Audio : « Saviez-vous que l’empathie pouvait être négative ? » (france inter.fr)


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Généralement, quand on dit que quelqu’un est empathique, c’est qu’il est généreux, bienveillant, attentif… Mais l’empathie peut aussi être négative ! Voici les explications du philosophe Alexandre Lacroix et du neuropsychiatre Jean-Michel Oughourlian au micro de « Grand bien vous fasse ».

"L'empathie n'est certainement pas la clé d'un comportement toujours bénéfique, généreux, bien orienté"
« L’empathie n’est certainement pas la clé d’un comportement toujours bénéfique, généreux, bien orienté » © Getty / Benjamin Torode

L’empathie est le propre de l’homme

Le journaliste et philosophe Alexandre Lacroix explique que « si vous voyez un ami qui, en bricolant, se donne un coup de marteau, vous savez qu’il a mal puisque ça vous est déjà arrivé. On reconstitue toujours mentalement le processus émotionnel en se mettant à la place des gens. L’empathie réside dans ce lien immédiat qui permet de comprendre sur le moment le ressenti d’autrui« .

On est prodigieusement doués pour savoir ce qui se passe dans la tête des autres. Nous sommes capables de reconstituer les pensées, les émotions de ceux qui nous entourent.

Jean-Michel Oughourlian souligne que « l’idée qu’on puisse exister seul est absurde, on ne peut jamais exister seul – ou bien nous n’existons pas. Nous sommes dans un rapport permanent avec les autres, sans lesquels nous ne pouvons pas nous constituer en tant que tel. C’est la raison pour laquelle on peut parler de « psychologie interdividuelle« .

Immédiatement, le cerveau enregistre les mêmes sensations, les mêmes sentiments que celui en face de qui je suis.

Cette reconstruction systématique des sentiments mutuels s’opère grâce aux neurones miroirs. C’est eux qui font que nous sommes en rapport permanent les uns avec les autres. Si une action bienveillante est prise en compte, comme le sourire, le geste sera ressenti sympathiquement chez l’autre tel un effet miroir grâce au processus mimétique. Vice versa, si mon geste sympathique ne revient pas à une personne, c’est l’inverse, je vais imiter son geste agressif, nous allons d’abord être en rivalité et produire des sentiments négatifs ».

La première réaction étant toujours mimétique, c’est seulement ensuite que le mouvement est revêtu par le caractère émotionnel et cognitif, créant soit de l’empathie positive… ou bien négative.

Comment fonctionne l’empathie ?

Dans le processus empathique, Jean-Michel Gourlizon explique l’importance de trois fonctions cérébrales qui viennent influencer positivement sur le type d’empathie :

  • mimétique  ;
  • émotionnelle : nous avons un réservoir de sentiments, d’humeurs qui nous permettent de mieux comprendre l’état mental des autres ;
  • puis au-dessus, une fonction cognitive grâce à laquelle nous avons des neurones sensoriels qui permettent d’analyser ce qui doit être considéré comme la bonne réaction.

Rien ne peut se faire s’il n’y a pas une harmonie de ces trois fonctions cérébrales.

C’est la raison pour laquelle un professeur de mathématiques ne peut pas vous transmettre son savoir s’il ne vous aime pas ! Nos trois fonctions doivent dialoguer en permanence pour éviter les rivalités, les jalousies, l’envie, pour favoriser l’empathie positive, la coopération, la bienveillance.

L’empathie négative, c’est quoi ?

Pour Alexandre Lacroix : « si l’empathie est le propre de l’homme, c’est elle aussi qui nous permet de mener à bien une négociation, une conversation, que l’on soit méchant ou gentil.

C’est aussi ce qui va permettre à un tortionnaire d’atteindre sa victime et d’obtenir des aveux plus facilement. Le très bon séducteur, négociateur ou pédagogue, tout autant que le sadique ou le pervers va savoir convaincre à sa manière… L’empathie c’est aussi quand une personne va savoir rentrer dans le psychisme de l’autre pour mieux le manipuler ».

L’être humain est prodigieusement empathique, mais il est avant tout un prédateur empathique : il peut l’utiliser pour parvenir à ses fins.

Il poursuit : « Cette capacité reste variable d’un individu à l’autre car elle ne nous oriente pas forcément tous à avoir le même comportement et aller vers le bien…

Il y a tout un faisceau d’informations qui sont données par ces expériences qui nous montrent que l’empathie n’est certainement pas la clé d’un comportement toujours bénéfique, généreux, bien orienté. Elle peut être profondément biaisée et servir à faire le mal comme le sadique qui se sert de son empathie pour comprendre comment infliger de la douleur ou de la souffrance ».

Jean-Michel Oughourlian estime que « tout dépend de la relation mimétique et cognitive d’une personne. Certains sont bloqués sur un mode de langage rival qui mène systématiquement à l’envie, à la colère, à la jalousie parce que dans leur enfance ils ont été habitués à voir leurs parents se disputer, ou parce qu’ils ont eux-mêmes été victimes de mauvais traitements : par conséquent, ils ont pris ce pli de prendre en permanence l’autre en rivalité. Il faut toutefois relativiser car pour les personnes qui ne veulent pas être comprises et qui ne veulent pas comprendre les autres, je ne suis pas non plus sûr que ce soit systématiquement volontaire. C’est juste qu’ils n’ont pas d’empathie émotionnelle avec les autres, mais sans que cela aille de leur propre volonté ».

Quelques conseils pour développer son empathie positive

  • Pour les gens en quête d’empathie positive

Jean-Michel Gourion : « Il faut changer de perspective, s’acheminer vers une recherche de sagesse, une démarche initiatique de changement personnel, s’inviter à susciter des atmosphères apaisées grâce à la psychologie mimétique positive. Faire preuve de recul.

Il est important de lâcher prise sur ce qui n’en vaut pas la peine et développer l’essentiel : le rire, la bienveillance, la coopération, l’amour sans jamais trop convoiter le jardin des autres. Pourquoi ? Parce que le désir mimétique vous condamne à ne désirer que ce que vous n’avez pas. Tandis que la sagesse vous conduit à penser que si vous continuez à désirer ce que vous avez déjà, à ce moment là, vous êtes un sage et vous êtes heureux ! »

  • Pour les gens positivement empathiques, de nature, qui désirent le rester

Alexandre Lacroix : « Si psychiquement, vous allez mal, vous êtes malade, eh bien vous allez voir le médecin. Mais quand vous allez bien, qu’est-ce que vous pouvez faire ? C’est là que la philosophie prend toute son importance ! En réalité, même quand vous allez bien, il y a encore plein de problèmes à résoudre (amour, relation au monde, vieillissement, la mort) et la curiosité est sans fin. C’est la fonction même de la philosophie que de mieux connaitre la condition humaine ! » (Extrait de  franceinter.fr du 11/12/2019)

En savoir plus sur https://www.franceinter.fr/bien-etre/saviez-vous-que-l-empathie-pouvait-etre-negative

Audio : CHRONIQUE « MARD » de Jean-Philippe Tricoit – Lex radio du 20/11/2019 par


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20 novembre 2019 à 17h59, durée : 8 minutes

Les références de cet épisode :

– Décret n° 2019-1089 du 25 octobre 2019 relatif à la certification des services en ligne de conciliation, de médiation et d’arbitrage : JO n° 251 du 27 octobre 2019, texte n° 4 ;
– L. n° 222-2019 du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice : JO n° 71 du 24 mars 2019, texte n° 2 ;
– L. n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIe siècle : JO n° 269, 19 nov. 2016, texte n° 1 ;
– J.-Ph. Tricoit, Droit de la médiation et des modes amiables de règlement des différends, Gualino, Coll. Mémentos, 2019, 244 p. ;

Animé par : Jean-Philippe Tricoit

Audio : AVOCAT ET MÉDIATEUR : DEUX MÉTIERS COMPLÉMENTAIRES ?


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« Le sujet des modes alternatifs de règlement des litiges revient régulièrement dans un contexte d’efficacité, de développement et de fidélisation de clientèle.

Deux professionnels ont aujourd’hui accepté de répondre aux questions de Céline Berard-Bondoux pour donner leur point de vue sur la médiation : Maître Martin Lacour [1], avocat au Barreau de Paris et Madame Corinne Prevot [2] médiateure.

Céline Berard-Bondoux : Corinne, vous êtes médiateure, et Martin, vous êtes avocat. Pourquoi la médiation est-elle importante pour vous ?

« La médiation est une véritable force pour les avocats et pour leurs clients. »C. Prevot

Corinne Prevot : « L’expérience montre que la médiation est une véritable force pour les avocats et pour leurs clients. J’ai pour ma part à cœur d’intervenir pour apporter des techniques qui vont aider à la résolution des conflits. Pour moi, c’est la solution la plus adaptée aujourd’hui pour sortir rapidement et à moindre coût d’un conflit, où chaque partie est gagnante parce qu’elle a décidé librement d’un accord acceptable et peut, en conséquence, envisager l’avenir et reprendre ou continuer la relation avec l’autre partie. Chez les Anglo-Saxons d’ailleurs, on commence souvent la médiation par « C’est une belle journée aujourd’hui pour regarder devant nous et laisser les problèmes derrière… ». »

Martin Lacour : « Le contentieux classique est souvent long, coûteux, et son issue aléatoire. Il est mal adapté au rythme des affaires et peut paralyser le développement de l’activité de l’entreprise. Les règlements amiables, notamment par la voie de la médiation, permettent de renouer le dialogue entre les parties pour envisager des solutions choisies par elles et non imposées par le juge. Dans de nombreuses hypothèses du droit des affaires, elles peuvent même permettre de maintenir la relation et dégager une plus-value. »

Selon vous, qu’apporte la présence de l’avocat en médiation ?

Martin Lacour : « L’avocat pourra être prescripteur, en expliquant à son client l’intérêt de rechercher une solution amiable, après naturellement l’avoir parfaitement informé sur sa situation juridique, conformément à son obligation de conseil. Il le conseillera aussi sur les différents modes amiables à sa disposition, et sur leur articulation (processus collaboratif, médiation, procédure participative…). Pendant la médiation, l’avocat pourra donner au médiateur un éclairage sur certains faits ou aspects du litige. Une fois un accord dégagé, l’avocat pourra également s’occuper de sa rédaction pour en garantir l’effectivité, tout en s’assurant de sa compatibilité avec les règles d’ordre public. »

Corinne Prevot : « Entre nous, je préfère quand les parties sont accompagnées de leurs avocats. La présence de l’avocat est un vrai plus dans le déroulement de la médiation car il rassure son client et est le garant que 100% de ce qui est décidé lui est bénéfique. La présence de l’avocat est incluse dans ma stratégie et je réfléchis au moment et à la façon de l’inclure dans le processus, pour interagir avec lui. Silencieux dans la phase exploratoire, il devient coopérant et facilitateur en encourageant son client ou en le mettant en garde quant à ses prises de position ou attitude. Il est actif dans la solution retenue et garant de l’ordre public. il rédige l’accord final avec toute sa créativité et agilité juridique. Pour synthétiser, nos rôles sont différents et complémentaires. »

Céline Berard-Bondoux : Martin, vous sentez-vous toujours avocat en médiation ?

Martin Lacour : L’avocat accompagnateur en médiation remplit parfaitement son rôle, qui est selon moi avant tout de pacifier les relations sociales en cherchant à renouer le dialogue et maintenir le lien. C’est une tâche exigeante mais aussi très satisfaisante sur le plan personnel, tant pour le client que son avocat. Chaque fois que j’estime qu’une recherche de solution amiable est possible, je n’accepte le dossier que si le Client veut bien se prêter au jeu de la recherche d’une solution amiable, en toute bonne foi.

Céline Berard-Bondoux : Pourquoi encouragez-vous la recherche de solution amiable ?

Corinne Prevot : Parce qu’un bon accord vaut mieux qu’un procès long et aléatoire !!! Je vois régulièrement des dirigeants qui sont frustrés d’avoir eu à subir une décision de justice. La médiation permet à chacun de rester maître de l’orientation de la décision au final, quel que soit le sujet. Je constate qu’il y a des domaines où la médiation est particulièrement pertinente : dans les relations d’affaires, en droit des sociétés, dans les conflits entre associés, dans les conflits de droit du travail et dans les conflits relatifs aux baux commerciaux.

« Une solution choisie me paraît toujours meilleure qu’une solution imposée par le juge. » M. Lacour

Martin Lacour : Une solution choisie me paraît toujours meilleure qu’une solution imposée par le juge, aussi sage puisse-t-il être. Les modes amiables ne sont pas une panacée universelle, mais présentent au moins cet avantage incontestable. En outre, la confidentialité permet d’envisager toutes les solutions sans être tenu tant qu’aucun accord n’est conclu.

Corinne, de votre point de vue qu’apporte la médiation sur l’ensemble des litiges ?

Corinne Prevot : « Nous assistons à un changement de paradigme encouragé par le Législateur. Concrètement, cela désengorge les tribunaux, et bien au-delà, cela permet de débloquer les situations de conflit. Un procès est une véritable “prise de tête” qui épuise le dirigeant et le freine de ce fait, dans le développement de son activité pendant les longues années de procédure judiciaire. La médiation ré-ouvre le dialogue, trouve des issues rapidement et contribue à la fluidité des affaires. J’appelle ça : “échapper au syndrome du Brexit” ! et ce que j’apprécie le plus, c’est de voir les parties se quitter en se serrant sincèrement la main. Les avocats en ressortent grandis vis-à-vis de leurs clients avec lesquels ils ont souvent renforcé le lien de confiance. Un avocat m’a même dit un jour : « Depuis que j’ai accompagné mon client en médiation, il est devenu mon meilleur commercial ! ». »

Et pour conclure, qu’ajouteriez-vous ?

Martin Lacour : « Les modes amiables, au premier rang desquels la médiation, offrent de nombreuses opportunités à l’avocat, tant en termes de conseil stratégiques qu’en termes de satisfaction client. Sa déontologie est un atout dans ce contexte. Nous assistons aujourd’hui à une véritable transformation de la société, qui passera toutefois, selon moi, par la nécessité pour les professionnels de suivre une formation initiale puis continue de qualité en matière de modes amiables. »

« La médiation est la Justice d’aujourd’hui. » C. Prevot

Corinne Prevot : « La médiation est la Justice d’aujourd’hui. L’interaction entre l’avocat et le médiateur est l’assurance d’une médiation réussie. Parce qu’il est prescripteur de la médiation, qu’il accompagne son client en le conseillant et en l’orientant, et qu’il rédige l’accord final en étant garant du respect de l’ordre public, l’avocat est intégré totalement par le médiateur au processus, en qualité de « tiers professionnel ». Et c’est pour cette raison que je favorise toujours l’organisation d’une médiation avec les avocats et leurs clients. »

Merci Corinne, Merci Martin. Nous comprenons ainsi mieux l’intérêt de la médiation, tout d’abord pour vos clients respectifs, également pour les avocats. Je suis chef d’entreprise et j’avoue qu’éviter des procédures longues et coûteuses, tout en étant bien conseillé, me semble plus approprié que des années de stress (judiciaire) qui perturbent finalement le développement des affaires.
Et si mon avocat me conseille d’aller vers la médiation pour me faire gagner en temps et dépenser moins, tout en m’offrant la possibilité de préserver ma relation avec mon « adversaire »… alors il prend une place bien plus valorisante à mes yeux et m’incite à parler de lui, à le recommander.
On peut alors peut-être parler de choix stratégique ?

Propos recueillis par Céline BERARD-BONDOUX – ACTIV THINK

Notes :

[1Martin Lacour est avocat au barreau de Paris.
Il aide les entrepreneurs sur l’ensemble du territoire français à négocier leurs contrats et trouver une solution amiable aux litiges qui les oppose à leurs associés, partenaires commerciaux, clients et concurrents. Maître LACOUR aborde le droit des affaires sous l’angle de la négociation raisonnée et des modes amiables de résolution des différends (médiation, processus collaboratif, procédure participative, transaction…).

[2Corinne Prevot est médiateure assermentée près la Cour d’Appel de Paris et agréée CMAP. Formée à la médiation à Londres et à Paris, elle accompagne les dirigeants d’entreprises, les professions réglementées (juridiques, médicales, architectes) et les particuliers à régler à l’amiable leurs conflits, en particulier lors de la rupture de leurs contrats (d’association, commerciaux, de franchise, de travail). Elle est aussi nommée par les Tribunaux pour aider les parties au litige à trouver un accord et éviter une décision avec un perdant et un gagnant. Enfin Corinne forme et fait du tutorat auprès de futurs médiateurs à Paris et à Londres.

(Extrait de village-justice.com du 29/11/2019)

 

Audio – Médiateur scolaire : déconstruire la violence du quotidien (France Culture – 55mn)


Début octobre, un adolescent de 15 ans a été poignardé à mort aux Lilas en Seine-Saint-Denis, en marge d’un cours de sport. Pour tenter d’éviter ces drames, des médiateurs travaillent au quotidien à déconstruire la violence dans des collèges du réseau d’éducation prioritaire.

Bangaly Bamba, médiateur au collège à Bagnolet, tente de développer les comportements citoyens et de prévenir les conflits
Bangaly Bamba, médiateur au collège à Bagnolet, tente de développer les comportements citoyens et de prévenir les conflits Crédits : Rosalie LafargeRadio France

Il y a tout juste deux semaines, Kewi, un adolescent de 15 ans a été tué lors d’une rixe aux Lilas, en Seine-Saint-Denis, en marge d’un cours de sport. Un drame qui survient un an après la mort d’un autre jeune garçon, Aboubakar, 13 ans, lui aussi tué aux Lilas dans une rixe entre bandes. Pour tenter d’éviter ces drames, 72 médiateurs sont déployés dans les collèges du réseau d’éducation prioritaire et les écoles élémentaires qui y sont rattachées. Leur mission : développer les comportements citoyens et prévenir les violences.

Le calme règne en ce début d’après-midi au collège Jean Jaurès de Pantin. Mais ce n’est pas le cas tous les jours dans cet établissement classé REP+, réseau d’éducation prioritaire. On est ici dans un quartier où se concentrent les difficultés sociales, où la violence fait partie du quotidien et s’invite jusque dans les cours de récréation et les salles de classe. Ce lundi d’octobre, dans son petit bureau aux canapés gris répartis autour d’une table ronde, Marie Cotte, la médiatrice, a choisi de travailler avec des élèves de 5e sur la communication non-violente.

Autour de sa table ronde, Marie Cotte, médiatrice au collège à Pantin, fait réfléchir les élèves à la communication non violente
Autour de sa table ronde, Marie Cotte, médiatrice au collège à Pantin, fait réfléchir les élèves à la communication non violente Crédits : Rosalie LafargeRadio France

Une personne de confiance

« Dans ces séances là, on aide les autres et les autres nous aident, cela permet d’avoir moins de conflit avec les camarades« , expliquent des élèves. « Si je ne me sens pas bien, je sais que je peux aller la voir et lui faire confiance, elle est plus concentrée sur nous que sur les études, elle fait attention à nous, c’est un peu comme un psy, on peut lui parler de tout ce qu’on a au fond de nous« , poursuivent-ils. « _Il y a beaucoup moins de bagarre depuis qu’elle est là, parce qu’_elle a su donner des conseils sur le fait qu’il ne faut pas se taper, mais plutôt discuter« , ajoutent encore deux garçons.

J’ai observé des jeux assez violents.
Marie Cotte, médiatrice

Elle, c’est donc Marie Cotte. Diplômée de médiation sociale, à 46 ans, cette ancienne assistante d’éducation au franc-parler naturel est devenue médiatrice en milieu scolaire. Elle est arrivée au collège Jean Jaurès fin mai. Et son travail a commencé par un mois d’observation. « J’ai observé des jeux assez violents, ils sont assez violents dans leurs interactions. On a l’impression que c’est naturel pour eux. Et pourquoi ils sont violents, ils ne savent pas répondre« , explique la médiatrice.

Une place particulière qui libère la parole

Elle a donc choisi d’axer son travail sur la prévention. Et sa place particulière lui a permis de gagner rapidement la confiance des élèves. « Je suis souvent dans la cour, dans les couloirs, je ne suis pas l’institution, et le fait d’être impartiale, neutre, tenue à la confidentialité, de ne pas sanctionner, cela libère la parole« , souligne Marie Cotte. Mais la confidentialité a ses limites : quand les problèmes dépassent son cadre déontologique et que l’élève est en danger, elle est tenue de répéter certaines informations.

Selon la médiatrice, son travail porte ses fruits :

Quand j’ai en médiation des élèves qui se sont battus et quand je leur explique quelle est la solution et comment on peut arriver à interagir différemment, ils comprennent. Ils ne deviennent pas forcément les meilleurs amis du monde mais ils arrivent à se respecter en sortant du bureau et ça tient. Je les amène vraiment à la réflexion, en leur demandant comment tu aurais pu agir différemment, quelle est la conséquence de ton acte maintenant, que va-t-il arriver après. Et cela les fait réfléchir. C’est beaucoup un travail de réflexion sur eux-mêmes et la solution finit par venir d’eux-mêmes.

Des établissements ciblés en fonction du climat scolaire

Aujourd’hui en France, entre 40 000 et 60 000 élèves sont concernés par ce dispositif. Des Hauts-de-France à la Guyane, en passant par Rennes, Nantes, ou la région parisienne. Un réseau chapeauté, au niveau national, par l’association France Médiation dont Laurent Giraud est le directeur. « On est _obligatoirement dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville et dans des établissements qui sont en REP+ ou en REP_, assure Laurent Giraud. Dans le développement actuel, on est aussi sur des sites qui sont en cité éducative. Les établissements sont choisis en fonction du climat scolaire et sur proposition des structures associatives. Evidemment, l’établissement doit être volontaire, sinon il n’y aura pas de projet« .

Le projet de la médiation à l’école est né de la question du climat scolaire, selon Laurent Giraud : « Quand on a commencé des expérimentations en 2012, c’était vraiment le cœur du projet. Mais aujourd’hui, si on veut sortir de cette médiation réparatrice et être sur une médiation plus éducative, je pense que la place qui va être donnée au développement des compétences psychosociales des enfants, leur redonner confiance, savoir être dans un collectif, c’est aussi important. Parce que quand vous allez travailler sur ces compétences chez l’enfant, sur les questions de respect, de citoyenneté, de confiance en soi, de fait vous travaillez sur la question du climat scolaire, des violences et du harcèlement« .

Laurent Giraud, directeur du réseau France Médiation
Laurent Giraud, directeur du réseau France Médiation Crédits : Rosalie LafargeRadio France
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Écouter « Si on arrive à faire en sorte que les enfants conscientisent que l’autre peut être une source de richesse, je pense qu’on aura gagné ». Laurent Giraud

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« Si on arrive à faire en sorte que les enfants conscientisent que l’autre peut être une source de richesse, je pense qu’on aura gagné ». Laurent Giraud

Quand vous faites comprendre à un enfant qu’il peut faire du mal à un autre enfant rien que par la parole parce que la parole peut tuer, vous travaillez de manière beaucoup plus forte parce qu’il conscientise ces questions là et vous travaillez forcément sur le climat scolaire.
Laurent Giraud, France Médiation

Éviter les conflits en développant les comportements citoyens et la culture du dialogue : voilà donc le premier axe de la médiation en milieu scolaire. Gérer ces conflits quand ils naissent malgré tout, c’est l’autre volet du travail des médiateurs. Et l’intérêt de leur action, de ce côté-là, est qu’elle dépasse les murs du collège. Le médiateur n’intervient pas seulement dans la cour ou les couloirs. Il est aussi présent aux abords de l’établissement.

La médiation dépasse les murs du collège

Nous voici désormais à Bagnolet, devant le collège Travail Langevin. Un grand bâtiment de briques rouges où sont scolarisés un peu plus de 500 élèves et où l’on retrouve le médiateur, Bangaly Bamba, à l’heure de la sortie. « C’est une heure de grande affluence et mon but est d’accompagner les élèves vers le chemin qui les mène à leur domicile« , raconte celui qui préfère se faire appeler Bamba. Il essaie de faire évacuer les lieux pour éviter les attroupements qui peuvent « aboutir à des chamailleries ou des bagarres« .

Le collège Travail Langevin de Bagnolet
Le collège Travail Langevin de Bagnolet Crédits : Rosalie LafargeRadio France

Plusieurs petits groupes se sont formés, et l’un d’entre eux attire l’œil du médiateur. Il a repéré des élèves d’un autre établissement de Bagnolet, le collège Pulitzer et notamment un adolescent connu pour être « un dur, très influent sur les autres gamins de Bagnolet« . Cela l’interpelle. « Quand il y a des élèves qui ne font pas partie du collège, j’ai tout de suite ce réflexe de comprendre pourquoi ils sont là. Parce qu’il y a des rivalités, ce ne sont pas les mêmes quartiers et ce sont des conflits de quartier qui arrivent jusqu’aux portes de l’établissement« , justifie-t-il. À juste titre. Un peu plus tard et un peu plus loin, au coin de la rue, la situation se tend.

Le médiateur peut raccompagner des élèves chez eux

Le médiateur extrait rapidement un jeune élève d’un début de bagarre et le raccompagne à l’intérieur du collège. Il le ramènera chez lui. « J’ai senti le truc, explique Bamba, cet élève allait se faire frapper, les autres allaient filmer, c’est comme ça. Donc je vais le ramener chez lui et demain, il y aura un suivi, je vais essayer de comprendre ce qui s’est passé« .

Bangaly Bamba, médiateur au collège Travail Langevin de Bagnolet
Bangaly Bamba, médiateur au collège Travail Langevin de Bagnolet Crédits : Rosalie LafargeRadio France
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Écouter Bangaly Bamba surveille les abords du collège Travail Langevin de Bagnolet pour désamorcer les conflits.

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Bangaly Bamba surveille les abords du collège Travail Langevin de Bagnolet pour désamorcer les conflits.

Son sourire le quitte rarement, Bangaly Bamba. Mais quand on évoque avec lui, dans son bureau, la mort de l’adolescent poignardé aux Lilas, son visage s’assombrit. « La situation aux Lilas me désole. Ce sont des choses qui peuvent arriver dans n’importe quel collège. C’est pour ça qu’il est hyper important qu’on puisse être aux abords de l’établissement. Et quand on a ce sentiment d’avoir réussi à désamorcer une bagarre, on se dit ouf quel soulagement. Finalement, _une seule information peut amener à désamorcer un conflit qui peut amener jusqu’à la mort_« .

Un complément précieux pour l’équipe éducative

Tendre l’oreille, dans les couloirs, à la cantine, devant le collège. Écouter, surveiller. Sa situation particulière au sein du collège donne l’occasion à Bangaly Bamba d’entendre et de voir des choses qui permettent de prévenir des situations compliquées et qui parfois, échappent au reste de l’équipe éducative. Sa présence est donc la bienvenue pour la principale du collège, Mathilde Soilleux.

La place du médiateur est différente de la nôtre.
Mathilde Soilleux, principale

« Sa présence est importante, note la directrice, elle est repérée par les élèves et il apporte un complément de ce que peuvent apporter les autres personnels de l’établissement. Sa place est différente de la nôtre, on utilise son savoir-faire, sa connaissance du territoire, sa connaissance des jeunes car il a travaillé comme entraîneur sportif et comme surveillant, donc il connaît les deux côtés des élèves. Il faut qu’on travaille à bien garder cette posture privilégiée et qu’on puisse la développer et s’en servir sur le territoire. C’est pour cela qu’on le fait travailler avec le médiateur de l’autre collège de la ville. On veut qu’ils soient repérés pas tous les élèves difficiles pour pouvoir mener des actions de territoire et pouvoir limiter les risques de rixe qui sont un vrai phénomène chez nous« .

Mathilde Soilleux, principale du collège Travail Langevin de Bagnolet
Mathilde Soilleux, principale du collège Travail Langevin de Bagnolet Crédits : Rosalie LafargeRadio France
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Écouter « Le médiateur apporte un complément au travail des autres personnels de l’établissement », Mathilde Soilleux.

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« Le médiateur apporte un complément au travail des autres personnels de l’établissement », Mathilde Soilleux.

Le besoin de bâtir un cadre pour les élèves

Et Mathilde Soilleux l’assure : « On sent des effets dans l’attitude des élèves, on est tous sur le pont pour apaiser la situation, rappeler le cadre. Parce qu’on se rend compte que _ces élèves ne connaissent pas le cadre_. Ils ont un ensemble de règles qu’il tirent de leur vie familiale ou de leur vie dans la ville, mais pas tellement de la loi. Et l’idée est de leur rappeler la loi, de leur rappeler ce à quoi ils s’exposent. Mais aussi de développer leurs compétences psychosociales, de les faire réfléchir sur ce qu’ils font sans qu’ils aient la menace de la sanction. Ici, on est dans des situations sociales qui sont difficiles, précaires, tendues. Les enfants ont besoin qu’on adapte le cadre, qu’on leur explique bien les choses et qu’on prenne le temps« .

Ce qui est arrivé au jeune Kewi aux Lilas met de nouveau l’accent sur l’urgence à agir. Ce drame a d’ailleurs largement occupé la réunion hebdomadaire des médiateurs franciliens de l’association Citéo la semaine dernière. À l’issue de cette réunion, ensemble, ils ont décidé de tenter quelque chose avec les clubs de foot des différentes villes concernées, une façon de décloisonner les projets des uns et des autres.

La nécessité d’un projet partagé

« La logique de médiation est de mettre autour d’une table l’ensemble des acteurs de la vie du gamin« , met en avant Antonio Furtado, le directeur adjoint de Citéo. « Parfois, on a un mille-feuilles d’actions sur les territoires qui ne sont pas toujours partagées, coordonnées. Là, l’idée est d’avoir un jeu d’acteurs qui soit en permanence dynamique et qu’il y ait des espaces de rencontre, d’échanges et un projet partagé. Le rôle du médiateur est de favoriser cette rencontre pour co-construire des solutions. C’est collectivement qu’on aura des solutions« , assure ce professionnel de la médiation.

Les actions menées sur le territoire ne sont pas toujours coordonnées.
Antonio Furtado, Citéo

Ce partage des informations entre acteurs du terrain « permet de ne pas se tromper« , selon Antonio Furtado pour qui « _se tromper dans le diagnostic, c’est déjà pratiquement se tromper sur le projet_, et comprendre les projets des uns et des autres, c’est pouvoir proposer ou faire évoluer les actions dans le sens d’un projet global et territorial. Il ne faut pas que chacun fasse son truc dans son coin« .

Baisse de la violence, du harcèlement et de l’absentéisme

Cette approche globale, qui dépasse l’enceinte du collège, semble porter ses fruits. C’est en tout cas ce que montre une équipe de chercheurs du Laboratoire d’évaluation des politiques publiques de Sciences Po. Nina Guyon, chercheur à l’université nationale de Singapour, nous en livre les principaux résultats. « On a trouvé une diminution du taux de violence verbale, physique et psychologique, et du taux de harcèlement. Et on la trouve en particulier pour les enfants qui sont les plus sujets à la violence : au collège ce sont les garçons de 6e. C’est pour eux qu’on trouve la diminution de harcèlement la plus forte. La probabilité de se sentir harcelé baisse de 46% pour les garçons de 6e, donc c’est vraiment un effet très fort« .

Les effets de la présence d'un médiateur sur le harcèlement ressenti par les élèves, selon l'étude de Sciences Po.
Les effets de la présence d’un médiateur sur le harcèlement ressenti par les élèves, selon l’étude de Sciences Po. Crédits : Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques
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Écouter « La probabilité de se sentir harcelé baisse de 46% pour les garçons de 6e, donc c’est vraiment un effet très fort ». Nina Guyon

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« La probabilité de se sentir harcelé baisse de 46% pour les garçons de 6e, donc c’est vraiment un effet très fort ». Nina Guyon

Mais ce n’est pas tout : « on trouve des effets sur l’amélioration de la relation entre la famille et l’École, il semble que ce médiateur permet de rapprocher les familles et l’École, de renforcer ce lien, et de manière vraiment intéressante. On trouve enfin une diminution de l’absentéisme à la fois pour les élèves (la proportion d’élèves qui disent sécher les cours diminue de 30%) et _on trouve aussi une très forte diminution de l’absentéisme chez les enseignants_, ce qui est assez crucial car la violence dont les enseignants souffrent du fait des problèmes sociaux dans les zones urbaines sensibles est un problème important. Le pourcentage d’enseignants absents par jour diminue drastiquement : de 52% à 18%. C’est vraiment une baisse très très forte qui, je pense, peut être un élément clé pour améliorer le climat scolaire de l’école dans les quartiers les plus difficiles« , poursuit Nina Guyon.

Les limites du modèle économique de la médiation

Les effets désirables du médiateur s’accompagnent malgré tout d’une difficulté principale : le modèle économique de la médiation à l’école.  Elle repose aujourd’hui sur des financements publics, notamment les fonds de la politique de la ville et dépend donc des choix et des orientations politiques. Et puis, les médiateurs ne sont pas payés des mille et des cents : 1 300 euros net par mois. Cela engendre un certain turnover, un certain roulement dans les effectifs. Mais il en faudrait plus pour décourager les défenseurs du dispositif.

Parmi ces défenseurs, Fadela Benrabia, préfète déléguée pour l’égalité des chances de la Seine-Saint-Denis. « Je crois beaucoup à la question de la médiation, affirme-t-elle d’emblée. Parce que je pense que dans un pays extrêmement clivé, la culture de la médiation, c’est-à-dire de l’apaisement, est quelque chose que nous devons construire. Cela veut dire qu’il faut que, chaque fois qu’on le peut, on intègre des techniques de médiation comme méthode de relation, qu’on ne laisse pas des parties qui s’opposent s’opposer durablement. Evidemment, s’agissant d’élèves, de jeunes, c’est là que nous pouvoir avoir le poids le plus important en terme de résultats« .

Dans un pays extrêmement clivé, il nous faut construire cette culture de l’apaisement.
Fadela Benrabia, préfète à l’égalité des changes

Une approche globale pour diminuer la violence sur un territoire

La médiation en milieu scolaire est un levier pour diminuer la violence sur un territoire, Fadela Benrabia en est persuadée. Mais elle est également convaincue que la médiation seule ne réglera pas tout. « _Il faut une vraie politique de prévention de la délinquance_. Il faut aussi s’attaquer aux trafics de stupéfiants qui entourent les établissements et qui sont souvent à l’origine de règlements de comptes d’une violence terrible. Il faut aussi travailler avec les familles, on peut travailler avec elles grâce aux médiations, mais pas seulement, il faut que l’institution scolaire poursuive son travail là-dessus ». 

« La médiation est un élément important pour irriguer une culture de l’apaisement et du dialogue. Mais pour y arriver, il faut qu’on soit dans des actions coordonnées, qu’on y travaille ensemble. Cet effort d’articulation des uns et des autres est absolument essentiel. Le pari aujourd’hui, c’est la bonne coordination des acteurs« , conclut la préfète déléguée à l’égalité des chances. (Extrait de franceculture.fr du 18/10/2019)

Document audio a écouter sur https://www.franceculture.fr/emissions/grand-reportage/mediateur-scolaire-deconstruire-la-violence-du-quotidien

Audio : RSA, APL : une médiation obligatoire en cas de litige testée en Maine-et-Loire et en Loire-Atlantique


Jacques Toubon, le Défenseur des droits, était à Angers, le 15 octobre 2019, pour faire le point sur un dispositif testé depuis avril 2018 en Maine-et-Loire et en Loire-Atlantique. Il s’agit d’une médiation obligatoire, avant de saisir le juge administratif, pour des litiges concernant le RSA, les APL ou la prime de fin d’année. Jean-Paul Guilloteau, délégué du Défenseur des droits à Angers et animateur pour les Pays de la Loire, fait le point sur cette expérimentation. 254 demandes de médiation ont été déposées en 18 mois. (Extrait de rcf.fr/

A écouter sur https://rcf.fr/la-matinale/rsa-apl-une-mediation-obligatoire-en-cas-de-litige-testee-dans-la-region

 

Audio : « Harcèlement scolaire : des élèves médiateurs pour « faire régner la paix » dans les cours de récré » par Adrien Bossard et Alexis Morel (France Info)


Le harcèlement scolaire touche un enfant sur dix en France.

Alors que le ministre de l’Éducation nationale doit récompenser toutes les initiatives permettant de lutter contre le harcèlement scolaire, lundi, franceinfo est allé à la rencontre d’élèves médiateurs en CM1 dans une école de Saint-Ouen.

À chaque récréation, dans cette école de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, deux élèves enfilent un dossard jaune. Ils sont les médiateurs du jour et miment une altercation entre deux écoliers. « J’étais devant la classe et Thomas m’a poussé », explique le premier au deuxième. Petits conflits ou grosses humiliations, voilà ce que doivent gérer les médiateurs, des élèves portés volontaires pour améliorer les relations entre camarades. Leur rôle a été créé de toutes pièces dans certains établissements en France pour lutter contre les tensions scolaires, et notamment le harcèlement, qui touche aujourd’hui un enfant sur dix.

Les élèves ont tendance à parler beaucoup plus franchement avec nous qu’avec les professeurs parce qu’on ne peut pas les punir. Ça apaise les choses.Mona et Carlinen, élèves médiateursà franceinfo

Parmi la trentaine de médiateurs dans l’école de Saint-Ouen, Léo, en classe de CM1, s’est immédiatement porté volontaire « pour faire régner la paix dans l’école, parce qu’avant il y a plein de conflits. Et moi, je n’aimais pas ça, parce qu’on ne pouvait pas jouer tranquillement. »

Comme Léo, Mona et Carlinen ont reçu une formation bien précise de « médiation par les pairs », avec une règle principale : susciter et encourager la discussion pour apaiser les tensions avant qu’elles ne dégénèrent. « S’il y a un conflit, des gens viennent nous voir et on leur propose une médiation. En quelque sorte, on les aide à trouver une solution, explique les deux jeunes filles. Nous ne sommes pas des policiers, des avocats ou des  juges. Donc, on ne va pas être dans le jugement, ni punir des élèves. »

Des confidences à révéler, ensuite, aux adultes

Si ces élèves médiateurs sont aussi utiles contre les intimidations et le harcèlement, c’est que rien ne leur échappe dans la cour de récréation. « Les adultes vont toujours se poser des questions, de savoir si on a bien les critères du harcèlement scolaire, estime Natacha Dumay, enseignante et coordinatrice du dispositif. Un enfant, il ne va réagir comme ça. Il va y aller, il va voir qu’un autre élève est triste dans un coin de la cour, il va aller lui parler. » Les médiateurs ont un impératif : ne pas garder les confidences de leurs camarades pour eux. Ils doivent en parler systématiquement à un adulte. Jean-Michel Blanquer récompensera les meilleures initiatives à l’occasion de la remise du prix « Non au Harcèlement » lundi 3 juin. (Extrait de francetvinfo.fr du 03/06/2019)

Document audio à consulter sur https://www.francetvinfo.fr/societe/education/harcelement-a-l-ecole/harcelement-scolaire-des-eleves-mediateurs-efficaces-pour-faire-regner-la-paix-dans-l-ecole_3471647.html