Médiation internationale : l’action de la communauté Sant’Egidio


« La communauté, organisation séculière créée à Rome en 1968 par un fils de banquier, Andrea Riccardi, et un groupe d’étudiants désireux de reconnecter l’Eglise avec les plus démunis, y siège depuis le milieu des années 1970. Ces fils de Vatican II et de Mai 68, un temps imprégnés de marxisme, ont fait leurs classes dans les bidonvilles romains, mais aussi auprès des handicapés, des réfugiés et des personnes àgées esseulées. Ils sont surtout devenus des acteurs discrets et réputés de la scène politique internationale. L’institution compte aujourd’hui plus de 75 000 membres dans 74 pays. Mais ils ne sont qu’une dizaine à composer le « bureau international » qui se consacre, depuis Rome, à résoudre des conflits parfois inextricables pour la diplomatie traditionnelle. «Nous ne sommes pas des professionnels de la paix, fuste des artisans pour qui le dialogue est un pain quotidien », glisse Mauro Garofalo. (…) Mais les membres de Sant’Egidio ne sont pas des amateurs. Cela fait plus de trente ans que la communauté mène des missions de médiation. En 1983, les fondateurs de l’organisation ont participé au sauvetage de réfugiés chaldéens prisonniers en Turquie et en Irak. Quelques mois plus tard, ils intervenaient au Liban, alertés sur le sort réservé au village chrétien de Deir-el-Qamar, assiégé depuis cent deux jours par les druzes du parti de Walid Joumblatt. Gràce à ses réseaux politico-religieux, Sant’Egidio parvint à organiser une rencontre entre M. Joumblatt et le patriarche émérite des grecs-melkites d’Antioche. Et le blocus finit par etre levé. Mauro Garofalo, autrefois familier des chantiers de fouilles en Libye, a mené nombre de missions sensibles en Afrique, négociant notamment en novembre 2014, à la demande du Vatican, la libération d’un prétre polonais, Mateusz Dziedzic, et de vingt-trois autres otages retenus par des rebelles du Front démocratique du peuple centrafricain. Sant’Egidio a secrètement obtenu que le prélat soit relàché en échange du chef des insurgés, alors emprisonné au Cameroun voisin. Depuis, la communauté du Trastevere, reconnue par le Saint-Siège comme une « asso- ciation internationale de laiques », est inter- venne en Albanie, au Kosovo, au Mozambique, au Liberia, en C6te d’Ivoire, au Burundi, ou encore au Soudan du Sud, pour essayer de convaincre le sanguinaire chef de guerre ougandais Joseph Kony de négocier. «C’est une belle diplomatie, constate l’ancien ministre des affaires étrangères franpis Hubert Védrine. Depuis le début du XXe siècle, l’Occident a renoué avec sa vision prosélyte en tentant, à travers la diplomatie, d’imposer ses valeurs politiques et religieuses. Sant’Egidio est à contre-courant, s’abstient de donner des lecons et cruvre dans une discrétion remarqua» Une diplomatie feutrée, pénétrée de l’atmosphère paisible qu’entretient, dans le jardin de la communauté, le Père Angelo Romano. Le patio verdoyant où s’épanouissent bananiera et oliviers donne sur une porte dérobée. Une entrée discrète où guérilleros, chefs de guerre, putschistes et simples hommes politiques peuvent s’engouffrer sans crainte de croiser l’ennemi avec qui ils devront négocier. «Pour éteindre un conflit, il faut que ceux qui font la guerre veuillent la paix. Et nous, on est libres d’essayer, d’échouer, de prendre le temps de comprendre, sans les juger, ceux qui ont fa it le choix de se battre », explique le prètre, médiateur de paix et professeur d’histoire de l’Eglise à l’université pontificale urbanienne. «Nous vivons des dons. La paix au Mozambique, c’est près de 2 millions d’euros pour deux ans et demi de négociations. La paix coate moins cher que la guerre. » Encore faut-il en convaincre les intéressés. L’échec le plus marquant de Sant’Egidio remonte à janvier 1995. Les médiateurs romains tentent alors d’organiser un dialogue pour trouver une issue pacifique à la guerre civile qui ravage l’Algérie. Abbas Aroua avait 24 ans à l’époque et se trouvait à la table des négociations. « Toutes les conditions étaient réunies pour parvenir à un accord. Mais le régime militaire n’est pas venu et a fait pression tous azimuts, y compris sur la France, et la communauté internationale a fini par lacher Sant’Egidio », se souvient-il, depuis Genève, où il dirige la Fondation Cordoue. « On peut dire que c’est un échec. Certains échecs deviennent des réussites, et certaines médiations de paix réussies deviennent, une décennie plus tard, un échec, dit Andrea Riccardi, qui fut ministre de la coopération. Mais nous voulions aussi dénoncer les crimes et les centaines de milliers de morts. Comme en Syrie aujourd’hui, où Sant’Egidio tente d’ceuvrer. » Le raté algérien n’a pas terni l’aura de la communauté. Nombreux sont les chefs d’Etat à y faire un crochet lors de leurs visites à Rome. Et des émissaires de chefs de guerre et de politiques s’y rendent sans cesse, dans l’espoir d’ un miracle ». (Extrait de lemonde.fr du 28/11/2015)

Pour en savoir plus : http://www.santegidio.org/pageID/64/langID/fr/itemID/20596/Artisans-de-la-paix.html

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s