INTERmédies N°6, semestriel, novembre 2019, Spécial : Profession médiateur, 64p., 8€


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C’est numéro 6 de la revue InterMédiès et ce semestriel commence à trouver sa vitesse de croisière avec son dossier consacré cette fois à la profession de médiateur et ses rubriques habituelles sur l’actualité de la médiation ou des entretiens avec des pionniers de la médiation, comme Marianne Souquet. Avec ce sixième numéro, la revue fête ses trois ans d’existence, ce qui n’est pas négligeable surtout en cette période de crise de la presse et de la montée en puissance de la presse digitale. Sur le plan de la forme, la revue reste attractive, avec l’utilisation intensive de la couleur et des photos, de nombreuses rubriques qui en font un vrai magazine de la médiation. En revanche, sur le fond, je serai un peu plus critique, car s’il est vrai qu’INTERmédiés n’est pas une revue académique, on peut toutefois regretter l’absence d’articles plus analytiques, comme pour ce dernier numéro, la question des enjeux autour de la professionnalisation de la fonction de médiateur. En effet, l’éditorial de Joëlle Dunoyer pose la bonne question de savoir si le médiateur « doit-il être impérativement un professionnel du droit ? ». Il en est de même de l’article de Gabrielle Planès « Médiateur : art et métier » qui souligne que la remise du Livre Blanc de la médiation, à la ministre de la Justice, démontre la volonté du « peuple des médiateurs » de parler d’une « voix commune » pour « obtenir la reconnaissance d’un métier spécifique : celui de médiateur » (p.7). Mais au-delà de ces propos très consensuels, dont sont friands les médiateurs, on aurait aimé aussi que soit abordée la question des enjeux autour du contrôle de cette nouvelle profession entre les professionnels du droit et du social, comme l’a montré la « vigueur » des débats lors de la création du diplôme d’Etat de médiateur familial (DEMF). Il en est de même des enjeux autour de la formation des médiateurs, car on sait qu’une profession se crée et se légitime à travers les processus d’apprentissage d’un savoir-faire et savoir-être visant à la création d’une identité commune face aux autres professionnels de la gestion des conflits.

Le dossier consacré à la profession de médiateur laisse aussi une trop large place aux juristes qu’ils soient avocats ou magistrats, ce qui accroît une vision de la médiation à travers le seul prisme de la justice ou du droit. Toutefois, il est vrai comme le souligne Bertrand Delcour dans son article « la médiation : quand le droit s’en mêle » qu’il est nécessaire de prendre en compte « l’horizon de l’état légal » que constitue l’ordre public et « d’aider les parties à découvrir par elles-mêmes, la trame d’un accord qui ne soit pas seulement équitable mais aussi licite » (p.9). Dans ce dossier, un article intéressant sur le thème de la co-médiation de Gabrielle Planes, qui, présente les avantages de ce style de médiation notamment dans la formation de nouveaux médiateurs. Enfin, à lire aussi un article sur la médiation, comme espace de confiance de Delphine Gandrieux, tiré d’un mémoire de fin d’études, qui démontre bien en citant G. Simmel que « la médiation offre une « suspension » de la méfiance/défiance » (p.22).

A souligner l’entretien avec l’une des pionnières de la médiation, notamment de la « médiation transformative », Marianne Souquet qui est présentée dans l’article comme une médiateure « inconventionnelle ». Il est vrai que Marianne Souquet est une personnalité hors du commun, en raison d’une part de sa bonne connaissance de la médiation des deux côtés de l’atlantique (elle a vécu une bonne partie de sa vie à Seattle aux Etats-Unis) ce qui l’a amenée à jouer une sorte de « tête de pont » entre les modèles latin et anglo-saxon de médiation. Et d’autre-part, elle défend aussi une certaine vision de la médiation avec la promotion en France de la « médiation transformative » qu’elle considère comme « le seul courant qui prenne réellement au sérieux les principes de la médiation, notamment le principe d’autodétermination » (p.37).

Ce numéro d’INTERmédiés nous permet aussi d’approfondir la connaissance de certains domaines de la médiation en France, comme la « médiation territoriale » avec un entretien avec Hervé Carré qui est le président de l’Association des médiateurs des collectivités territoriales ou encore une expérience de médiation interne dans un établissement de santé, l’Institut Curie, menée par Louise Massig. Mais aussi en dehors de la France, avec la présentation du projet européen Fomento en matière de médiation successorale transfrontalière et un compte-rendu de Xe conférence du Forum Mondial de la médiation qui s’est tenue au Luxembourg.
En conclusion, un numéro à lire et à faire connaître car la médiation souffre encore d’un manque d’information.

Jean-Pierre BONAFE-SCHMITT

Pour se procurer les numéros ou s’abonner : http://www.intermedies-mediation.com

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