« Série JAF et médiation »- épisode 1 : Vider votre sac… par Armelle Delabre, médiatrice familiale


Je vous propose pour démarrer l’année 2021, de découvrir, chaque semaine, un argument exposé par un Juge aux Affaires Familiales* pour convaincre de l’intérêt de la médiation familiale.

Argument n° 1

Devant le médiateur, vous allez pouvoir vider votre sac, exprimer vos souffrances ou vos rancœurs, sortir tout ce que vous avez sur le cœur, et l’autre va l’entendre. A deux il vous était impossible de vous parler et de vous faire entendre, mais grâce à la présence du médiateur, qui est un professionnel de la communication, chacun va pouvoir entendre le ressenti de l’autre.

Les médiateurs familiaux du cabinet ‘Médiation familiale en Essonne’ accueillent chacun de vous individuellement avant même de vous réunir en séance. En effet, comment entrer en médiation sans avoir pris le temps de découvrir la pertinence de cet espace, qui nous sommes, comment nous travaillons ? Comment entrer en médiation sans avoir pris le temps de ‘vider son sac’, faire le tri, clarifier les sujets de discorde, exprimer les ressentis, besoins et attentes et enfin, préparer la 1ère séance commune à venir.

Puis vient la première séance, moment intense, moment précieux durant lequel le professionnel va soutenir chacun de vous dans l’expression et le partage. Tout au long du processus de médiation familiale, vous serez accompagné afin de libérer les tensions et permettre (se permettre) l’écoute et la parole.

« Tu ne m’as jamais dit que tu t’ennuyais, que tu n’imaginais plus de vivre encore comme ça. Comment voulais-tu que je le sache ? » Quels sont les besoins ? Besoin de comprendre, besoin de donner du sens à la décision d’une séparation, besoin de réfléchir comment communiquer autrement…

« Ta mère, ma mère a tout fait pour nous séparer. Elle te préférait et tu le savais. Comment peux-tu accepter que je n’aie pas envie de m’en occuper ? » Besoin de reconnaissance, besoin d’être compris, besoin de travailler ensemble à la part de chacun au sens symbolique mais aussi pratique…

« Mon fils, enfin notre fils, m’a partagé qu’il n’en pouvait plus de ces études. Tu as voulu qu’il fasse médecine à tout prix mais il n’aime pas ça ! » Besoin de valoriser la relation parent-enfant, besoin de retrouver de la confiance mutuelle ensemble au sein de la famille, besoin de définir comment aider le jeune majeur ensemble…

Prenez rendez-vous au cabinet afin de pouvoir:

  • Entendre et s’entendre au sens propre et au sens figuré !
  • Dire, parler, exprimer et écouter ce que l’Autre aurait à… dire, parler, exprimer !

Avec l’aimable autorisation de Monsieur Marc Juston, ancien Juge aux Affaires Familiales au Tribunal judiciaire de Tarascon https://marc-juston-mediateur.com (Extrait de mediationfamiliale du 3/01/2021

En savoir plus sur https://mediationfamiliale91.fr/serie-jaf-et-mediation-episode-1/

1er Diplôme Universitaire de Médiation Humaniste – Centre d’Enseignement des Modes Amiables (CEMA)


En savoir plus sur https://www.facebook.com/CEMA-Centre-dEnseignement-des-Modes-Amiables-105946471133248/photos/254215149639712

Etienne Bigot « Une sociologie de la médiation : la stratégie absolutiste de la modération », Thèse de doctorat de Sociologie et d’Anthropologie, Université de Franche-Comté, 2006, 485 p.


Résumé

Notre recherche saisit la médiation comme un objet sociologique et le situe au coeur d un fait social total. Non réductible à une technique de résolution des conflits, sa définition est complexe car produite au gré de ses applications. La problématique tient tout de même compte de la permanence du mot qu elle teste sur les champs des médiations familiales, pénales et sociales servies par la constante de l intégration. Cette progression dans la déconstruction de la médiation permet de questionner son absorption des dimensions du conflit et du tiers. Un retournement logique de l arrivée du médiateur sur le théâtre conflictuel le rend médiateur de la médiation. Il incarne alors la capacité de la médiation à la duplication de son mode opératoire. Ce mécanisme troublant sera confirmé par l analyse des discours dans et autour du dispositif Emplois-jeunes à la fin des années 90 et par la saisie bibliographique sur ce thème. Indispensable à la régulation et au contrôle du monde social, la médiation justifie la notion de lien. Elle devient ainsi un outil de constitution du social, même lorsque celui-ci se retourne pour modéliser et animer une critique de fond de sa production, qu elle soit civile, politique ou économique. En laissant croire que tout problème n est acceptable que parce qu il sera dissous par elle, la médiation change de destinée et accède au rôle de religion civile. Elle fonctionne alors par échange entre l immanence et la transcendance, obligeant celui qui trouble l ordre social à revenir naturellement à l ordre des choses par crainte du pire. Philosophie raisonnable, la médiation devient la quête et la raison de vivre des humains vivant ensemble.

INTRODUCTION : AVERTISSEMENT EN TROIS MOTS
En trois mots, il serait satisfaisant d’avoir tout dit. Trois, un seul,
rien, un soupir pour tout dire. Il suffirait alors d’un rien pour tout connaître sur
l’unique sujet de la médiation. Le temps est un bien si précieux.
La médiation est un sujet complexe mais nul ne pouvant être ignorant en tout
chacun sait aussitôt, immédiatement et certainement quelque chose sur elle. La
médiation est un truc qui va déjà de soi. Tout le monde en parle, en a entendu
parler. Chacun sait bien ce que l’actualité en fait ou ce qu’elle devrait en faire.
Revenir sur des certitudes qui sont notamment nôtres pose un problème réel.
Sans pouvoir contredire l’évidence, parfois à la grâce de notre duplicité,
l’ignorance se retrouverait détentrice d’un véritable savoir. Le temps de la
déstabilisation est nécessaire, il faut se mettre en péril même pour rien. Rien à
faire décidément, nombre d’évidences ne peuvent seulement aller de soi.
L’avertissement en trois mots indique que le chiffre “trois” est celui qui
convient le mieux en la circonstance. La médiation est déjà triple sujet, au
moins. Son ordre numérique esquisse le mouvement d’ensemble qui converge
de lui-même utilement sur notre cible. Tout serait donc presque dit après avoir
réparti les nombres à moins, qu’obstinément, nous ne voulions savoir pourquoi
et comment la médiation est là, toujours là un peu, beaucoup…
L’énumération nous rend terriblement prévisibles. La perspective
enthousiasmante offerte par le ternaire n’est-elle pas en effet simplement
précédée par celle, manichéenne, du binaire ? L’élan classificatoire fait-il partie
de nous, qui retrouvons alors l’Unité, preuve sans appel – mais néanmoins
verbalisée et disputée – qu’avant, il n’y avait Rien ? La médiation est
démasquée, le chemin va aussi sur son revers. Ce n’est d’ailleurs pas forcément
la moins bonne façon de marcher vers elle, ni la moins sûre pour la rejoindre.

Chapitre I :
LA MEILLEURE FAÇON D’ARRIVER JUSQU’A TROIS


D’une manière générique, la médiation correspond à un
découpage et à un arrangement en trois étapes d’une situation, sociale ou
intellectuelle, appréciée et positionnée comme conflictuelle. Le terme
“situation” renvoie à une généralité pendant que celui de conflit fait référence à
une opposition soit concrète, soit abstraite. La médiation répond alors à une
volonté qui organise une manière de voir le monde et se propose d’aider à
solutionner tout conflit ou d’amoindrir ses conséquences à partir d’elle. La
médiation trouve ainsi dans le projet d’une pacification de l’existence son
contexte global. La présentation la rend tentante mais ouvre un champ infini à
ses applications. C’est humain, toutes les âmes en veulent, tous l’attendent,
tous en ont envie.
L’universalité, est la première dimension de la médiation à prendre en
considération.
Pour tout humain prisonnier entre l’idéal philosophique et le fait brut, se
résoudre à vivre, à bouger, à parler, à faire, c’est déjà trahir. Les biffures
apposées sur le contrat moral des hommes témoignent de la dureté des conflits
qu’ils endurent. Pour donner le change dans des négociations sans illusion
arbitrées par le temps présent, il faudrait que toutes leurs actions, leurs
initiatives, se retrouvent en pure adéquation avec ce que chacun se devrait
d’être vraiment, avec authenticité comme l’on dit et répète à l’envi. C’est, il est
vrai, la moindre des précautions pour ne pas se déjuger sitôt que les
événements ne donnent plus raison d’eux-mêmes. Décidément, tout augmente
mais peu d’entre nous peuvent encore se targuer de disposer des points
d’origine exacts permettant la mesure réelle de l’importance des conflits. Les
conflits demeurent doublement un produit de l’existence et un producteur de
cette dernière sans que soit niées leurs dimensions aléatoires et variables.

La variabilité du conflit est ainsi léguée à l’universalité que connaît la
médiation.
Tandis que la fixité n’offre pas forcément une réelle assurance, le constat d’une
réalité fuyante n’est quant à lui pas simple à accepter. La réalité se pose
comme un invariant de la pensée, un point d’ancrage à toute première vérité.
« La réalité doit être soumise à la pensée critique car elle est avant tout un
édifice idéologique ; elle est construction et mise en scène (…) »1
. Pour le reste
des cas, « Le réel est un malentendu »2
.
« Il faut d’abord, par analyse, extraire en quelque manière la norme des faits
eux-mêmes, pour se mettre en mesure de les interpréter, de dévoiler la teneur
idéologique du réel supposé univoque, supposé simplement descriptible. Car
est en premier lieu idéologique l’affirmation selon laquelle il n’y a plus à
penser le réel, mais seulement à le décrire ; le réel prétendant n’être rien
d’autre que ce qu’il est. »3
Nous saisissons ce laisser passer pour une critique qui tente une création sur ce
qui est trop affirmé, d’autant plus que le tableau pour soi se complique
terriblement au moment où interfère un paramètre supplémentaire circonvenu
dans l’appellation conventionnelle de l’« Autre ».
Il faut faire avec.
Pourquoi donc ? Parce qu’il faut bien vivre… et, depuis que nous sommes
devenus comme tout le monde, nous serons tous conduits à choisir entre un
bonheur certain promis dans la ruée du monde et un certain bonheur livré dans
sa réalité quotidienne. (Extrait)

Thèse à consulter sur https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-02289366