Angoulême: Médiateurs, les démineurs de terrain


Angoulême: Médiateurs, les démineurs de terrain

« Les métiers de la médiation sociale ont enfin une reconnaissance officielle, par loi. C’est devenu officiel cette année. Le fruit d’un travail initié à Angoulême par Oméga. Qui demande maintenant des moyens pour agir.

Depuis près de 20 ans, les médiateurs d’Oméga arpentent les halls d’immeubles ou les cours d’écoles de l’agglomération. Ils vont à la rencontre des jeunes, apportent de l’aide aux sans-abri, forment des adultes à la gestion de conflits. Et depuis peu travaillent sur la déradicalisation.

Déminer le terrain social était jusque-là un travail peu reconnu et pas valorisé. Désormais, c’est un métier à part entière. Et Angoulême, pionnière dans ce domaine, y est pour beaucoup. « On sera sans doute l’un des premiers organismes de médiation en France à décrocher la norme Afnor », se réjouit Cédric Jégou, le directeur de l’association Oméga.

Les médiateurs sont désormais reconnus comme des travailleurs sociaux, grâce à la loi Egalité et citoyenneté. La création d’une norme spécifique permettra aux structures candidates de faire reconnaître leur niveau de qualité.

Des formations puis des diplômes

« Le territoire a toujours été précurseur en terme de médiation sociale », confirme Cédric Jégou. Oméga, organisme de médiation du Grand-Angoulême créé en 1998, souffre au démarrage d’un manque de cadrage. « On a commencé par l’épopée des grands frères, on a connu ça ici. On voyait bien que la médiation sociale avait une image négative », reconnaît Cédric Jégou. Jean Mardikian, le président de l’époque, réfléchit à la façon de redresser la barre, par le biais de la professionnalisation.

Des formations sont mises en place à Angoulême pour les médiateurs, des diplômes voient le jour. Petit à petit, l’expertise d’Angoulême est reconnue nationalement, Oméga propose des formations un peu partout, pour des organismes de médiation, des collectivités ou des entreprises qui veulent apprendre à gérer les conflits.

En 2007, le président organise à Angoulême un colloque national sur l’utilité de la médiation sociale. Première pierre d’un travail de mise en réseau des structures de médiation, qui aboutit l’année suivante à la création de France Médiation, toujours sous l’égide de Jean Mardikian, avec pour directeur Laurent Giraud, ex-directeur d’Oméga. Aujourd’hui, le réseau compte une centaine d’adhérents, et 3 000 salariés. Il a été l’une des pièces maîtresses du dispositif qui vient d’aboutir à cette double reconnaissance.

« On a tous travaillé de manière concertée pour définir ce qu’est la médiation sociale et surtout ce qu’elle n’est pas », résume Cédric Jégou. « En moins de dix ans, l’objectif a été atteint, apprécie-t-il. Oui, c’est un délai très court. D’autres métiers ont mis 30 ans à être reconnus… »

« Ça ne fait pas un projet de territoire »

Pour autant, Cédric Jégou ne veut pas se reposer sur ses lauriers: « Ce qu’il faut maintenant, c’est travailler sur des diplômes de l’Éducation nationale comme des BTS, par exemple. On plafonne à des diplômes de niveau 4, l’équivalent du bac. Ou alors, on a des formations de niveau universitaire, alors qu’on n’a pas besoin de théoriciens. » Il ajoute: « Si la médiation est reconnue par la loi, on ne peut pas appuyer nos métiers uniquement sur l’insertion et les emplois aidés. Une fois qu’on a formé les gens, il faut qu’on ait de quoi les payer en CDI. »

Il prévient: « C’est une sacrée avancée, mais ça ne fait pas un projet de territoire. » Oméga, qui a perdu 100 000 € de subventions annuelles de la part de l’agglo, a dû licencier six salariés et donc réduire sa présence d’autant sur le terrain. « Il y a des besoins partout. Etre reconnu, ça ne fait pas le travail de terrain. On est confrontés à de plus en plus d’agressivité, de menaces. Si les élus veulent y aller, on les regardera faire. »

« Il y a urgence dans les écoles »

« Le vivre ensemble, c’est à l’école que ça se joue. Au collège, c’est déjà trop tard », alertent Cédric Jégou, le directeur d’Oméga, et Emmanuel Lambert, le référent en matière de médiation scolaire.

Angoulême a été pionnière en France dans ce domaine. George-Sand, à La Grand-Font, a bénéficié de la première expérience en 2007, ce qui a permis d’apaiser les tensions. Les enfants sont initiés à la gestion de conflit, et deviennent médiateurs pour leurs pairs. D’autres écoles en ont profité par la suite.

Mais depuis 2014, les baisses de subventions ont obligé Oméga à sacrifier ces missions. « Alors que la médiation scolaire se développe partout, et qu’Emmanuel Lambert forme des médiateurs dans toute la France, s’agace Cédric Jégou. On est la seule ville où la médiation n’a pas été poursuivie. »

Il tire la sonnette d’alarme: « La situation se dégrade, le décrochage scolaire explose, il faut mettre en place des actions très vite, et on sait faire. Il y a urgence à intervenir dans les écoles. »

Emmanuel Lambert glisse: « Le constat est le même partout. Sur une heure d’enseignement, les profs passent plus de la moitié du temps à gérer les conflits. J’ai 15 ans de boutique. Ça ne va pas en s’améliorant. Eviter la radicalisation, ça commence à l’école » (Extrait de charentelibre.fr du 13/02/2017)

En savoir plus sur http://www.charentelibre.fr/2017/02/13/mediateurs-les-demineurs-de-terrain-il-y-a-urgence-dans-les-ecoles,3084936.php

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