Article : « La médiation humaniste, pour ‘faire société’ dans la prise en charge des différends  » de Marie-Odile Delcourt, André Dupleix, Guy Escalettes, Alberto Giasanti, Etienne Le Roy, Leonardo Lenzi, Jacqueline Morineau, Christine Tavares, Filippo Vanoncini, Bertrand De Villeneuve, HAL archives-ouvertes.fr, 3/07/2015, 19p.


Introduction
Si la médiation semble, depuis une quinzaine d’années, faire l’objet d’une reconnaissance institutionnelle et juridique, elle n’est pas, néanmoins, une pratique connue ou reconnue de la majorité de nos concitoyens qui peuvent l’associer, voire l’assimiler, à d’autres modes de régulation des conflits. En effet la médiation est un processus de résolution de différends par la restauration d’un dialogue entre les parties (dites médiants), dialogue facilité grâce à l’intervention d’un troisième acteur, le médiateur. Le processus de médiation vise à résoudre le différend en modifiant la vision qu’en a chaque partie par un échange réciproque, faisant progressivement évoluer la perception du problème par les médiants jusqu’à leur permettre d’en élaborer eux-mêmes la solution. Ce dernier point le distingue fondamentalement des processus plus directifs que sont la conciliation, la négociation et l’arbitrage.
En outre, et peut-être surtout, nombre des initiateurs de la médiation, venant du monde de la justice ou influencés par elle, ont abordé la médiation selon deux finalités qui seront ici discutées : la première comme un mode de règlement des conflits2, voire même des litiges3 selon la définition donnée ci-dessus ; la seconde comme une alternative au mode formel et judiciaire, l’un et l’autre modes empruntant beaucoup aux modèles anglo-saxons d’Alternative Dispute Resolution (ADR). Dans les descriptions que nous offre la très grande majorité des travaux sur la médiation4, ce sont les normes juridiques et le droit positif qui sont directement utilisés ou indirectement transposés selon le modèle de l’englobement du contraire5, principe de facture dualiste qui permet de faire cohabiter deux valeurs de nature opposée, la hiérarchie et l’égalité. Ces pratiques révèlent la soumission de nos sociétés au Droit (ou aux institutions étatiques) etsont précieuses dans la mesure où elles sont une condition de l’État de droit, donc de notre démocratie politique. Leur seule présence dans le vocabulaire et les procédures est cependant problématique et paradoxale dans la mesure où les démarches de médiation sont associées, depuis le début des années 1980, au souci de faire évoluer des sociétés fondées sur un ordre imposé par un État-Providence vers un ordonnancement accepté par le biais de la négociation et d’un ordre négocié.
Les expériences sur lesquelles s’appuie notre collectif illustrent que la démarche de médiation peut concentrer ses efforts moins sur le différend que sur la transformation des rapports humains et sociaux. Les échanges instaurés entre les médiants, rendus possibles et facilités par le médiateur6, ont pour objectif essentiel de reconstruire une relation durable. C’est ce sur quoi se fonde son qualificatif de médiation humaniste7.
On ne présuppose pas que tous les différends doivent être résolus : ce n’est pas toujours possible et parfois ce n’est pas souhaitable. Par contre, ils doivent être pris en charge à l’échelle sociale pertinente pour éviter que, par un phénomène quasi mécanique de détérioration, l’homme ne devienne un loup pour l’homme.
En bref, la médiation révèle un nouveau projet de société que le recours au seul vocabulaire juridique infirme ou au moins contraint. A travers l’appellation de médiation humaniste, nous nous proposons non seulement de présenter et de justifier l’euristique de procédés techniques de gestion des rapports humains en situations conflictuelles mais d’approcher, en tant qu’outil d’éducation à la paix, le nouveau type de société en émergence devant nous, ce que nous exprimons par l’expression du titre « faire société ». Il s’agit de mobiliser des ressources particulières pour réintroduire le sens d’une solidarité existentielle, fondée plus sur le partage que sur l’échange.
Après avoir fait l’historique de la naissance et de l’implantation de cette médiation humaniste dans l’orbite judiciaire, nous présenterons les principaux axes de sa démarche pour en apprécier enfin les virtualités. Une dernière partie évoque le délicat rapport de la médiation humaniste aux institutions (Justice et Éducation). (Extrait de HAL archives-ouvertes.fr)

Document à consulter sur https://www.observatoiredesmediations.org/Documentation/Publications?ID=49

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