Seine-Saint-Denis : médiateur du département, la mission n’est pas aisée


« Un vacataire licencié trop tôt, Pierre Joxe parti au bout d’un an, la vie de médiateur n’est pas simple au département. D’ailleurs, depuis huit mois, le poste est vacant.

Il n’y a plus de médiateur au conseil départemental depuis près de huit mois. Jeudi, à l’occasion d’un rapport sur la lutte contre les discriminations évoqué en séance publique, il a été question de trouver un successeur à l’ancien ministre socialiste Pierre Joxe, qui occupait le poste jusqu’à l’été dernier.

Son prédécesseur, Gérard Cosimi, qui avait été remercié en 2016 pour laisser la place à l’ancien ministre, vient de faire condamner le conseil départemental par le tribunal administratif pour non-respect du code du travail. Le département a été condamné à lui payer 1000€, somme correspondant au salaire qu’il aurait dû toucher en septembre 2016, et à 1500€ pour les frais de justice.

C’est une victoire symbolique pour lui. Le tribunal a reconnu que le département avait mis un terme à son contrat un mois trop tôt. Depuis 2009, le médiateur délégué avait un contrat d’un an reconduit à la fin de chaque mois de septembre. Il tenait deux permanences par semaine. Or, en 2016, c’est au mois d’août que Gérard Cosimi avait été poussé vers la sortie. Pour justifier ce départ, le cabinet de Stéphane Troussel affirme que ce dernier « n’avait pas le profil. »

« Et ils auraient mis sept ans à s’en rendre compte, c’est n’importe quoi, explose l’ex-médiateur. Stéphane Troussel a voulu faire un coup de communication en nommant un ancien ministre. Mais il n’a pas respecté les règles. »

L’arrivée de l’ancien premier président de la Cour des comptes avait été largement relayée par le département avec une installation officielle en mai 2016 devant plusieurs dizaines de fonctionnaires et d’élus.

Contrairement à son prédécesseur, Pierre Joxe occupait la fonction à titre bénévole. L’ancien ministre a tenu un an mais, à 84 ans, les temps des transports ont eu raison de son engagement. « J’habite dans le sud de Paris, c’était un vrai voyage à chaque fois », reconnait-il. Le bilan qu’il en tire est contrasté.

« Près d’une demande sur deux ne concerne pas les compétences du département donc on sert beaucoup de bureau de renseignement, analyse-t-il. Mais cela nous donne une vision assez précise des administrations qui fonctionnement et celles qui fonctionnent moins bien. On remarque également que beaucoup des gens ne savent pas qu’ils ont des droits sociaux. »

Le poste n’est donc plus occupé depuis le départ de Pierre Joxe. Mais ce n’est peut-être que provisoire. « Nous réfléchissons à un nouveau contour pour cette médiature, insiste-t-on au cabinet du président du conseil départemental. Et aujourd’hui, s’il n’y a plus de médiateur à proprement parler, nous avons une secrétaire qui prend connaissance des courriers et oriente les administrés en fonction des services concernés. » -S. Thomas – (Extrait de leparisien.fr du 10/04/2018)

En savoir plus sur http://m.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/seine-saint-denis-mediateur-du-departement-la-mission-n-est-pas-aisee-10-04-2018-7656780.php

Médiation sociale : A Reims, des médiateurs pour désacraliser le gaz


 

Trois médiateurs Isigaz ont été formés pour aller à la rencontre des habitants des quartiers prioritaires de la Ville. Tous les mardis matins, ils se retrouvent pour un débriefing sur les visites déjà effectuées.

« Je ne m’attendais pas à ce qu’autant de personnes aient peur du gaz. Pour certaines, c’est même rédhibitoire. Elles ne veulent pas du gaz chez elles… Il suffit de les rassurer… » Lauriane Basilio, 27 ans, est médiateur Isigaz depuis le mois de novembre. Sa mission est d’aller à la rencontre des habitants du quartier Croix-du-Sud afin de leur enseigner les bons gestes à avoir… pour éviter que ça ne sente le gaz. » (Extrait de lunion.fr du 10/04/2018)

En savoir plus sur http://www.lunion.fr/85285/article/2018-04-10/reims-des-mediateurs-pour-desacraliser-le-gaz

« MÉDIATEUR FAMILIAL, CE JEUNE MÉTIER PLEIN D’AVENIR » par Nathalie Hantz (Village de la justice)


« La profession de médiateur familial fait partie des métiers dits « récents ». Ou à tout le moins, récemment reconnus. C’est en effet en 2003 que le « DEMF » (Diplôme d’État de Médiateur Familial) a été créé, même si la médiation familiale a été encouragée en France depuis les années 80.

Le médiateur familial a pour but de résoudre les conflits familiaux de façon amiable, en s’appuyant sur une approche pluridisciplinaire, à la croisée des chemins entre psychologie et droit de la famille. Voilà pour la description théorique. Et en pratique ? 
Le Village de la justice a choisi de vous présenter le parcours de deux d’entre eux, afin de dessiner le contour de cette profession.

Le profil type du médiateur familial n’existe pas. Il ou elle est initialement avocat, éducateur, professeur, juriste, psychologue… En effet, la formation qui permet de décrocher le diplôme d’État est dite de « spécialisation professionnelle » puisqu’il faut justifier d’une expérience de travail dans le champ social, juridique, psychologique ou éducatif pour y accéder. Aussi, les parcours qui vous sont ici présentés, s’ils sont représentatifs de cette diversité, n’en sont pas exhaustifs.

Le regard d’un professionnel aguerri :

Médiateur familial, Jacky Rogues l’est depuis plus de 5 ans. Mais cela serait inexact voire incomplet de dire que c’est son métier. Pour lui il s’agit plutôt d’une corde (de plus) à son arc. Il n’empêche, son regard sur cette profession est passionnant et riche.

Initialement, Jacky Rogues était éducateur spécialisé. C’est dans le cadre de la « Maison verte », créée par elle, qu’il a croisé la route de Françoise Dolto, puis de sa fille Catherine. Après 10 ans d’analyse, il décide de devenir psychanalyste, métier qu’il exerce depuis 28 ans maintenant.

Il y a 6 ans, c’est une amie qui lui parle de la fonction de médiateur familial. Cela correspond à son parcours puisque il a notamment une formation de thérapeute de couple. Il obtient son Master II en médiation familiale et son diplôme d’état à l’École des parents de Paris [1] en 2013. Il mène alors des médiations en lien avec les Juges aux affaires familiales et les Juges pour enfants de Versailles.
Récemment, il s’est installé sur le Plateau du Vercors avec sa famille, mais il a gardé une partie de son activité en région parisienne, et exerce donc à cheval sur deux cabinets.

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Jacky Rogues

Parmi les médiateurs familiaux, il se définit lui-même comme un « électron libre », qui ne suit pas « le petit train de la médiation« .

En effet, sa longue pratique de la thérapie du couple a fait naître chez lui une méthode, des règles et un cadre pour ses séances auxquels il ne déroge pas et qu’il énonce dès la première séance. Parmi ces règles, il tient à aborder non pas seulement le sujet qui a motivé la médiation (par exemple une difficulté de pensions alimentaires) mais le dossier « au fond », et ce toujours avec, si possible, les deux parents dès le départ, voire avec les enfants s’ils en sont d’accord. 
Autre principe, les séances ne sont jamais gratuites, afin de rappeler aux gens qui les suivent qu’elles sont à tout point de vue un « investissement ». Il peut en revanche moduler ses tarifs en fonction des situations des gens. Il leur demande alors à quel hauteur ils sont capables de s’investir financièrement, et c’est souvent un premier pas vers le dialogue entre les protagonistes.

« Les accords écrits ne viennent jamais de moi mais doivent toujours venir des clients. »

Si Jacky Rogues prend le temps avec ses patients, c’est que sa méthode a souvent porté ses fruits. Ce faisant, il doit régulièrement faire patienter avocats et magistrats qui attendent son retour. Mais il le souligne : « les accords écrits ne viennent jamais de moi mais doivent toujours venir des clients. Et si ils refusent, cela ne m’appartient pas. Je l’indiquerai alors au juge. Moi je me contente de faire un rapport sur le déroulé et le nombre de séances, mais je ne pose pas d’accord par écrit moi-même ».

Sur la formation des médiateurs qu’il a suivi à l’École de Paris, Jacky Rogues est plutôt positif, notamment car un « travail sur soi » est demandé aux étudiants.
Il faudrait d’ailleurs d’après lui qu’une supervision par un professionnel soit maintenue tout au long de la carrière du médiateur. A l’heure actuelle, elle ne se fait que sur la base d’une démarche volontaire. Elle devrait à son sens être obligatoire, c’est un point essentiel à ses yeux.

En toute cohérence, lorsqu’on lui demande quelle qualité essentielle il faut avoir pour exercer la profession de médiateur familial, il répond sans hésiter : la « remise en question permanente de soi ».

La remise en question permanente de soi est une qualité essentielle pour cette profession.

Plus globalement sur la formation, Jacky Rogues a pu constater que les candidats au diplôme étaient des « gens d’expériences », issus notamment du milieu des travailleurs sociaux.

Pour ce qui est de l’obligation d’imposer systématiquement une médiation familiale, Jacky Rogues est très partagé, car si dans certaines situations le cadre judiciaire aide, il est au contraire important dans certains dossiers que le juge fasse confiance aux parties et ne leur impose pas cette démarche. La décision doit se prendre au cas par cas.
Finalement, la médiation sous la contrainte ne semble pas le convaincre. Mieux vaudrait-il dans ce cas informer les justiciables de leur possibilité de recourir à la médiation et leur fournir une liste des médiateurs familiaux existants.

La vision d’une médiatrice en devenir :

Violaine Laurent, juriste, a décidé de se reconvertir en médiatrice familiale. Elle en suit la formation à l’Institut des Sciences de la Famille de l’Université Catholique de Lyon. Elle soutiendra son mémoire de fin d’étude d’ici à la fin de l’année. [2]

Village de la justice : Où faites-vous votre formation et pour quelles raisons ? Avez-vous envisagé plusieurs « écoles » ?

Violaine Laurent : « Je termine ma formation à l’Institut des Sciences de la Famille à Lyon. Je n’avais pas connaissance d’autres écoles lorsque je me suis lancée. Je sais depuis que l’ESSSE [3] dispense également cette formation à Lyon.

La formation se déroule sur 2 ans à raison d’une semaine par mois.

La médiation familiale est au carrefour du droit, de la psychologie et de la sociologie.
De plus l’appréhension des problématiques telles que les violences au sein du couple, ou la protection de l’enfance sont évidemment au programme.

Côté pratique, des mises en situations sont jouées afin d’expérimenter les techniques de gestion de conflit étudiées. 
D’autre part, le stage de pratique professionnelle réalisé durant plusieurs mois m’a permis d’expérimenter les outils de gestion de conflit étudié en formation, et d’appréhender la posture du médiateur qui ne s’improvise pas !

J’étais tellement motivée par le contenu de cette formation que je me suis lancée sans hésiter. C’est une formation nourrissante sur le plan intellectuel, émotionnel et humain. »

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Violaine Laurent

Sur quels critères se fait la sélection à l’entrée ?

« Je suis pour ma part juriste de formation et j’ai travaillé pendant 5 années en tant que clerc de notaires, et précédemment en cabinet d’avocat.

Pour accéder à cette formation, il faut avoir un niveau bac + 3 minimum, et justifier d’une expérience professionnelle d’au moins trois ans dans le champ de l’accompagnement familial, social, sanitaire, juridique, éducatif ou psychologique.
Ensuite, la sélection se fait sur dossier et après entretien.

Ayant un master en droit privé, j’ai été dispensée de droit pour me consacrer pleinement à la médiation et aux autres matières telles que la psychologie par exemple, que j’ai découvert. »

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées avant et pendant la formation ?

« La principale difficulté pour moi a été de trouver des financements ! J’ai pu obtenir le financement de la deuxième année de formation auprès de Pôle emploi. »


De quel « public » est composé votre promotion ?

« D’une grande diversité professionnelle, et c’est sans doute ce qui fait sa richesse.
La promo est principalement composée de juristes et de professionnels du secteur social (éducateurs, assistantes sociales, responsables de structure petites enfances, enseignants,) ainsi que d’étudiants en droit de la famille. 
J’ai réellement apprécié cette diversité professionnelle qui permet d’avoir un regard croisé sur des sujets tels que la notion de l’intérêt supérieur de l’enfant par exemple. »


Quand aurez-vous fini votre formation ?

« La dernière étape est la rédaction d’un mémoire d’ici à la fin de l’année… »

« Je suis convaincue que la médiation a de beaux jours devant elle ».

Quel est votre projet professionnel et pensez-vous pouvoir en vivre ?

« La médiation familiale se développe et je pense bien pouvoir en vivre !

Sur la forme, entre créer, intégrer une association, ou exercer en libéral, je ne me ferme aucune porte.

Sur le fond, je chemine dans mes réflexions, et les pistes ne manquent pas :

  • Promouvoir la médiation pour que les personnes s’en saisissent en toute conscience ;
  • Sensibiliser les écoles, collèges et lycées à la médiation scolaire ;
  • Travailler en partenariat avec les acteurs locaux tels que les avocats et notaires au cœur du conflit familial ;
  • Proposer un service de médiation en milieu carcéral au profit des personnes privées de libertés en rupture avec leur famille.

En tout cas, je suis convaincue que la médiation a de beaux jours devant elle. »

Comment la circulaire du 8 février 2018 pour l’application du décret ministériel n° 2017-1457 du 9 octobre 2017 [4] sur l’établissement d’une liste de médiateurs près les Cours d’appel est elle vécue au sein de votre formation ?

« Les médiateurs ont effectivement la possibilité de figurer sur les listes des cours d’appel, mais le juge reste bien entendu libre de désigner un médiateur n’y figurant pas. 
Précisément, l’article 2 du décret indique que l’exercice de l’activité de médiation (en général) n’est pas subordonné à la détention d’un quelconque diplôme, et ce afin d’éviter de privilégier une formation par rapport à une autre.

Par conséquent le DEMF ne constitue pas un préalable à la pratique de la médiation familiale, et c’est bien la toute la limite de ce décret !

La matière familiale ne se traite pas comme les autres matières (commerciale, consommation, voisinage etc). On la sait singulière : qui dit « famille », dit « enfant » et donc protection particulière ! Il est par conséquent indispensable d’encadrer spécifiquement cette profession par l’obtention du DEMF, diplôme spécifique.

« La posture de médiateur ne s’acquiert pas en quelques heures de formation seulement. Cela nécessite du temps. »

C’est d’ailleurs bien le seul diplôme garantissant une formation longue et exigeante en la matière. C’est justement parce que la matière familiale est « sacrée » qu’elle nécessite une formation adaptée et un diplôme spécifique. La posture de médiateur ne s’acquiert pas en quelques heures de formation seulement. Cela nécessite du temps.
Les professions juridiques peuvent aujourd’hui faire de la médiation familiale sans DEMF. Personnellement, bien qu’étant juriste, il m’était inconcevable d’exercer la médiation familiale sans ce diplôme… Un juriste est un professionnel du droit, pour autant, cela ne fait pas de lui un médiateur du conflit familial. »

Que pensez-vous de l’expérimentation d’une médiation obligatoire actuellement en cours dans certains barreaux ? Souhaiteriez-vous que cela soit généralisé ?

« La Tentative de Médiation Familiale Préalable Obligatoire (TMFPO) fait débat au sein de ma formation, et confronter nos différents points de vues a été pour moi l’occasion de forger ma propre conviction, même si ma position sur le sujet n’est pas figée, et qu’elle peut encore évoluer.
L’idée avec la TMFPO est d’obliger les parents en conflit de tenter une médiation avant toute nouvelle saisine du JAF pour les inciter à trouver par eux-mêmes leurs solutions. Celle-ci comprend l’information à la médiation ainsi qu’une ou deux séances de médiation. Par la suite les personnes restent libres finalement de poursuivre ou non la médiation. 
A mon sens, c’est éventuellement leur offrir une voie à laquelle elles n’auraient peut-être pas songé… Si cela permet d’aller sur le chemin de l’apaisement des relations familiales et de préserver l’intérêt de chacun, notamment celui des enfants, alors oui je suis pour qu’elle se généralise. »

Quel taux de réussite pour cette profession ? A titre indicatif voici les chiffres pour l’Institut des Sciences de la famille de l’Université Catholique de Lyon. Danièle Broudeur, sa Responsable pédagogique, nous a indiqué les chiffres suivants pour la dernière promotion : la 24ème promotion (« Nelson Mandela ») comptait 12 étudiants. Une personne a suivi l’intégralité de la formation, mais n’a pas souhaité présenter le mémoire. Deux autres ont reporté leur soutenance à l’année suivante. Finalement, sur les 9 ayant présenté le mémoire, 8 ont été diplômés.

Pour en savoir plus sur cette profession, le site de l’Association Pour la Médiation Familiale (APMF)est particulièrement complet.

Notes :

(Extrait de village-justice.com du 11/04/2018)

En savoir plus sur https://www.village-justice.com/articles/mediateur-familial-etre-devenir,28144.html

 

« Le nouveau référentiel CAF impacte les médiateurs libéraux » par Laurence Hanin-Jamot (SYME)


« La médiation familiale est exercée en France dans des structures conventionnées par la CAF et dans des structures non conventionnées ou libérales. Un nouveau référentiel est applicable dans les structures conventionnées CAF en avril 2018. Nous proposons ici une analyse des implications notables de ce nouveau référentiel sur l’activité de chacun de ces acteurs.

Dans un article séparé, nous avons présenté les différents points du nouveau référentiel national de financement partenarial des services de médiation familiale, établi par la CNAF. Ce référentiel a été présenté en mars aux différents services conventionnés par la CAF pour une application immédiate en avril 2018.

En premier lieu, rappelons que la Convention de service de la CAF a pour objet de mettre la médiation familiale à la portée du plus grand nombre. Tout le monde pourrait se réjouir de cette disposition, sauf que :

  • Le financement des CAF ne permet pas de satisfaire la demande potentielle. Aujourd’hui moins de 5% des affaires familiales font l’objet de médiations et les budgets des CAF sont inextensibles à un pourcentage plus important
  • Les médiateurs exerçant dans des centres conventionnés reçoivent des salaires insuffisants, car ces centres ne peuvent en général financer 100% de leurs charges avec les conditions de la prestation de service des CAF, et les financements complémentaires de la Justice ou des collectivités territoriales
  • Les médiateurs libéraux sont victimes d’une concurrence sévère en matière de tarifs, de la part des centres conventionnés, concurrence qui leur interdit également des rémunérations décentes

Le nouveau référentiel présente un élargissement des situations couvertes par les services de médiation familiale. Cet élargissement concerne la médiation conjugale, la médiation parents – ado et parents – jeunes adultes (plus de limite d’âge), les médiations intergénérationnelles et intragénérationnelles (fratries). Autant de domaines qui étaient jusqu’ici partiellement ou totalement exclus du champ de la convention CAF, et restaient accessibles aux médiateurs libéraux. Le nouveau référentiel porte donc un nouveau coup aux médiateurs libéraux, qui perdent les derniers domaines de médiation sur lesquels ils restaient protégés de cette concurrence.

Pour autant l’élargissement des situations couvertes n’est pas favorable aux familles. En effet il a bien été précisé que les budgets des CAF resteraient constants. Ainsi les médiations faites dans d’autres champs de la famille le seront au détriment des médiations dans les situations de séparation-divorce. Autant dire que l’objet de cette réforme apparaît assez obscur. Elle pénalise davantage les libéraux sans avantager les centres conventionnés…

Le nouveau référentiel présente un léger réajustement des barèmes de médiation. Ce réajustement est trop peu marqué pour permettre aux médiateurs libéraux d’avoir une chance de se positionner à un tarif qui leur permettra de vivre.

Il est un point sur lequel la CNAF marque sa différence par rapport à la Justice, il concerne les exigences de formation des intervenants de médiation familiale. Là où la Justice a estimé que diplôme d’état de médiateur familial (DEMF) « ne constitue pas un préalable à la pratique de la médiation familiale », pour la CNAF « le diplôme d’état de médiateur est obligatoire pour les médiateurs familiaux travaillant dans et pour les services conventionnés. ». Cette exigence est renforcée dans certaines situations (médiations parents – ado et médiations dans les situations de perte d’autonomie de la personne âgée) par des exigences de formation complémentaires. Nous saluons la position de la CNAF, qui reconnait à juste titre la spécificité des contextes familiaux.

En conclusion de cette première analyse, nous observons que le nouveau référentiel de la CNAF :

  • n’apporte pas grand-chose aux centres conventionnés. Ils ne seront pas en mesure de profiter des nouveaux champs de médiations proposés en développant leur activité ou en offrant des rémunérations plus favorables à leurs employés
  • pénalise encore davantage les médiateurs libéraux, qui perdent les derniers champs d’activité où ils étaient épargnés d’une concurrence malsaine

A l’heure actuelle, la CNAF engage sa réflexion sur une nouvelle convention d’objectifs et de gestion (COG 2019-2022), et la Justice est sur le point de s’engager (2020) vers une généralisation des médiations préalables obligatoires en matière familiale. Il semble plus que jamais indispensable que la médiation familiale bénéficie enfin de la part des pouvoirs publics d’une approche ‘systémique’. Il s’agit de mettre en place une politique rationnelle de la médiation familiale, favorable aux familles en conflit (et à leurs enfants, les citoyens de demain), comme à la modernisation du travail des juges. Le syndicat professionnel des médiateurs sera partie prenante de ces réflexions et de ces actions, pour le compte des médiateurs salariés comme pour celui des médiateurs libéraux.  » (Extrait de syme.eu du 5/04/2018

En savoir plus sur https://www.syme.eu/articles/24722-le-nouveau-referentiel-caf-impacte-les-mediateurs-liberaux

Le FGAO nomme un Médiateur pour les victimes d’accidents de la circulation


Fonds de Garantie

« Julien Rencki, directeur général, a nommé Philippe Dupuy Médiateur du FGAO, après avis conforme du conseil d’administration.

Dans une démarche d’amélioration constante de la qualité du service rendu, le FGAO met en place un Médiateur, à la disposition des victimes atteintes d’un préjudice corporel qui souhaitent formuler une réclamation concernant la procédure d’indemnisation ou les modalités d’accompagnement.

Le Médiateur est animé par des valeurs de service, d’écoute et d’empathie.

Il intervient de façon personnalisée, indépendante et impartiale. Il prend en compte le contexte propre à chaque cas.

Il veille au respect des droits des victimes et est tenu à la confidentialité. Il joue un rôle de facilitation du dialogue et recherche toute solution amiable pour éviter les litiges en lien avec la procédure d’indemnisation des victimes.

Toute victime peut s’adresser au Médiateur du FGAO si elle estime que ses droits n’ont pas été respectés. » (Extrait de fondsdegarantie.fr du 9/04/2018)

En savoir plus sur https://www.fondsdegarantie.fr/actualites/le-fgao-nomme-un-mediateur-pour-les-victimes-daccidents-de-la-circulation/#.WsuV95g5EyA.twitter

Article : « Médiation : Et si vous utilisiez la stratégie de la conception à rebours ? » par Jean Poitras et Solange Pronovost (Conflits et stratégies)


« Un des défis importants que doivent relever les médiateurs est celui de trouver une façon d’amener les participants à décrocher du conflit pour accepter de faire des pas vers un compromis. Une des stratégies traditionnelles consiste à leur faire prendre conscience des coûts associés au fait de rester dans cette situation : stress, insatisfactions, risques pour la santé, etc. L’idée est de les amener à réaliser qu’ils doivent passer à autre chose s’ils veulent éviter les effets appréhendés. Mais plus souvent qu’autrement, les gens demeurent ancrés dans leur ressentiment et leurs frustrations. Devriez-vous alors en ajouter une couche en parlant des risques légaux rattachés aux conflits ? Pourriez-vous tout simplement utiliser une approche plus positive ?
La logique de la conception à rebours
(backcasting) offre un angle différent
pour approcher les problèmes.
(Source: www.backcastpartners.com)

Ancrage dans le conflit. À première vue, le choix de se maintenir en conflit est illogique. En effet, les personnes qui y sont impliquées savent généralement très bien que celui-ci leur coûte temps et énergie, leur occasionne des inconvénients, et parfois même les fait souffrir. Mais pour plusieurs, abandonner cette dynamique signifierait d’avoir souffert en vain. Cela est d’autant plus vrai dans les situations où les gains possibles sont minimes, voir nuls. Parfois, on ne fait que « sauver les meubles » et amortir les pertes. Dans ces cas, de leur point de vue, l’arrêt des souffrances n’est souvent pas une motivation suffisante pour se diriger vers autre chose, surtout si cette alternative ne présente pas grand intérêt.

Conception à rebours. Par contre, si au lieu de régler un conflit pour cesser de souffrir ou limiter les risques, on le faisait dans l’optique de passer à avenir meilleur ? La résolution du différend n’est plus alors la finalité à atteindre, mais la première étape vers quelques choses de mieux. Le règlement est vu comme la capacité de se délester d’un poids qui nous empêche d’avancer. C’est l’essence de la conception à rebours utilisée comme stratégie de médiation. À l’aide de celle-ci, le médiateur commence par la visualisation d’un avenir souhaitable, puis il fonctionne à rebours avec les gens pour identifier les actions à entreprendre afin d’y parvenir. Et comme par hasard, quitter la situation conflictuelle est le premier pas à franchir dans ce cheminement !
La clé de la stratégie à rebours est de changer leur vision par rapport au conflit en les motivant à cheminer vers un futur plus intéressant. Concrètement, elle pourrait prendre la forme suivante en médiation :
  • On demande aux participants d’imaginer un avenir ou le conflit est réglé et derrière eux. On peut même suggérer sa disparition comme par magie. L’objectif est simplement qu’ils visualisent la destination ultime.
  • On les amène ensuite à se représenter mentalement et à exprimer la façon dont ils se sentent et ce qu’ils font avec l’énergie ainsi libérée ? On vise ainsi à rendre cette vision post-conflit la plus concrète possible.
  • On les sollicite alors pour qu’ils nomment les étapes à franchir afin de réaliser ce but. L’idée est de voir le règlement du conflit comme une des étapes du cheminement.
  • Finalement, les participants sont appelés à mentionner ce qu’ils sont prêts à faire pour débuter la transition vers un avenir meilleur. On vise ici à créer de l’ouverture vers un compromis permettant de régler la situation conflictuelle.
Quand le futur semble pire que le présent. Malgré sa relative simplicité, la stratégie est plutôt efficace. Toutefois, le point d’achoppement est souvent l’incapacité d’une des personnes impliquées à imaginer un avenir meilleur. En fait, celui qu’elle anticipe est parfois pire que son présent ! On peut penser à un individu en instance de divorce qui ne voit pas comment il pourra refaire sa vie après la séparation. Dans ces cas, il sera très ardu d’utiliser la stratégie de la conception à rebours et le médiateur devra passer beaucoup de temps à l’aider à se figurer une situation future positive. Mais cet effort ne sera pas perdu car en fait, cette appréhension négative de ce qui est à venir constitue le cœur de la résistance. Si le médiateur arrive à semer une vision positive de l’avenir, l’opposition au compromis sera grandement réduite.
En conclusion, la stratégie de la conception à rebours en est une particulièrement utile lorsque les gains associés au règlement du conflit sont minimes. On doit alors miser sur les opportunités qui se présenteront une fois la situation réglée; ce que permet de faire cette approche. De plus, en demandant aux participants de visualiser un futur post-conflit positif, le médiateur pourra faire ressortir les scénarios catastrophes qui sapent leur motivation à le résoudre. Il pourra alors essayer de désamorcer ces histoires négatives au lieu de les laisser assombrir les efforts de compromis en arrière-plan.

Références 

  • DREBORG, Karl H. Essence of backcasting. Futures, 1996, vol. 28, no 9, p. 813-828.
  • JABLONOWSKI, Mark. Avoiding risk dilemmas using backcasting. Risk Management, 2007, vol. 9, no 2, p. 118-127.
  • POITRAS, Jean et RAINES, Susan. Expert mediators: Overcoming mediation challenges in workplace, family, and community conflicts. Jason Aronson, Incorporated, 2012.

(Extrait de sherpamediation.com du 8/04/2018)

En savoir plus sur http://www.sherpamediation.com/2018/04/ch108.html#more

vidéo : Entretien avec Roger Fisher, fondateur du Harvard Negotiation Project, par Robert Benjamin -octobre 2010 (mediation.com)


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« Roger Fisher was the Samuel Williston Professor of Law, Emeritus, Harvard Law School and founder of the Harvard Negotiation Project.  A pioneer in the field of international law and negotiation, and the co-founder of the Harvard Negotiation Project, Fisher died on August 25, 2012.  Fisher helped to establish negotiation and conflict resolution as a field deserving academic study. 

Fisher’s work laid the foundation on which much of the field of negotiation and conflict resolution has been based.  His best-selling book, “Getting to Yes: Negotiating Without Giving In” (co-authored with William Ury in 1981), has been translated into 23 languages and has sold more than 3 million copies worldwide.

According to Robert Mnookin, “Roger Fisher taught that conflict is not simply a ‘zero-sum’ game in which a fixed pie is simply divided through haggling or threats. Instead, he showed how by exploring underlying interests and being imaginative, parties could often expand the pie and create value.”

According to Robert C. Bordone: “Roger was a master at the art of perspective-taking, of understanding how deep human needs—to be heard, valued, respected, autonomous and safe—when unmet or trampled upon, become seeds of evil and violence, seeds that can cause us to vilify each other, and that motivate us to see the world in stark black-and-white terms. » (Extrait de  mediate.com 10/2010 )

Vidéo à visionner sur https://www.mediate.com/articles/completefisher.cfm