Revue INTERmédiés N°2, semestriel, novembre 2017, Dossier : Médiation et entreprise, 59p., 7€


C’est le numéro 2 d’une nouvelle revue consacrée à la médiation, le premier avait été consacré à la médiation scolaire et le prochain numéro portera sur la justice et les modes alternatifs. On attendait depuis longtemps une revue consacrée à la médiation car à l’exception de quelques lettres d’information, il n’existait pas de vraie revue imprimée. Il ne s’agit pas d’une simple revue, mais d’un véritable magazine, sur papier glacé, en couleur et avec de nombreuses illustrations et très agréable à lire. Si je parle de magazine, c’est que les articles ne concernent pas simplement la médiation mais aussi le médiateur dans sa dimension plus « corporelle » avec des rubriques concernant le corps, l’alimentation, mais aussi d’autres plus « spirituelles » axées sur la culture… donc un vrai magazine. C’est ainsi qu’un article est consacré à « L’approche énergétique au service de la connaissance de soi », mais aussi un autre sur « les superaliments pour une mémoire vive »… Il est vrai que tout médiateur doit travailler son « savoir faire » mais aussi son « savoir-être », aussi rien de tel pour maintenir son « écoute active » que d’avoir pris pour déjeuner un « amazon bowl » ou un « poxwer bowl à la mexicaine » (p.51).

Après cette mise en bouche, il convient d’aborder le plat de résistance, c’est-à-dire le dossier consacré à la médiation et l’entreprise. A partir d’articles courts mais bien documentés, le numéro embrasse toutes les facettes de ce que l’on appelle dans le jargon la médiation intra et interentreprise. Il m’est difficile de citer l’ensemble des articles, mais je mentionnerai particulièrement celui de Marthe Marandola et Geneviève Lefebvre intitulé « Etablir l’indispensable confiance » car ce n’est pas facile pour un médiateur de créer un climat de confiance dans un contexte comme celui, de l’entreprise, caractérisée par une asymétrie de pouvoirs et une certaine méfiance des syndicats et même de la hiérarchie à l’égard de la médiation. On pourrait ajouter celle aussi des salariés, comme l’a bien montré une étude menée au début des années 2000 chez SFR[1]. C’est un des intérêts de cet article de montrer la nécessité de prendre en compte ces résistances, car comme elles le soulignent « lorsque la confiance est établie avec le médiateur, les résultats sont remarquables » (p.13).

Une autre partie de ce dossier a attiré mon attention, c’est celui sur la médiation dans l’armée qui a pour titre « Garde à vous ! la médiation incorporée dans l’armée » avec deux articles écrits par des responsables militaires dont un général d’armée. Ces deux témoignages illustrent l’évolution de ce que l’on a appelé « la grande muette » car celle-ci, notamment la gendarmerie, a été secouée dans le passé par un certain nombre de conflits. Si l’on peut se poser la question de l’instrumentalisation de la médiation pour pacifier les relations au sein de l’institution militaire, on ne peut pas aussi ignorer l’autre facette de la médiation qui permet aux militaires de pouvoir s’exprimer sur leurs conditions de travail ou de vie. D’ailleurs, une évaluation menée au sein de la gendarmerie montre, que 75% des personnels concernés estiment « avoir avancé sur la résolution de leur litige et feraient à nouvel appel au médiateur militaire » et « 49% espèrent simplement pouvoir s’exprimer et être écoutés ». (p.17).

Pour la médiation interentreprise, je ne peux que conseiller la lecture de l’entretien fait auprès de Sophie Henry, déléguée générale du Centre de Médiation et d’Arbitrage de Paris (CMAP) qui présente d’une manière pédagogique, à l’aide de graphes, l’activité du CMAP. Il est vrai que ce centre, créé en 1995, est la référence en France de la médiation interentreprise.  Elle souligne que le CMAP dispose de 200 médiateurs et que depuis sa création, il a traité plus de 4 000 affaires, ce qui peut apparaître considérable sur un plan quantitatif, mais relativement peu, si l’on se réfère à la totalité du contentieux traité par les tribunaux de commerce en France. Ces chiffres démontrent une fois de plus que même dans domaine commercial, la médiation demeure encore une contre-culture.

A lire aussi, l’article de Jean-Pierre Narbonne consacré au très médiatique médiateur des entreprises, Pierre Pélouzet, qui déploie avec une équipe de 60 médiateurs une activité considérable pour restaurer par le moyen de médiation « la confiance entre les acteurs de notre économie » (p.32). Les puristes de la médiation pourront se poser la question de savoir si ce type d’intervention relève de la médiation ou non, mais on ne peut que se féliciter que le comité de rédaction d’Intermédiés ait publié ce type d’article pour ouvrir le débat et susciter la réflexion sur les frontières du champ de la médiation.

Enfin, dans cette galerie de portraits de médiateurs, je ne peux que terminer en suggérant la lecture de l’entretien avec Jacques Salzer qui est un véritable « artiste » de la médiation car l’une de ses multiples facettes est de « transposer l’expérience du terrain aux planches du théâtre, pour donner un meilleur éclairage sur la réalité » (p.38).

 En conclusion, on ne peut qu’encourager la lecture de cette revue et surtout s’abonner à celle-ci pour la soutenir car elle le mérite, pour paraphraser une certaine pub.

Jean-Pierre Bonafe-Schmitt

Pour se procurer les numéros ou s’abonner : www.intermedies-mediation.com

[1] Alice Le Flanchec, Médiation, autonomie et justice procédurale. Le cas SFR Cegetel, Négociations, 2006/2 (no 6)

 

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