« Myriam Bacqué, l’art de la médiation » portrait par Agnès Marroncle (La Croix)


Portrait – Cette médiatrice expérimentée a corédigé un récent livre blanc sur ce métier en plein développement mais encore peu encadré.

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Lorsque en 1998, la chambre de commerce de Paris confie à ­Myriam Bacqué le ­secrétariat général de son Centre de médiation et d’arbitrage (CMAP), ses proches ne sont pas étonnés. « Dans la famille, j’étais en effet celle qu’on venait voir pour atténuer des tensions, faire passer des messages, tenir le rôle de tiers », sourit-elle. Elle avait alors tout juste 30 ans.

Deux décennies plus tard, Myriam Bacqué a su mettre à profit cette voix calme et ce regard bienveillant qui incite à l’apaisement les gens qui la sollicitent, soit spontanément, soit parce qu’ils lui sont adressés par un juge. « La médiation est un mode amiable de prévention et de résolution des conflits, par exemple sur des enjeux de voisinage ou lors d’héritages, détaille-t-elle. Ces derniers sont propices à faire ressortir des blessures de l’enfance, des relations mal vécues avec les parents, la fratrie. »
Bardée d’une maîtrise de droit et d’un diplôme de Sciences-Po, Myriam Bacqué a débuté dans la vie active comme assistante parlementaire pour un député de la majorité d’alors – celle du président Chirac – tout en se projetant dans un avenir où elle œuvrerait pour la coopération internationale. « J’y suis venue plus tard, par la médiation justement », relève-t-elle.
« Le médiateur n’est pas un juge »
En 1998, beaucoup était à faire pour développer le Centre de médiation et d’arbitrage de Paris, créé trois ans plus tôt. Le CMAP visait à sortir les entreprises de contentieux potentiellement évitables. « Le médiateur n’est pas un juge, il ne dit pas le droit, précise-t-elle. Ce n’est pas non plus un arbitre qui prend une décision à la place des personnes. C’est un tiers neutre et indépendant qui les aide à trouver par elles-mêmes une solution à leur différent. »

Myriam Bacqué se passionne pour un processus qui, estime-t-elle, consiste en premier lieu à faire confiance aux gens qu’elle reçoit. « La plupart sont parfaitement en capacité de trouver un accord, résume-t-elle. Mais ils ont besoin d’être accompagnés pour quitter ces tranchées qu’ils ont eux-mêmes creusées l’un face à l’autre et depuis lesquelles ils campent sur leurs positions. Nous les aidons à en sortir, à atteindre un no man’s land où il devient possible de réfléchir et de dégager quels sont les besoins véritables des uns et des autres. »
Elle se forme notamment auprès de Serge Roy, professeur de l’université d’Ottawa et l’un des pionniers de la médiation civile et commerciale au Canada. « Il faisait des sessions pour le barreau de Bruxelles, je l’ai invité ensuite à Paris », se rappelle-t-elle. À la CCI de Paris, elle pose les fondamentaux de la fonction de médiateur : déontologie, méthode, formation.
Elle continue dans cette voie lorsqu’elle quitte la région parisienne pour La Rochelle. « Un choix familial ; avec nos trois enfants nous voulions une autre qualité de vie », explique-t-elle. Ce qui ne l’empêche pas de s’envoler dans différents pays d’Afrique, au titre de l’International Trade Center, agence conjointe des Nations unies et de l’Organisation mondiale du commerce, pour y développer des centres de médiation.
« Un métier qui a de grands services à rendre à la société »
À La Rochelle, elle travaille avec des associés au sein de la Maison de la communication, société qui propose de résoudre à l’amiable des différents, notamment dans le monde de l’entreprise. Myriam Bacqué co-dirige aussi le diplôme universitaire « Médiation et règlement des conflits » de l’université de La Rochelle. La formation est d’ailleurs devenue son nouveau combat alors que depuis le 1er janvier, le recours à la médiation ou à la conciliation est obligatoire avant la saisine d’un juge pour les contentieux inférieurs à 5 000 euros (1). Pour cette pionnière, il faut plus que jamais créer un cadre à des pratiques actuellement très diversifiées.

« N’importe qui aujourd’hui peut poser sa plaque, il n’y a pas de conseil de l’ordre des médiateurs qui s’accorderait sur une déontologie et veillerait à ce qu’elle soit respectée », s’inquiète-t-elle. Avec le collectif Médiation 21 dont elle est un membre actif, elle a contribué à la rédaction d’un livre blanc remis à la garde des sceaux en octobre 2019. Le document réclame un statut pour les médiateurs, la mise en place d’un organe représentatif et l’adoption d’un code unique de déontologie. « Il faut donner toutes ses qualifications à un métier qui a de grands services à rendre à la société », insiste Myriam Bacqué.

Son inspiration : La lecture des évangiles
« Je pratique la médiation dans un esprit de totale laïcité et de neutralité religieuse. Mais il se trouve que je suis chrétienne et même si je ne l’affiche pas dans ma vie professionnelle, le Nouveau Testament est la source à laquelle je puise chaque jour. C’est pour moi le principal puits d’inspiration, j’en lis quotidiennement des passages. Cela me nourrit bien sûr à beaucoup de niveaux, mais pour faire le lien avec mon métier, cela m’apporte une certaine humilité, l’idée que je ne sais rien. Le médiateur doit se tenir dans cette position de non-pouvoir, n’être que dans le service, le respect, la tolérance… Je trouve dans les Évangiles comment soutenir cette posture. »

(1) Loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice du 23 mars 2019, dite loi Belloubet.

(Extrait de la-croix.com du 17/02/2020)

En savoir plus sur https://www.la-croix.com/France/Justice/Myriam-Bacque-lart-mediation-2020-02-17-1201078750?RelatedContentIds=Article-BB10tPm1,Article-BB10k49b

 

Colloque : « La médiation au service de la performance des entreprises » organisé par Le Mans Université, le 6 mars 2020


La médiation au service de la performance des entreprises

« La médiation consiste à faire intervenir un tiers, appelé un médiateur, pour parvenir à sortir d’un conflit dans lequel se trouvent deux parties en leur permettant de trouver elles-mêmes une solution sur-mesure à leur conflit au lieu de recourir à la décision judiciaire. La médiation se base donc sur le maintien du lien – au moins discursif – entre deux parties en désaccords, la responsabilisation des parties à un litige et l’idée d’une forme de justice socialement responsable.

L’intérêt de la médiation est connu en droit de la famille où les liens interpersonnels sont très importants. La médiation est également promue par le législateur depuis une loi du 8 février 1995.

Pourtant, ce mode amiable de règlement des différends n’a pas encore acquis auprès des entreprises le succès que l’on pourrait escompter. Si les plus grandes entreprises ont connaissance des potentialités de la médiation, c’est moins le cas des petites et moyennes entreprises et des très petites entreprises.

Ce thème s’inscrit pleinement dans la problématique des innovations sociales et citoyennes pour une société ouverte et créative, car la médiation fait partie des modèles de régulation sociale qui, dans certaines situations et lorsqu’elle est menée dans les règles de l’art, contribue au dialogue, au lien et au contrat social. Mais en matière économique le gain de performance pour les entreprises est un autre avantage de la médiation.

Le laboratoire de recherche en droit de l’Université du Mans, ThemisUm, a déjà développé une expertise en matière de médiation en organisant un colloque international le 12 octobre 2018 sur La qualité de la médiation, sous la direction de Valérie Lasserre, professeur agrégée (publié aux archives de philosophie du droit, Dalloz, 2019).

Le colloque sur la médiation au service de la performance des entreprises en est un prolongement appliqué au droit des affaires. L’événement a pour but de réunir des spécialistes du droit des entreprises pour faire une cartographie dans chaque domaine du droit économique, de l’existant en matière de médiation (est-ce développé, et comment ?), de ce qui marche, de ce qui ne marche pas, pour ensuite émettre des propositions.

Programme

Mot d’accueil
Rachid El Guerjouma, Président – Le Mans Université

Première table ronde – Saisir l’intérêt et les enjeux de la médiation en matière économique
Sous la présidence d’Hubert Vercken, avocat au Barreau de Paris et médiateur – Cabinet Vercken

14h00 : L’économie ou l’analyse économique de la médiation
Myriam Doriat-Duban, Professeur d’Économie – Université de Lorraine

L’intérêt de la médiation pour les PME
Charlaine Bouchard, Professeur de Droit des entreprises – Université de Laval (Québec)

Témoignage du médiateur des entreprises
Claire Grosseau, Médiateur des entreprises – DIRECCTE Sarthe

Les clauses de médiation dans les contrats de financement
Richard Marty, Maître de conférences en Droit privé – Le Mans Université

Les clauses de med-arb
Catherine Boineau, Avocate au Barreau de Paris, Médiateur

Les clauses de médiation dans les contrats d’investissement
Arnaud de Nanteuil, Professeur de Droit international – Université Paris XII

La médiation de projet
Valérie Lasserre, Professeur de Droit privé – Le Mans Université

15h30 : Pause

Seconde table ronde – Développer la médiation en matière économique dans les juridictions
Sous la présidence d’Isabelle Rohart-Messager, Conseiller à la Cour d’Appel de Paris

16h00 : Les enjeux de la formation des acteurs du procès aux modes amiables de règlement des différends
Jean-Pierre Genton, Délégué national pour la formation des Juges Consulaires – Conférence Générale des Juges Consulaires de France

Développer la médiation dans le contentieux économique
Fabrice Vert, Vice-Président du Tribunal de Grande Instance – Créteil

L’intérêt de la médiation en droit des sociétés
Michel Germain, Professeur émérite – Université Paris II

Le rôle des avocats dans le développement de la médiation inter-entreprises
Marie Anne Gallot Le Lorier, Avocat Honoraire, Médiateur

L’intérêt de la médiation en matière économique
Claude Amar, Médiateur – Mediation & Resolution

L’intérêt de la médiation en matière économique
Yves Lelièvre, Médiateur, ancien Président du Tribunal de commerce de Nanterre, ancien Président de la Conférence Générale des Juges Consulaires

17h30 : Propos conclusifs – La médiation : pour quelles affaires ?
Thierry Garby, Avocat honoraire, Médiateur – Mediation & Resolution

Contact : mediation.sciences@conf.org
Cette conférence donne droit à la production d’une attestation valant pour 3 heures de formation obligatoire

Amphithéâtre Mercure
Faculté de droit, sciences économiques & de gestion
Avenue Olivier Messiaen
72000 Le Mans

(Extrait de univ-droit.fr )

En savoir plus sur https://univ-droit.fr/actualites-de-la-recherche/manifestations/34426-la-mediation-au-service-de-la-performance-des-entreprises