« LA PRATIQUE DE LA MÉDIATION INTERCULTURELLE AU REGARD DES POPULATIONS MIGRANTES… ET ISSUES DE L’IMMIGRATION  » par Ingrid Plivard, Connexions, 2010/1 n° 93 |


Depuis le milieu des années 1980, les pratiques de médiation connaissent un essor notable en France, engendrant une multiplication des initiatives aux résultats plus ou moins heureux. De manière générale, la médiation renvoie au processus de création et de réparation du lien social et vise tout particulièrement le règlement des conflits survenant dans la vie de tous les jours. Retisser du lien social engendre des bénéfices à plus d’un titre. La médiation redonne un espace de parole permettant aux individus de se faire entendre, de parler de leurs situations, positions et difficultés. Elle tend à la redistribution des ressources communicationnelles. Elle contribue également à réactiver des modes de régulations autrefois figées par la complexification, voire la radicalisation des rapports sociaux (Chaouite, 2004). Ainsi, l’individu redécouvre des « vertus communicationnelles », plus efficientes et adaptées, liées au respect, à la confiance, à la reconnaissance de l’autre, de son point de vue, comme de ses différences. Le processus de médiation se caractérise par la libre adhésion de ses participants, que ce soit en termes d’entrée ou de sortie, par la confidentialité, socle de la confiance, et par le respect de l’autre et de ses opinions (Gaillard et Durif-Varembont, 2007). Le médiateur se doit d’être indépendant, neutre et impartial. L’exercice de la médiation nécessite de développer une capacité de distanciation permettant non seulement d’avoir conscience que l’autre peut être porteur de valeurs différentes mais, également, de prendre du recul par rapport à ses propres cadres de références (Bernard, 2007). Cette capacité, centrale et incompressible, s’accompagne d’habiletés communicationnelles, acquises le plus souvent sur le terrain et plus rarement par voie de formation et correspondant à la faculté de composer avec la disparité des codes culturels (adaptation du discours et rituels d’interactions, notamment). Nous ne décrirons pas les différentes ramifications de la discipline issues d’un développement foisonnant, mais nous centrerons dans ce texte sur une branche de la médiation de cohésion social, la médiation interculturelle. Les caractéristiques s’avèrent relativement identiques. Il s’agit ici d’établir (ou de rétablir) des liens de sociabilité entre des gens issus de cultures différentes. Une précision sur l’acception que nous appliquons au terme interculturel s’impose. Ne relèvent pas de l’interculturel uniquement les différences liées à l’appartenance ethnique ou nationale, mais également toutes les situations de divergence dans les univers de significations. La rupture culturelle peut donc être induite par la religion, le groupe social d’appartenance, le genre ou encore la génération. En fait, relèvent de l’interculturel tous les obstacles pouvant nuire au déroulement de la communication (Marandon, 2003).  (Extrait de cairn.info )

Article à consulter sur https://www.cairn.info/revue-connexions-2010-1-page-23.htm

Fait religieux en entreprise : un retour d’expérience


médiation

« Nous avons été sollicités il y a quelques mois pour une médiation « classique » entre une salariée et son employeur. L’objet du désaccord réside sur le port d’un « couvre-chef » par la salariée en question.

Madame F. ne couvrait pas sa chevelure au moment de son embauche, elle en a fait le choix il y a quelques années pendant un congé maternité. À son retour, elle en a parlé à son manager qui a donné son accord pour le faire également sur son lieu de travail. La collaboratrice fait par ailleurs le choix de ne pas porter un voile traditionnel mais une sorte de petit bonnet en tissu couvrant ses cheveux et ses oreilles, « plus discret » à ses dires. Cet objet peut être de différentes couleurs sobres, parfois avec des perles ou des strass brodés dessus.

Cette salariée reçoit de la clientèle en face à face, dans le secteur tertiaire. Elle a d’excellents résultats, est appréciée par ses collègues et ses clients, aucune difficulté n’est à remarquer.

Depuis, le manager de proximité a changé et la relation avec son responsable actuel est plus distante, il y a moins de confiance. La prise de poste de ce responsable a été difficile, plusieurs tensions ont éclaté avec l’équipe.

Un jour, un client connu et réputé « difficile » fait une réclamation concernant le point de vente en question et lors de son appel il évoque « des salariées voilées » sans que ceci ne soit cependant l’objet de son mécontentement. Dans le cadre du traitement de cette réclamation, Madame F. est rencontrée par le service RH qui lui propose soit de découvrir ses cheveux quand elle est à son poste, soit de passer sur une fonction sans interface client. Madame F., choquée, refuse. Elle aime son poste, son « couvre-chef » n’a jamais posé problème, elle ne voit pas pourquoi elle devrait changer de code vestimentaire ni d’emploi suite à la plainte d’un client connu qui ne la concerne même pas.

L’employeur, lui, est décidé à trouver une solution ; très partagé entre l’envie de soutenir et garder cette collaboratrice qui donne satisfaction mais craignant le « buzz » en interne et un « effet de contagion » ou de « revendication » parmi les collaboratrices. Le Directeur Général suit la situation de près lui-même, inquiet que la presse puisse s’en saisir. En effet, expliquant être « très attachés à la notion de laïcité », l’enjeu sur la marque employeur serait forte.

Pendant la médiation, nous explorons les représentations des parties et historique de la situation, afin de comprendre ce qui se joue dans ce désaccord et ce qu’il sous-tend. Du côté de la salariée apparait un fort sentiment de trahison : pourquoi l’entreprise, au lieu de la défendre, a « pris parti » pour le client difficile ? Pourquoi revenir sur cette autorisation alors que son couvre-chef n’a jamais posé problème ? Au contraire ! dit-elle, « les clients aiment bien faire des blagues sur la couleur du jour, on en parle ils posent des questions, ça crée du lien ». Et si c’était un problème, alors pourquoi son responsable ne lui en a jamais parlé ? Si elle est appréciée par son employeur, pourquoi est-ce que cette situation est « montée » directement jusqu’au service RH ? Madame dit comprendre la situation de l’employeur et ne pas lui en vouloir, raison pour laquelle elle ne s’est pas adressée aux représentants du personnel ni envisagé une démarche pour discrimination, ce qu’elle considère à ce stade être le fond de la situation.

La médiation dans une situation comme celle-ci a comme objet également de donner des éléments de compréhension sur le cadre, légal et organisationnel, et de resituer les choses dans leur contexte social et culturel sans porter de jugement. Nous avons ainsi abordé et clarifié assez sereinement la question de la neutralité en entreprise (ici pas inscrite dans le règlement intérieur que nous avons consulté ensemble), définit les contours de termes comme « discrimination » ou « racisme ». Nous évoquons ensemble les stéréotypes et crispations actuelles autour du sujet du voile en France et Madame F. peut évoquer la fatigue que ça lui procure dans le quotidien d’entendre des questions type : « c’est ton mari qui t’a demandé de le porter ? ».

Une fois que ces éléments ont pris leur juste place dans le contexte, d’autres questions plus structurelles commencent à faire surface : la relation entre Madame F. et son responsable actuel, sa progression de carrière, son équilibre temps personnel / temps professionnel, l’enjeu pour elle en tant que mère dans cette situation et « l’exemple qu’elle veut donner à sa fille ». Du côté de l’organisation il en va de même : la réflexion s’enclenche sur l’évolution du métier de chargé de clientèle, la politique de la relation client, la formation des managers, des paradoxes et certaines incongruences dans le cadre posé aux collaborateurs.

La médiation s’arrête autour de l’accord d’accompagner l’équipe du point de vente en entier, où la tension est collective depuis l’arrivée du nouveau responsable. L’employeur s’engage à proposer en parallèle un accompagnement RH à Madame F. incluant notamment des périodes d’immersion dans différents postes afin d’en trouver un qui coïncide avec ses contraintes, motivations et perspectives de carrière à long terme.

Au niveau organisationnel cette situation a permis de lancer une réflexion à la Direction sur le positionnement concernant l’expression du fait religieux au sein de l’entreprise, de le clarifier dans un premier temps puis de formaliser un petit guide à l’attention des managers à moyen terme.  » Parwa Mounoussamy (Extrait de alternego.com du 24/04/2019)

En savoir plus sur https://alternego.com/culturenego/retex-mediation-faitreligieux/

Suisse : Médiation et interculturalité en Suisse romande


« Le Collectif Interculturel de Médiation (CIM) est une association créée en 2008 pour développer et promouvoir la médiation à Genève. Il regroupe des personnes formées à la médiation et reconnues par la Fédération Suisse des Associations de Médiation (FSM).

Le but du Collectif est de : (1) promouvoir la médiation et les lieux de médiation ; (2) faciliter les relations entre individus, groupes, institutions et différentes communautés ainsi que leur participation à la vie sociale ; (3) prévenir, traiter et réguler les conflits par la médiation, en encourageant l’échange et le partage ; (4) vivifier le lien social par le dialogue, la négociation et la communication.

Parmi les services proposés, nous pouvons énumérer : (1) mise à disposition de médiateurs, de formateurs et de personnes ressources ; (2) formation/ supervision/ intervision en médiation ; (3) accompagnement à la valorisation des compétences (posture du médiateur) ; (4) promotion, sensibilisation et développement à la médiation.

Le CIM s’adresse à toute institution, association, communauté, lieu de médiation ou à toute personne intéressée par la médiation et/ou souhaitant demander une médiation.

CIMCréation du Collectif

Ses origines remontent à avril 1999 lorsqu’un « îlotier » de la gendarmerie genevoise sollicite l’association Mondial Contact, cultures et citoyenneté pour réfléchir à un mécanisme de prévention des conflits dans les relations intercommunautaires. Un Collectif mixte (hommes-femmes) fut créé, dont les membres étaient des personnes migrantes d’origines nationales variées, avec des profils professionnels différents. Ces personnes appartenaient à des réseaux associatifs communautaires et avaient une bonne connaissance des réalités de leur communauté́. La plupart avait déjà pratiqué la médiation empirique dans des cadres familiaux, communautaires et de voisinage.

Les membres fondateurs du Collectif de Médiation Interculturelle ont été formés à la médiation. En complément, ils reçurent une formation à « l’interculturalité » et acquirent des connaissances du réseau socio-institutionnel genevois et des pratiques de terrain de ses intervenants.

Selon Fernando Carvajal Sánchez, chargé d’enseignement à l’Université de Genève et membre du CIM, « en sciences sociales et humaines, ainsi que pour le sens commun, le terme “interculturalité” est utilisé pour exprimer une disposition à favoriser la communication, la compréhension et les rapports entre différentes cultures et/ou entre les personnes appartenant à des cultures différentes. Ces cultures peuvent différer parce qu’elles se développent et se déploient dans des environnements géographiques et temporels différents. Dans cette dernière perspective, on peut mieux comprendre une culture déjà disparue. » (Conférence donnée le 1er septembre 2018 à l’occasion du vernissage de l’exposition « Les médiateurs se mouillent » célébrant les dix ans de notre association).

Il faut mettre en exergue le fait que l’interculturalité est l’une des caractéristiques de la société genevoise. Le canton comptait en 2018 plus de 500 000 habitants dont 40% d’étrangers issus de 191 nationalités différentes (Office cantonal de la statistique (OCSTAT), « 500 000 habitants dans le canton de Genève », Informations statistiques, n°13, août 2018).

Dans ces circonstances, lorsque l’altérité se côtoie, l’interculturalité apporte une grande richesse, mais elle peut parfois être aussi source de malentendus ou de tensions. À ce niveau le médiateur peut intervenir pour régler un conflit interpersonnel, mais également désamorcer des préjugés et des stéréotypes qui empêchent la communication.

Le travail initial de Collectif s’est articulé autour de la « médiation interculturelle » telle que pratiquée en Suisse. Selon la définition donnée par l’association suisse romande Groupement Pro Médiation, « la médiation interculturelle s’adresse à toute personne ainsi qu’à toute institution ou organisme, confrontés à un conflit entre individus ou groupes de différentes cultures. Elle cherche à :

  • Vivifier le lien social par le dialogue, la négociation et la communication non-violente ;
  • Favoriser le vivre-ensemble entre individus, groupes, communautés et institutions d’origines diverses ;
  • Accepter les différences (culturelles, sociales…) et respecter la diversité. » (https://mediations.ch/mediation/mediation-interculturelle/ consulté le 12 octobre 2018)

Durant les dix premières années, les membres du Collectif ont agi principalement en tant que « personnes référentes » pour les personnes issues de la migration notamment en cas de conflit. La médiation était faite par des co-médiateurs/co-médiatrices du Collectif qui représentaient chacun-e la culture de chaque médiant-e pour lui permettre de se sentir compris dans sa propre construction du monde. En donnant la parole à chaque médiant-e sur comment il/elle voit le monde, en pouvant nommer ses valeurs, les médiateurs créent un dialogue qui permet aux protagonistes de chercher ensemble une solution prenant en compte leurs différences de points de vue. Cela encourage la communication entre les médiants, en facilitant la création d’un terrain d’entente en vue de la résolution du conflit.

En même temps, le rôle du Collectif était de sensibiliser les personnes à la culture suisse, de transmettre les normes et les pratiques de société afin de faciliter l’intégration des personnes migrantes.

À la fin des activités de l’association Mondial Contact en avril 2003, le Collectif fut repris par le Bureau de l’Intégration des Étrangers de l’État de Genève.

Médiation et interculturalité

En 2008 le Collectif de Médiation Interculturelle redevient autonome et se transforme en association genevoise. Il est renommé « Collectif Interculturel de Médiation » (ou CIM) afin de mettre l’accent non plus sur l’activité de médiation interculturelle, mais sur l’appartenance multiculturelle de ses membres.

En tant qu’association, le CIM maintient les compétences professionnelles acquises en médiation interculturelle tout en élargissant ses activités à d’autres domaines : familial, voisinage, travail, immobilier, consommation, santé, scolaire, social, pénal (adultes et mineurs). Nonobstant, par rapport à d’autres associations genevoises de médiation, son point fort réside dans son expérience en interculturalité et dialogue interculturel.

Les membres du CIM sont des médiateurs professionnels formés pendant au moins 200 heures dans une institution reconnue par la Fédération Suisse des Associations de Médiation, association faîtière dont le but est de promouvoir la médiation en Suisse, les règles de déontologie, ainsi que la qualité de la formation et de l’exercice de la médiation (https://www.mediation-ch.org). Pour la plupart, ils sont également assermentés auprès du Tribunal civil ou pénal à Genève (http://ge.ch/justice/mediation).

La pratique de la médiation au sein du CIM repose sur une approche normative qui correspond à la définition de Jacques Faget :

La médiation « est définie comme un processus consensuel de construction ou de réparation du lien social et de gestion des conflits dans lequel un tiers impartial, indépendant, (mediare c’est, étymologiquement, être au milieu) et sans pouvoir décisionnel, tente à travers l’organisation d’échanges entre les personnes ou les institutions de les aider soit à améliorer, soit à établir une relation ou de régler un conflit. » (« Médiation et post-modernité. Légitimation ou transformation de l’action publique ? » in Négociations, n°6, 2006, pp. 51-62, p. 52).

Nous pouvons noter qu’à l’instar de l’AsMéd Genève (association de médiation de voisinage, voir l’article dans la Lettre de l’ANM n°7) dont elle partage les buts, le Collectif Interculturel de Médiation est particulièrement actif dans la médiation de voisinage. Ce domaine de la médiation traite les conflits entre voisins causés par du bruit, dégradations, salissures, vandalisme, intolérance ou manque de respect. Nous pouvons constater que le taux de réussite de ces médiations est élevé. De plus le Collectif agit dans la médiation de quartier entre des résidents, commerces, institutions, associations et usagers. Force est de constater que « l’interculturalité » est présente parfois dans les disputes de voisinage notamment lorsque les préjugés et les stéréotypes sont forts et coupent le dialogue entre les protagonistes. Le rôle des médiateurs/trices consiste alors à rétablir la communication entre les parties pour pouvoir les aider par la suite à trouver une solution amiable à leur conflit.

Formation à la médiation

Le Collectif Interculturel de Médiation (CIM) donne également des formations et sensibilisations à la médiation et à la gestion des conflits pour des professionnels ou non-professionnels.

Parmi ses activités, le Collectif continue à promouvoir l’interculturalité, en proposant des formations à des institutions dont les collaborateurs sont amenés à gérer des conflits interculturels. De plus il se constitue en lieu de réflexion et d’échange de compétences de la médiation et de l’interculturalité.

Pour les professionnels de la médiation, le CIM propose des séances de supervision destinées à une réflexion sur leurs activités et une amélioration des compétences professionnelles.

Prenons comme exemple les séances de supervision formative que le CIM organise depuis trois ans dans le cadre du programme de médiation interculturelle et préventive de Caritas Genève. L’équipe des médiateurs de Caritas facilite la communication entre les populations Roms, les institutions, les services sociaux et les publics locaux dans les situations de conflits ou d’incompréhension. Les actions médiatrices menées auprès de populations fortement précarisées leur permettent de devenir actrices de leur avenir en recherchant par elles-mêmes des solutions aux différentes problématiques qu’elles rencontrent.

Depuis trois ans, Anne Catherine Salberg, médiatrice membre du CIM, juriste et formatrice d’adultes, a organisé 22 séances de supervision formative pour l’équipe de Caritas dans le but de renforcer ses compétences médiatrices, d’analyser les enjeux institutionnels et organisationnels et de développer son programme de médiation auprès de populations très précarisées. (Pour plus d’informations sur ce projet se référer au site web http://www.caritasge.ch/nos-activites/animation-et-prevention/mediation-intercommunautaire)

Des séances d’Intervision sont aussi organisées par le CIM pour ses propres membres dont l’objectif est d’échanger collectivement leurs expériences, parler des difficultés rencontrées dans l’exercice de leur métier, trouver des solutions et réfléchir sur la conduite à adopter.

Perspectives d’avenir : sensibilisation et promotion de la médiation

Hormis la formation à la médiation qui s’adresse à des professionnels, le Collectif Interculturel de Médiation (CIM) s’engage dans des activités de sensibilisation de la population ainsi que de la promotion de la médiation au sein des institutions genevoises.

En mai 2017, Adulai Mané et Fernando Carvajal Sánchez, membres du CIM ont participé à la conception et réalisation d’une expérience de sociologie urbaine organisée par l’association Il Fallait Bien Innover Production (FBI) en collaboration avec l’Université de Genève. Un jeu de rôle a été organisé dans le cadre du programme transfrontalier franco-genevois « Qu’est-ce qui se tram ? » pour la promotion du Grand Genève (agglomération franco-valdo-genevoise) et de la future ligne de tram reliant Annemasse à Genève. Deux comédiennes ont incarné un couple LGBT se disputant dans le bus, parlant de leur vie privée et menaçant de rompre jusqu’à ce qu’un médiateur du CIM intervienne dans le conflit. Ce jeu de rôle a permis d’observer la réaction du public par rapport à un conflit et par rapport à la médiation, et de faire comprendre aux usagers du tram quelle était la posture d’un médiateur. À la fin du trajet, le médiateur a pu répondre aux questions du public et promouvoir la médiation auprès des personnes qui ont manifesté leur intérêt à s’y former.

Dans le cadre de son programme de promotion de la médiation, le CIM organise actuellement une exposition intitulée « Les médiateurs se mouillent ». Cette exposition de photos peut être visitée jusqu’à la fin de la l’année aux Bains des Pâquis de Genève. Différentes activités (concerts, jeux de rôles) seront organisées en marge de l’exposition dont le programme sera disponible sur notre site web.

Avec cette exposition, le Collectif Interculturel de Médiation s’engage dans une campagne de promotion de la médiation à Genève, un canton qui peine à l’institutionnaliser hormis quelques rares initiatives communales. Force est de constater que la nouvelle Constitution genevoise de 2012, entrée en vigueur le 1er juin 2013, prévoyait la mise en place d’une instance de médiation administrative destinée à traiter les différends entre l’administration et les administrés (art. 115), institution qui n’a encore pas été créée.

Selon la même Constitution, l’État genevois encourage la médiation et les autres modes de résolution extrajudiciaires des litiges dans le cadre du pouvoir judiciaire (art. 120). Malgré cela, la fonction de médiateurs/médiatrices reste essentiellement un travail d’indépendant ou de (semi-)bénévolat dans le cadre associatif.

Cette campagne de sensibilisation et promotion de la médiation vise le public, les institutions et les autorités genevoises. Des personnes médiatrices, associations ou institutions de médiation de Suisse ou d’autres pays sont invitées à nous rejoindre dans cette campagne en tant que partenaires.

Pour en savoir plus, cliquez ici. Pour nous contacter, cliquez ici.

Adina Ciolac, secrétaire du CIM, avec la collaboration des membres du CIM

(Extrait de anm-mediation.com octobre 2018)

Article à consulter sur http://www.anm-mediation.com/index.php/fr/?option=com_content&view=article&id=448:mediation-et-interculturalite-en-suisse-romande&catid=97:numero-08

Canada : formation en médiation familiale interculturelle pour les avocats.


 

Un enfant se bouche les oreilles pendant que des adultes se disputent derrière lui.

« L’Association des juristes d’expression française de l’Alberta (AJEFA) offre jusqu’à vendredi une formation en médiation familiale interculturelle pour les avocats, les travailleurs sociaux et d’autres personnes intéressées à Edmonton. Il s’agit de comprendre les différences culturelles et les particularités de l’expérience migratoire pour mieux aider les familles en Alberta.

Un texte de Marie-Pier Mercier

La sociologue et formatrice Maryse Bermingham souligne qu’il n’est pas possible de « traiter une situation de divorce ou de tenter d’intervenir dans un conflit entre un parent et un enfant issu de l’immigration » de la même façon que pour la plupart des autres familles canadiennes.

Les différences, lorsqu’elles sont connues, peuvent améliorer les compétences des professionnels dans des cas de divorce, selon elle.

Un geste simple comme les genoux croisés ou un signe de la main peut ruiner les chances de succès d’une médiation.

Maryse Bermingham, formatrice et sociologue

La médiation est utilisée lorsque des conjoints en instance de divorce s’engagent à tenter de régler leurs différends avec leurs avocats, plutôt que devant les tribunaux.

Les différences culturelles, les conflits intergénérationnels, le rôle de chacun dans une famille, les étapes par lesquelles passent les nouveaux arrivants lorsqu’ils arrivent dans un nouveau pays ont été discutées lors de la formation.

« Le problème le plus épineux pour les immigrants est souvent le fossé qui se crée entre les parents et les enfants au fil de l’intégration », dit Maryse Bermingham.

L’intégration est souvent plus rapide chez les jeunes « pris entre deux cultures » que chez leurs parents, ce qui peut souvent créer des conflits au sein de la famille.

« C’est la même chose au sein du couple, parce que chaque individu vit les choses différemment », ajoute Mme Bermingham.

Elle explique d’ailleurs que l’immigration est souvent plus difficile pour les hommes que pour les femmes. Le taux de chômage est plus élevé chez les hommes que chez les femmes qui ont immigré, rapporte la sociologue, ce qui peut souvent créer des conflits, car les rôles sont inversés par rapport au pays d’origine.

« Formation utile »

Avec une clientèle qui se diversifie de plus en plus, l’avocate Shannon Prithipaul a trouvé les informations très utiles. Son cabinet se concentre sur le droit pénal, mais offre depuis peu des services de médiation en droit familial.

Elle préconise cette façon de faire, plutôt que se rendre devant les tribunaux, ce qui peut être stressant, long et très coûteux.

Il vaut mieux que ce soit résolu le plus amicalement possible.

Shannon Prithipaul, avocate

Un atelier de médiation familiale interculturelle sera également donné à Calgary en février. » (Extrait de ici.radio-canada.ca du 26/01/2018)

En savoir plus sur http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1080360/formation-realites-immigrantes-conflit-divorce-interculturelle-ajefa-mediation

Italie : la loi oblige la présence d’un médiateur culturel durant la procédure pour protéger les migrants mineurs isolés


« L’Italie vote une loi pour protéger les migrants mineurs isolés. Une première européenne

C’est la première fois en Europe qu’une telle loi sur la protection des mineurs étrangers non accompagnés est votée. Ils sont près de 26 000 à avoir débarqués seuls en Italie en 2016. (…)

– la loi oblige la présence d’un médiateur culturel durant la procédure (très présents en Italie, les médiateur sont des personnes arrivées en Italie depuis plusieurs années et qui ont suivi une formation. Ces travailleurs sociaux s’adressent directement aux migrants dans leur langue, et connaissent le pays.)

– l’évaluation se fait dans une structure sanitaire désignée par un juge, et par une équipe pluridisciplinaire (dont le médiateur)  » (Extrait de rue89lyon.fr du  5/04/2017)

En savoir plus sur http://www.rue89lyon.fr/2017/04/05/migrants-loi-protection-mineurs-isoles-italie/

article : « La médiation interculturelle… un pléonasme ? » par Emily Motu (spécialiste de l’interculturel), Florence Duret-Salzer (médiatrice en entreprise) et Valentine Poisson (rédactrice et consultante)


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« En 1952, deux anthropologues américains, Alfred Kroeber et Clyde Kluckhohn, ont  tenté de recenser la diversité de définitions que recouvrait la notion de culture… ils n’en trouvèrent pas moins de 164 ! Est-ce si compliqué de déterminer ce qui fait la culture d’un homme ? Nous proposons une définition suffisamment large pour les englober toutes : « la culture est l’ensemble des réponses apportées par un groupe aux questions posées par son contexte ». De cette vision anthropologique de la culture, trois éléments retiennent notre attention :

  1. D’une part la culture est acquise, elle repose donc sur du construit ;
  2. D’autre part elle est évolutive, puisque l’émergence de nouvelles questions amène de nouvelles réponses à enrichir la culture du groupe ;
  3. Enfin, la culture dépend d’un contexte particulier, car les réponses apportées ne seraient pas nécessairement adaptées à un autre environnement.

Chacun de nous est porteur de sa culture et de sa vision du monde. Dès lors que deux individus communiquent, qu’ils soient japonais et togolais, ou bien tous deux issus du même village de Picardie, ils entretiennent un échange culturel. L’individu est donc  toujours confronté à un Autre, quel qu’il soit : il n’est ainsi pas nécessaire d’aller au bout du monde pour faire l’expérience de la différence, le pallier de son immeuble est pour cela bien suffisant.

La démarche interculturelle est une dynamique visant à faire dialoguer les cultures. Ainsi, si d’une manière large chaque relation est caractérisée par une multiculturalité spécifique, pour que la relation soit interculturelle, elle doit également traduire une curiosité à l’échange. Pour sa part, la médiation propose de venir recréer les conditions de cette curiosité et d’une ouverture, lorsqu’il y a tension, conflit, fermeture.

Certains conflits entre individus prennent source dans la rencontre entre des croyances et des valeurs différentes. Ces dernières renvoient aux hypothèses implicites que Michael Watkins considère comme les « convictions les plus profondément ancrées, souvent tacites, qui imprègnent et sous-tendent les systèmes sociaux et identitaires. Ces convictions sont l’air que tout le monde respire mais ne voit jamais[1] ». Lorsqu’au travers d’un échange une valeur est heurtée, des hostilités peuvent se déclencher : difficile en effet de renoncer à la vérité que l’on tient pour universelle.

La médiation interculturelle a un rôle à jouer quand ce partage de valeurs est empêché. Comment se dire, partager, rendre compatibles nos différences, lorsqu’on les perçoit potentiellement comme un danger ? Comment restaurer une relation quand le conflit laisse transparaître une opposition au niveau identitaire, en lien avec ses valeurs implicites et fondatrices ?

Comprendre l’Autre en passant par Soi

L’objectif de la démarche interculturelle, comme celui de la médiation, est de faciliter le dialogue entre les parties. Un moyen d’amorcer cette discussion est selon nous de commencer par se focaliser sur les points communs avant d’aborder les différences.

Pour établir des connexions avec l’Autre, il faut être prêt à considérer la multiplicité des « étalons du monde » dans une optique d’enrichissement mutuel, plutôt que dans une logique d’opposition des différentes entités culturelles. L’objectif est ainsi d’intégrer qu’un même questionnement peut amener des réponses différentes, voire opposées : ce n’est pas parce que je réponds « noir » et que tu réponds « blanc » que l’un d’entre nous a tort. Nos systèmes de pensée ne s’entendent pas, mais ils sont tous deux animées par une logique incontestée, chacune rapportée à son contexte. En cela, la démarche interculturelle, comme la médiation, « implique de prendre acte des attentes de l’autre partie, de son regard porté sur le conflit, sans renoncer à ses propres attentes, à son propre regard. Il ne s’agit pas de trancher entre des systèmes d’attentes concurrents mais plutôt de trouver une solution hybride à l’intersection des différents univers de sens pertinents[2] ».

Une fois l’Autre reconnu, il nous semble nécessaire d’entamer une démarche de conscientisation de ses propres comportements. En effet, la majorité de nos comportements relève de valeurs identitaires et culturelles souvent inconscientes. Il s’agit alors de distinguer ce qui pour soi est de l’ordre de la valeur non négociable puisqu’y renoncer reviendrait à se perdre, des schémas usuels desquels on peut se séparer pour faire un pas vers l’Autre. La démarche de médiation peut avoir comme objectif cet approfondissement. On retrouve d’ailleurs cette distinction essentielle tant dans la médiation que dans la communication interculturelle : « comprendre l’autre ne me diminue pas et ne me nie pas. La reconnaissance de l’identité de l’autre ne signifie pas l’abandon (la perte, la négation) de la mienne[3] ». » (Extrait de alternego.com du 20/12/2016)

Article à télécharger sur http://alternego.com/culturenego/mediation/mediation-interculturelle/

Guinée-Bissau: la médiation de la Cédéao propose un plan de sortie de crise


« Les acteurs de la crise politique qui secoue la Guinée-Bissau depuis plus d’un an ont accepté une proposition de sortie de crise soumise par des dirigeants ouest-africains en visite de médiation à Bissau ce samedi 10 septembre. La délégation de la Cédéao s’est entretenue avec le président bissau-guinéen José Mario Vaz, des membres de son gouvernement, des membres de partis représentés à l’Assemblée nationale et divers acteurs.

La Guinée-Bissau traverse une crise politique très profonde suite au limogeage en août 2015 par le président José Mario Vaz de son Premier ministre Domingos Simoes Pereira, qui appartiennent tous deux au PAIGC, le parti historique de l’indépendance.

Le professeur Alpha Condé, médiateur de la crise bissau-guinéenne, et son homologue du Sierra Leone Ernest Baï Koroma ont obtenu, après huit heures de négociations, un compromis politique paraphé par toutes les parties.

Le document est axé sur six points, notamment la mise en place d’un cadre permanent de dialogue permettant de réfléchir ensemble sur la crise, la formation d’un gouvernement consensuel inclusif. Il reste à définir le format et celui qui le dirige.

Pour éviter tout blocage à ce sujet, les chefs d’Etats ont suggéré la mise en place d’un système de suivi pour appuyer le travail du représentant-résident de la Cédéao. Naby Youssouf Bangoura, ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de Guinée, explique que la « mise en place d’un système de suivi renforcé de la Cédéao » se fera « avec le renforcement du bureau de la représentation de la Cédéao à Bissau, qui devient un bureau permanent, plus étoffé en équipe de suivi. » (Extrait de rfi.fr 11/09/2016)

En savoir plus sur http://www.rfi.fr/afrique/20160911-guinee-bsisau-mediation-cedeao-sortie-crise