidèles, etc.)
Nous pouvons lire sur le site officiel du Centre islamique et culturel de Belgique, l’historique de sa création. Il s’agit à la base d’un présent offert par le roi Baudouin Ier au roi Fayçal d’Arabie Saoudite qui était en visite à Bruxelles.

L’objectif étant que ce pavillon oriental, soit utilisé en tant que mosquée mais aussi en tant que siège pour le Centre Islamique et Culturel de Belgique. C’est donc dans les années 60 et 70 que l’évolution de ce centre se réalisera.

Il faut ajouter que le roi d’Arabie Saoudite décide de prendre en charge les coûts de construction et de rénovation de ce pavillon devenu dorénavant un centre. L’objectif de ce financement est un moyen d’en faire une référence au sein de ce territoire européen.

Concrètement, plusieurs activités sont réalisées au sein de ce centre : il y a la partie mosquée où les musulmans et les musulmanes peuvent y venir accomplir leur prière mais il y a également des salles de classe et de conférence où l’on enseigne différentes disciplines liées à l’islam. Enfin, il y a tout un secteur en lien avec l’administration du centre, un bureau de médiation et d’un conseiller.
Méthodologie appliquée (le processus d’accueil, d’analyse et de gestion de la demande de médiation)

Il y a une salle d’attente au deuxième étage du Centre islamique. Les personnes sont convoquées au sein des différents bureaux en fonction de leur demande. Lorsqu’il s’agit d’une médiation, elles sont invitées à entrer dans le bureau du médiateur. Ce dernier les reçoit, les invite à s’installer et écoute leur requête, « la demande ».

Le médiateur va alors poser une série de questions afin de mieux saisir la situation conflictuelle. Si tous les protagonistes sont présents, il va tenter en fonction de la demande, de chercher avec les médieurs des pistes de solutions.

Et au-delà, donner certains conseils en plus liés au centre même qui est un centre islamique. Il faut savoir que cela se fait toujours à la demande des médieurs, qui au-delà de trouver des pistes de solutions, souhaitent parfois recevoir des conseils en lien avec leur spiritualité.

C’est là que s’articule mon travail de recherche : cadrer le rôle du médiateur pour ne pas le mélanger à celui de conseiller ou de « savant « .

Déontologie (les règles de conduites professionnelles en vigueur au sein de l’institution, celles ayant fait l’objet d’une attention particulière (par le médiateur et/ou l’étudiant) :

Secret professionnel et autonomie vis-à-vis de la direction:

Bien qu’il puisse y avoir des fuites en dehors du bureau, et ce, parce que les murs ne sont pas bien isolés, le médiateur souligne qu’il est soumis au secret professionnel et que ce qui se dit dans ce bureau reste dans ce bureau.

Cela a réellement été le cas et comme nous avons pu le souligner, le médiateur ne doit pas rendre compte de ce qui s’y passe à la direction. Il n’a pas d’évaluation ou de rapport à rendre par exemple.

Ainsi, les situations restent confidentielles, rien n’est rapporté ou transmis au directeur et ce, malgré que le financement du médiateur soit effectué par le centre. En effet, bien qu’il y ait des réunions avec toute l’équipe et ce, plusieurs fois par mois, le contenu de ce qui se passe au sein du bureau de médiation n’est jamais abordé.

Cadre de médiation

Nous pouvons observer qu’il existe un cadre dans lequel la médiation s’effectue. Le bureau en question fait office de cadre de médiation et où l’on retrouve les ingrédients nécessaires pour rencontrer les médieurs.

Il y a donc, dans un premier temps, la séparation entre l’arrivée des médieurs et l’entrée dans le bureau. De ce fait, il y a le respect d’un cadre. L’accueil est également professionnel, comme nous avons pu l’étudier dans certains cours cette année. Le médiateur laisse entrer les médieurs, qui se placent là où ils le souhaitent et qui sont écoutés.

Les personnes qui viennent en médiation au CICB et l’aspect « musulman »

Les médieurs sont majoritairement des personnes de confession musulmane qui viennent au Centre Islamique et Culturel de Belgique parce que c’est « islamique ». Aussi, la question que l’on peut se poser, est de savoir ce qu’ils recherchent dans les médiations puisqu’il est question pour le médiateur d’être impartial et neutre.

Affichant ouvertement ma confession musulmane, il est possible que la représentation que les médieurs auront de ma personne, va influencer leur choix et leur manière d’entrer en médiation.

C’est pour cela qu’il est important pour moi que les médieurs puissent choisir le médiateur avec lequel ils entreront dans le processus de médiation mais aussi, de leur faire comprendre que mon travail ne consiste pas à trancher sur des questions religieuses, que je ne suis pas là en tant que porteuse de savoir et donc de clarifier mon cadre dès le début de la médiation.

C’est dans ce contexte que plusieurs réflexions vont avoir lieu et en lien avec ma pratique de stage.

Les réponses apportées dans le cadre de mes différents travaux tout au long de ma spécialisation en médiation en lien avec cette question du religieux

Concernant le cadre :

Lors de mon premier stage en médiation au sein du Centre Culturel et Islamique de Belgique, mes recherches portaient beaucoup plus sur le cadre dans lequel la médiation et les discours religieux devaient idéalement se réaliser.

En effet, j’avais remarqué et ce, grâce aux différents modules que j’avais pu suivre durant ma première année de spécialisation en médiation, que plusieurs éléments pouvaient poser problème : le fait que l’on puisse entendre ce qui se dit dans les différents bureaux et ce compris là où les médiations avaient lieu.

Un autre exemple est la présence du téléphone fixe dans le bureau de la médiation et qui interrompait souvent le processus de médiation par les nombreux appels des demandes de médiation. J’ai donc pu clarifier mon cadre dans ce contexte, en expliquant la manière idéale et de construction mon propre cadre durant ce stage.

Ainsi, j’ai changé de bureau afin de ne pas avoir ce problème de manque de confidentialité, le bureau dans lequel je me trouvais n’avait pas de téléphone fixe etc. Concernant l’aspect purement « religieux », les médieurs venaient au CCIB pour des médiations mais attendaient également de la médiation et du médiateur des réponses à leur questionnement au niveau islamique.

Ils avaient besoin d’éclaircissements lors de la médiation ou souhaitaient que le médiateur tranche sur certains éléments religieux. La neutralité du médiateur était donc menacée à chaque fois qu’un discours religieux des médieurs se terminait par un questionnement, ou une demande de clarification à ce sujet auprès du médiateur.

Aussi, il m’a été possible de confirmer ma neutralité dans ma posture de médiatrice en clarifiant ce qu’était la médiation et quel était le rôle du médiateur dès le début du processus de médiation ou durant le processus.

Les réponses théologiques attendues par les médieurs/médiants

Même si mon cadre était clair pour les médieurs, un autre élément que j’ai pu travailler lors de mon deuxième stage en deuxième année de médiation est celui des réponses théologiques demandées par les médieurs/médiants.

En effet, lors des médiations vécues, il était question dans les discours religieux des médieurs (pour beaucoup en tout cas) de trancher sur certains éléments islamiques et de demander ce qu’il en est au médiateur.

Je me suis donc retrouvée à plusieurs reprises avec les médieurs coincés sur plusieurs questions religieuses qui ne permettaient pas d’avancer dans la médiation. Si le travail de la représentation des uns et des autres sur ces thématiques se réalisait, il n’empêche qu’au bout du compte, il y avait une demande des médieurs d’obtenir la réponse d’un expert en religion.

Nous pouvons citer comme exemple cette question: « Est-ce que l’islam donne le droit au mari de décider si l’épouse peut travailler ou pas? ».

Après en avoir discuté avec mes différents formateurs et ce, à plusieurs reprises durant la deuxième année, nous avons pensé qu’il serait intéressant de proposer deux situations aux médieurs/médiants durant la médiation.

La première était d’inviter les médieurs à aller s’informer par eux-mêmes auprès du spécialiste de la religion, à savoir, l’imam (les imams) ou d’inviter un expert de la religion au sein de la médiation afin de clarifier et de faire avancer le processus de médiation à propos des discours religieux. Nous avons essayé la deuxième proposition, la médiation a permis de clarifier certains éléments et d’améliorer la communication entre les médieurs.

La première proposition nous semble aussi pertinente même si elle n’a pas été expliquée pour le moment. En effet, chercher l’information par soi-même, c’est une manière de responsabiliser les personnes qui entrent en médiation.

Illustration de la médiation avec l’arrivée de l’expert en islam.

Le premier cas de médiation

Dans le premier cas de médiation, nous remarquons que la confusion entre culture et religion est effectuée par Monsieur.

Puis, lors de la reformulation qui se fait sans jugement, sans un discours savant, Monsieur en arrive à nuancer en expliquant que tout compte fait, il y avait peut-être une distinction entre la religion et la culture et que cela provenait plutôt de la culture que de la religion.

Cette nuance est accueillie par le médiateur mais aussi par l’autre médieur, l’épouse qui fait part de son avis. Cette dernière est beaucoup plus catégorique: la religion n’invite pas à ne pas exprimer ses sentiments, bien au contraire.

Lorsque l’épouse explique cela, il y a une reconnaissance de ses propos par Monsieur, ce qui permet de clarifier un élément en lien avec le religieux. La posture du non savoir a permis cela, mais aussi, le silence et l’écoute du médiateur. Ce sont plusieurs techniques que l’on a mentionnées comme étant des éléments de la médiation humaniste.

Le fait que Monsieur passe d’une référence à la religion à une référence à la culture met en avant l’incertitude qu’il a à propos de ce qu’il avance. Il est possible aussi que les deux éléments soient reliés pour lui. En tout cas, ce qui se joue, ce sont des éléments identitaires, que cela soit au niveau religieux que culturel.

Il aurait été intéressant de travailler cet aspect avec Monsieur, de lui poser certaines questions comme : « Qu’entendez-vous par religion et culture? », « Que signifie pour vous la religion et la culture? », « En quoi est-ce important pour vous d’en parler », « Est-il important pour vous de distinguer les deux ? ».

L’idéal serait vraiment de formuler des questions ouvertes afin de ne pas colorer la suite de l’échange qu’il y aura entre les personnes présentes, dont moi-même, la médiatrice. Ce que Monsieur permet, c’est aussi le fait de pouvoir ouvrir le débat sur la question, il n’est pas dans une certitude, cela peut favoriser un échange sur le sujet.

Aussi, le fait de parler d’un sujet ne veut pas dire que l’on soit tous d’accord sur ce que cela voulait dire, aussi, il était et il est d’ailleurs toujours important de clarifier en posant une question qui commence par « que voulez-vous dire par… ». Cela permet de comprendre et de saisir ce que les médieurs veulent dire.

Un exemple concret où j’ai pu mettre en œuvre cette posture de l’humilité c’est lorsqu’un couple de confession musulmane est venu en médiation, la femme est d’obédience chiite et l’homme est de tendance sunnite, ils ont un problème à régler sur une journée islamique importante et qui se nomme l’Achoura.

J’ai une idée en tête de ce que cet événement est, mais je demande aux médieurs de m’expliquer de quoi il s’agit et en quoi est-ce problématique pour eux. « Qu’entendez-vous par l’Achoura? », « Qu’entendez-vous par le fait que cela soit un problème? » etc.

Il s’avère que le jour de l’Achoura est un événement islamique qui se fait chaque année au sein des communautés musulmanes, mais qui a une représentation différente que l’on soit sunnite ou chiite.

Pour les chiites, c’est un jour de deuil m’expliqua la femme alors que pour les sunnites, c’est un jour de célébration. Du coup, le couple voulait savoir ce qu’ils allaient faire pour pouvoir combiner leurs appartenances distinctes et cet événement religieux.

L’humilité est de ne pas prétendre savoir et ce, même si cela fait plus de dix ans que j’étudie les phénomènes religieux islamiques, la posture du médiateur dans le non savoir permet justement de délaisser ce que l’on sait de toutes ces notions et de se concentrer sur ce que les médieurs disent et pensent de leur propos.

Enfin, pour faire un lien avec la médiation humaniste, « l’humilité » est définie comme une attitude où l’on accueil le ou les médieurs « sans jugement, sans volonté de ne rien faire, sans projet sur l’autre, afin d’être seulement le facilitateur, l’éveilleur de la voix intérieure ». Une tâche sans fin et qui n’est donc « jamais terminée ».

Le deuxième cas de médiation

Le deuxième cas de médiation nous a permis de comprendre l’importance de l’outil miroir évoqué dans l’approche de la médiation humaniste. C’est vraiment l’élément -selon nous- qui a permis aux différents médieurs d’entendre le point de vue de l’autre et ce, sans pour autant être d’accord entre eux.

Par la suite, nous pouvons constater que cela a abouti à des propositions de solution qui pourraient permettre une meilleure entente entre les deux.

Les questions liées à la religion et à la culture ont été abordées. Le médiateur n’a pas tranché, ce n’est pas son rôle. Cependant, il a effectué une reconnaissance (dans la compréhension et non dans l’accord des propos des médieurs), sans jugement et avec impartialité. Du moins, le plus possibl

Ce que ce travail de terrain a permis de mettre en avant, c’est que les principales techniques de la médiation humaniste et de la médiation en général sont avant tout, des attitudes à acquérir beaucoup plus que des savoirs.

Cependant, il est essentiel d’apprendre le concept du « savoir-être » lorsque l’on propose un espace de médiation parce que cette notion amène plusieurs postures qui permettent de maintenir sa neutralité.

Ce qui est important à soulever, c’est que les méthodes sont utiles pour n’importe quel sujet abordé dans les médiations car ce qui compte, c’est l’importance que la thématique a pour les médieurs.

En effet, qu’il s’agisse de religion ou de culture, de la famille ou d’un problème de voisinage, lorsque les médieurs viennent en médiation, c’est pour parler d’un élément qu’ils n’ont pas pu résoudre seul.

Aussi, confier leur situation, l’exprimer à une tierce personne n’est pas à prendre à la légère. Notre devoir, selon nous, en tant que médiateur, c’est d’honorer les médieurs et ainsi, d’être capable de leur offrir cet espace. Ces espaces qui ne sont pas forcément connus ou exploités parce que la médiation reste dans plusieurs cas, un espace peu clair, qu’il est donc important de clarifier dès le départ.

Si les discours religieux en médiation ont fait l’objet de plusieurs travaux, il y a bien une piste où les médiations pourraient être forts utiles au regard de l’actualité. Il s’agit de la question de la radicalité, des attentats et de l’islamophobie.

En effet, il y a réellement possibilité -et la médiation peut être cette possibilité-, d’offrir un espace de rencontre (et de communication) sur ces différentes thématiques. C’est un fait : les sociétés et les individus sont de plus en plus divisés, aussi, avoir un endroit pour se rencontrer, parler et surtout être compris dans les réalités de chacun restent d’un intérêt public.

Un exemple nous revient en tête, celui d’avoir rencontré dans un espace de médiation, deux voisins, l’un de confession musulmane et l’autre qui ne l’était pas, ces derniers étaient venus avec pour objectif de se comprendre dans leur croyance ou dans leur non croyance. Cet exemple était une manière d’utiliser la médiation qui selon nous, permettra à la société d’intégrer cette notion du vivre ensemble.

Enfin, ce vivre ensemble ne peut faire sens que si chacun d’entre nous se responsabilise en ce sens.

« Nous sommes tous concernés par la dégradation du tissu social et nous sommes tous concernés par sa réparation. Le « vivre ensemble » se tisse et hélas se détisse d’abord entre les individus. L’unité nationale ne se décrète pas elle se tisse humblement quotidiennement, patiemment, continûment, horizontalement. Il nous revient à nous médiateurs, humbles tisserands du dialogue de nous mobiliser.

Bibliographie

Articles scientifiques

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https://www.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2009-2-page-13.htm
https://www.cairn.info/la-mediation–9782130575580.htm, La médiation, Michèle Guillaume-Hofnung,
https://www.cairn.info/revue-de-psychotherapie-psychanalytique-de-groupe-2003-2-page-29.htm
https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-dynamiques-2008-2-page-67.htm, Les sens de la médiation, Fabrice Audebrand
https://www.cairn.info/revue-le-journal-des-psychologues-2011-5-page-16.htm, Médiation : définition et problématique, Claude Tapia

Articles d’opinion

http://www.huffingtonpost.fr/michele-guillaumehofnung/mediation-dialogue_b_11292626.html « La médiation et ses humbles tisserands du dialogue », Consulté le 22/04/2017.
Livres :
MORINEAU, J., « Le médiateur de l’âme « , Nouvelle Cité, France, 2008.
IULA, E., & MORINEAU, J., « Face au conflit: les ressources anthropologiques, sociologiques et théologiques de la médiation », ETHIQUE, France, 2012.
MORINEAU, J., « L’esprit de la médiation », Eres, France, 2005.
SIX, J-F, « Le temps des médiateurs », SEUIL, France, 1990.
Vidéos :
https://www.youtube.com/watch?v=6TbYvFYRuH0 : Témoignage d’un couple qui témoigne sur son expérience en médiation familiale.
https://www.youtube.com/watch?v=glHjgYO8-ok : Médiation familiale : un intermédiaire pour un meilleur dialogue.
https://www.youtube.com/watch?v=FAHOT13YG1M : Médiation familiale – Divorce – Consentement mutuel – Séparation.
https://www.youtube.com/watch?v=gOAsD5ZwHj4 bx1 tv – médiations en Belgique (avec Jaqueline Morineau)

 Chercheure associée MEDEA, Doctorante en Sociologie, Master en sciences sociales et sciences politiques, Bachelier en Orientalisme, Médiatrice, enseignante, auteure et écrivaine.

(Extrait de huffpostmaghreb.com du 4/01/2018)

En savoir plus sur http://www.huffpostmaghreb.com/ikram-ben-aissa/la-neutralite-et-les-discours-religieux-en-mediation_b_18931568.html?utm_hp_ref=maghreb

Article : « À la recherche de la paix en Centrafrique. Médiations communautaires, religieuses et politiques » par Thierry Vircoulon, Notes de l’Ifri, juin 2017


 

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Article à consulter sur https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/vircoulon_recherche_paix_centrafrique_2017.pdf